LÂCHE-MOI LES TENTACULES !!!
LÂCHE-MOI LES TENTACULES !!!
Signé : LA PIEUVRE.
Billet d’humeur en colère
Résumé : Des hommes destructeurs, on dit d'eux, sans voir, ni réfléchir, qu'ils sont des bêtes. Que doivent penser les bêtes alors, en regardant les hommes ?
S’il y a une chose qui me rend dingue, c’est bien d’entendre parler aux infos ou dans la rue – je ne vais pas au café du commerce – de :
- la pieuvre mafieuse du narcotrafic qui engage des fourmis comme petites mains,
- des rapaces de la tech ou du pétrole qui s’en mettent plein les poches sur notre dos courbé,
- d’entendre traiter de rat ou de vautour un type près de ses sous ou un arnaqueur, de chien un gars que l’on méprise,
- de voir le mot singe utilisé comme insulte raciste alors qu’il devrait être un compliment.
Et si l’on va voir du côté des expressions, ce n’est pas mieux.
Payer en monnaie de singe et devenue synonyme d’escroquer, même si ce n’est pas la véritable origine[1] de l’expression.
Verser des larmes de crocodiles fait de vous un escroc émotionnel, et si vous avez une araignée au plafond, vous êtes un illuminé, un fou ou un idiot (respect d'ailleurs en passant pour les fous, les illuminés et les idiots). Mais nous ne savons rien des émotions des crocodiles et l’intelligence de l’araignée pourrait en remontrer à nombre d’entre nous.
Vous pouvez aussi être un parfait pigeon ou bavard comme une pie, avoir une cervelle de moineau, sortir par un temps de chien, ou avoir d’autres chats à fouetter. Et oui, même les chats, mieux traités que beaucoup d’autres, se retrouvent à devoir subir nos coups de fouet si nous sommes impatients.
Et que diriez-vous d'hériter des maladies supposées des animaux, en vous retrouvant brebis galeuse ou canard boiteux, insultes très répandues en ce moment dans certaines sphères politiques.
Pourquoi notre langage humain, car ce n’est pas propre au français, traite-t-il si mal les animaux ? Je donne ma langue au chat …
Ou plutôt non, je sais pourquoi. C’est un abus de pouvoir de plus d’une société patriarcale qui méprise la nature et veut l’exploiter tout en s’en détachant. Une société où la rationalité, du haut de sa prétendue pyramide de savoir, prend les animaux comme bouc émissaire des lacunes et supposées faiblesses… des autres. Une société qui dénigre l’altérité, au lieu de s’en émerveiller et de la contempler, où qu’elle soit, y compris à l’intérieur même de l’humanité. La diversité du Vivant devient l'occasion de créer un ordre hiérarchique - c'est-à-dire étymologiquement sacré - , et je vous laisse deviner qui se situe en haut de cette pyramide trompeuse, injuste et injustifiée, mais à la toxicité puissante et indétrônée depuis des millénaires. À croire que comme pour certains hommes violents ne pouvant plus détruire autour d’eux, le suicide sera leur seule option, entraînant une grande partie du vivant avec eux.
Et cette nature méprisée inclut aussi les femmes et les enfants. Car c’est le même langage qui juge hystérique une femme en colère, alors que celle d’un homme est signe de force ou d’affirmation, ou puérile (du mot puer = enfant) toute manifestation émotionnelle, demande de soutien, ou comportement incompréhensible.
Les pieuvres ne font pas de trafic de drogue ni de blanchiment d’argent, les chiens se protègent comme nous des météos agressives et les singes sont exploités en Thaïlande comme des esclaves pour aller cueillir des noix de coco[2] sans être payés, même en « monnaie de singe ».
Bref.
Fichons-leur la paix déjà dans notre langage.
Une humanité qui massacre des dizaines de milliers de ses enfants, par les bombes, la famine ou l’exploitation, n’a pas son mot à dire, et surtout ces mots-là, sur le Vivant qui essaie de lui survivre.
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Rajout du 17/3/26 : Suite à des commentaires, j'en ai trouvé d'autres, par exemple pourquoi avons-nous une telle langue de vipère envers les animaux, qui nous font tant de bien à nous qui leur faisons tant de mal. Et ce matin à la radio j'entendais un commentateur appeler les ultra-riches qui dépècent le monde et l'humanité, des grands fauves. Tristesse. Mais même vautours ne leur va pas, les vautours font un travail très utile. Même le terme prédateur, j'en ai parlé dans un autre article, utilisé pour parler des criminels sexuels est une aberration. Car le prédateur est utile, il manque beaucoup en France auprès des sangliers et des chevreuils, et son absence justifie (de leur point de vue) les chasseurs. Que l'on n'appelle pas prédateurs. Eux, ils ne sont que des préleveurs.
Rajout du 21/3/26 :
Avant le deuxième tour des municipales, les concurrents se traitent de blaireau et de tous les noms d’oiseaux, une alternative pour celleux qui ne veulent pas tomber dans le pire, comme cela s’est entendu ici et là. Parmi ses malheureux oiseaux, le butor est un des plus instrumentalisés. Connaissez-vous ce merveilleux oiseau, le butor étoilé, si difficile à observer, au chant si envoûtant [3] ? Difficile de le mettre en lien avec le genre d’homme à qui cette insulte est généralement dédiée.
D’ailleurs, dans Cyrano de Bergerac, quand le vicomte le traite de « butor de pied plat ridicule », Edmond Rostand remet les êtres à leur place :
Le Vicomte Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule !
Cyrano : ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte venait de se présenter. Ah?... Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule De Bergerac.
Je crois que je n’en n’ai pas fini avec cette réflexion, et tout ce qu’elle implique de profond, du mépris de notre société patriarcale pour tous les vivants qui ne sont pas les clones de ceux identifiés comme en étant le sommet.
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