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ÉCRIRE AVEC L’IA ?

par Claire Sibille

ÉCRIRE AVEC L’IA ?

Une mauvaise question pour des réponses utiles

Résumé : Grand débat de la rentrée dans le monde des livres, un roman qui cartonne (que je n’ai pas lu), écrit (de sources plus ou moins sûres) par l’IA et une question posée à chaque écrivain·e interviewé·e : et vous, vous écrivez avec l’IA ?

L’intérêt de ce débat c’est d’approfondir le sens de l’écriture et de la lecture.

Quand quelque chose est menacé de disparition, on se demande : mais à quoi ça sert vraiment ?

Et ça c’est une vraie bonne question.

Une question que l’on ne se posait pas, même et surtout quand on a été comme moi nourrie par la lecture et l’écriture depuis toujours. La réponse semblait évidente, donc peu explicitée.

Je me la suis posée pour mes livres, mais aussi pour les ateliers d’écriture que j’anime.

Je suis plutôt du genre à m’adapter assez vite à toutes les mutations techno-numériques, c’est mon thème astrologique qui veut ça J. Si je ne trouvais pas cela si barbant côté émotions, j’aurais même pu travailler dans l’informatique ! Ça m’amuse plus ou moins mais ça ne me panique pas et j’apprends assez vite quand je suis motivée. Pour l’instant.

Depuis mon premier « Macintosh » comme on disait dans les années 80, acquis dès sa sortie (je sais, j’aurais dû le garder, c’est devenu culte !), en passant par l’arrivée du Web que je n’ai même pas conscientisée mais absorbée, comme les jeux vidéos, les réseaux et le reste. J’ai toujours été fan d’Asimov, de Wall-e et des robots plus sensibles et empathiques qu’une grande partie de l’humanité.

Et puis l’IA.

Si le coût social, culturel, géopolitique et environnemental, bref existentiel, n’était pas si exorbitant je crois que je l’utiliserai sans réserve, non pas pour écrire ou pour savoir comment cuire des pâtes, mais par exemple pour les fastidieuses recherches que demande tout travail d’écriture tel que le mien ou pour identifier un champignon après deux intoxications notables. C’est marrant, c’est pratique. Mais c’est destructeur.

Alors écrire avec l’IA ?  Le seul intérêt me semble être de gagner des sous et du temps, en l’occurrence du temps pour gagner des sous, c’est ce qu’a très bien réussi l’auteur ci-dessus non cité. Tant mieux pour lui, je ne peux pas juger des besoins de chacun, juste demander que ce soit clairement mentionné.

Mais qu’en est-il de la créativité, de l’expression de soi, du témoignage de son ressenti et de son histoire, ou de la jouissance d’inventer une belle histoire ? Et ce ne sont que quelques-uns des prodigieux cadeaux de l’écriture. Même dans mon corps, boosté par les hormones du plaisir et de la création, je ressens ses bienfaits.

Que viendrait faire l’IA dans tout ça ?

Les personnages de mes romans continuent à exister dans ma tête en dehors de l’écriture, comme des amis, ou des connaissances dont je voudrais avoir des nouvelles. Ils me parlent de leur vie en dehors de celle que je leur ai déjà écrite, je les écoute me raconter ce qu’ils deviennent avant d’écrire à nouveau. Je les aime. Même les méchants. Ils m’aident à développer mon empathie. C’est génial. Ce n’était pas prévu avant que j’écrive de la fiction, ce phénomène m’est tombé dessus. Quand j’écris des essais et des articles, ce sont des conférences que j’entends dans ma tête, ou des dialogues contradictoires avec des personnes ayant un point de vue différent. Dans les deux cas, c’est un antidote total à la pandémie de solitude décrite par les psys et les sociologues (que je ne vis par ailleurs pas du tout).

Que viendrait faire l’IA dans tout ça ?

Mais encore : je me réjouis à chaque fois que je rencontre un·e lecteurice qui a aimé mes livres au point de raccourcir un temps de sommeil précieux, une vraie personne encore inconnue qui prend le temps de m’écrire ou d’écrire un commentaire et, quand c’est possible, l’échange, les résonnances, les critiques constructives, les questions qui nourrissent mon imagination pour la suite.

La lecture d’un livre est une rencontre d’âme à âme entre un·e auteur·e et son lectorat, je le vis aussi en tant que lectrice, je me suis sentie plusieurs fois tomber en amour avec tel ou telle écrivain·e.

Le sentiment profond d’une rencontre.

Que viendrait faire l’IA dans tout ça ?

Ainsi vous pouvez être sûr·es d’une chose, « Seuls au monde », la suite de « Mauvais Genre », qui sort le 25 février 2027, mais aussi tous mes autres livres, ne contiennent aucun passage écrit par l’IA.Par contre des heures et des heures - des jours - de travail de lecture, de relecture et de recherche en plus de l’écriture, oui. Et vous, écrivain·es ou lecteurices ou les deux, vous en pensez quoi ?

En attendant, et même si vos messages personnels me touchent beaucoup, j’ai besoin de vous (ou de Vincent Bolloré au choix J) pour soutenir mon écriture par un commentaire positif, par exemple pour Mauvais Genre si vous l’avez aimé.

Sur Babelio : https://www.babelio.com/livres/Sibille-Mauvais-genre/1927325 À copier-coller sur tous les sites en ligne, par exemple celui de la FNAC, le changement d’éditeur les a tous fait disparaître … : https://www.fnac.com/a22025088/Claire-Sibille-Mauvais-Genre

Une offre de fin d’année arrive bientôt pour fêter l’arrivée du prochain et lire le premier avant le second, c’est toujours mieux …

MERCI !

MERCI !

Et si vous voulez vous interroger environ une fois par mois, le plus souvent avec humour (mais pas toujours) sur des questions de société vues sous l’angle de l’intime, et connaître mes nouvelles publications, il vous suffit de vous abonner à ce blog. Si jamais il disparaît vous serez inscrit à la newsletter qui le remplacera, avec toujours la possibilité de dire stop quand vous le voulez.

 

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D'UNE ÉCLIPSE À L'AUTRE : 11 août 1999 - 12 août 2026

par Claire Sibille

D'UNE ÉCLIPSE À L'AUTRE : 11 août 1999 - 12 août 2026

 

Résumé : Le 11 août 1999, j’étais à Étretat, sur les falaises, avec des milliers d’autres personnes. Cet événement, qualifié d’historique car survenu juste avant l’an 2000, m’a marquée. Et, à quelques jours de tenter de me frayer un passage vers l’Espagne pour celle du 12 août 2026, 27 ans après, pour partager si possible cette expérience avec mes enfants, je vais tenter de dire pourquoi.

J’ai des images très précises de cet événement, des images gravées dans ma mémoire et pas sur des photos. Pas de portable à l’époque, et pas de réflexe de vouloir fixer le temps plutôt que de le vivre. Mais j’ai quand même des écrits, et la presse du jour, précieusement conservée.

Qu’est-ce qui nous avait motivés mon compagnon et moi pour faire le long voyage ? Nous étions déjà dans le Béarn, mais Étretat en Normandie s’est imposée, comme à un autre moment, en 1996, la nécessité de faire le Chemin de Saint Jacques de Compostelle. Tout de suite d’accord sur tout, c’est le signe pour nous de quelque chose à ne pas manquer. Il y a eu d’autres épisodes aussi marquants de ce genre …

Nous sommes donc partis comme nous partions à l’époque, sacs, tente, nuit à la belle étoile, peu importait. De toute façon, comme aujourd’hui en Espagne, tout était complet depuis longtemps, car l’anticipation n’était pas notre fort.

J’ai vécu ce jour/nuit-là une expérience totale, sensorielle et émotionnelle, d’aucuns diraient spirituelle. Certains en sont si marqués qu'ils deviennent chasseurs d'éclipse.

Elle m’a bouleversée.

Je revois encore la beauté des falaises et de la mer, les cris des centaines d’oiseaux marins, le ciel clair, la lune s’approchant, et, d’un seul coup, tous les oiseaux se rabattant sur la falaise, comme un avertissement, alors que les groupes humains étaient encore en train de bouger, de parler. Ils étaient prêts bien avant nous. Alors, impressionnés par ce mouvement unanime, les gens se sont tus et le silence nous est tombé dessus en même temps que la nuit en plein jour.

Assez vite après, des groupes ont recommencé à chanter, crier, mais je garde en moi ce moment de silence et de nuit parfait.

Le cœur de cette expérience concerne l’humilité face à la nature, la nature cosmique en l’occurrence, considérée dans notre pensée rationnelle comme non vivante sauf à étudier la mythologie, ce que j’ai fait durant de nombreuses années. L’humilité de se sentir un grain de poussière face à un infini apaisant, incompréhensible mais porté par la beauté et l’amour. L’harmonie des opposés si vous préférez. L’humilité de se sentir appartenir à un tout immense. Cette humilité nous manque aujourd’hui, en particulier aux personnes qui pensent diriger le monde, et qui dirigent ou détruisent, c’est vrai, la vie de nombre d' êtres humains, et d'êtres vivants non humains.

La lune, satellite de la terre, ni planète, ni étoile, humble bout de caillou magique aux pouvoirs extraordinaires si on veut bien s’y plonger, réussit pendant un temps à masquer le roi soleil, arrogant et tout puissant, mais indispensable à la vie.

Pourquoi ? Comment ?

Une chose amusante et déjà magique, c’est que la lune est 400 fois plus petite que le soleil, mais aussi 400 fois plus proche de nous ! Vous ne trouvez pas ça incroyable ? Je l’espère. Je vous espère capable de cet émerveillement car il est une ressource essentielle en ces temps de catastrophes à répétition. Cela me rend triste de voir que dans trop d’articles et de commentaires ce fait extraordinaire apparaît comme une simple coïncidence, c'est à dire la conjonction hasardeuse de deux faits, certes surprenante, mais non signifiante.

La lune s’éloigne très lentement de la terre et donc, un jour, les éclipses totales n’existeront plus. Profitons-en tant que c’est possible J.

Marqués par la mythologie gréco-romaine, nous associons souvent la lune au féminin et à ses cycles, et le soleil au masculin. Or dans de nombreuses mythologies, par exemple au Japon pour n’en citer qu’une, c’est l’inverse. Ils peuvent être amants mais aussi frère et sœur, l’essentiel étant qu’ils symbolisent l’équilibre des polarités, quel que soit le genre bien entendu. Le moment de l’éclipse symbolise donc l’union parfaite de ces deux énergies créatrices et le renouveau possible.

Je garderai pour moi les cadeaux de l’éclipse de 1999, mais il y en a eu, et je vous en souhaite pour celle de 2026 si vous avez l’occasion de la voir.

 

 

Éclipse Étretat Normandie 11 août 1999

Éclipse Étretat Normandie 11 août 1999

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