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ecotherapie

Glaner des coquillages …

par Claire Sibille

publié dans Cette société - c'est la notre ! , Ecothérapie , Le quotidien c'est pas banal ! , Malheureusement tout est vrai !

Glaner des coquillages …

Ils étaient trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs…

 

Ce matin j’ai ramassé quelques coquilles vides sur la plage où je marchais. Rituel de vacances, rituel de jeûne, rituel d’enfance.

Ma mère ramassant coquillages, étoiles de mer mortes, il y en avait encore, branches tombées, bois flotté, bogues de châtaignes.

Mon père ramassant os de seiches, pelotes de chouettes, scarabées morts, dents d’ours et de requins dans les terrains propices.

Ma mère fouillant dans les rochers en bord de mer et ne prenant que les restes.

Mon père soulevant les troncs d’arbres pour nous montrer les miracles du vivant explosant dans l’humus en devenir. Petites bêtes qui courent dans tous les sens, jusqu’à ce qu’il repose délicatement le tronc au même endroit, après nous avoir livré une dizaine de noms impossibles à prononcer et surtout à retenir. Surtout en latin…

J’ai mis longtemps à arrêter de soulever les vieux troncs. Il y a une quinzaine de jours, une planche oubliée dans le fond du poulailler m’a demandée de la sortir de là. J’ai trouvé dessous un tout petit crapaud, un bébé de 2cm qui deviendra un gros monsieur. Et peut-être un prince. Nous l’avons délicatement déménagé lui et sa planche dans un endroit moins passant et protégé des poules…

Pourquoi « glaner » plutôt que ramasser des coquillages ? Glaner signifie : ramasser les épis de blés tombés dans les champs après la moisson. Le glanage était réservé aux pauvres, à la veuve et à l’orphelin. Il était interdit aux propriétaires terriens de l’empêcher. Glaner c’est juste se nourrir du surplus de la nature. Glaner vient de cueillir. Glaner, c’est retrouver notre nature première de cueilleur-chasseur, chasseur au sens noble, de ceux dont on ne voit même pas la trace dans la corne d’abondance de la biodiversité, tant leur geste est rare et respectueux. 

Glaner, c’est à peu près le contraire de ce que fait notre humanité. On a réellement perdu les pédales vous savez ? En tous cas nos dirigeants, les criminels officiels et les officieux, ceux qui ont appris à faire patte blanche, et ceux et celles qui les suivent. Loin de glaner, ils exploitent, détruisent, violentent, extirpent, violent, pressent, appauvrissent, accaparent, torturent, tuent, méprisent le vivant. Le tout dans un silence… de cathédrale. Juste quelques petits bruits de quelques petits écolos qui essaient de se remonter le moral comme ils peuvent.

Dites-moi : qui va les arrêter ?

Oui, je traverse des phases d’éco-anxiété, mais le mot ne me parle pas. Car l’émotion dominante n’est pas la peur, mais la tristesse. Lire, écouter, agir, créer, se relier, militer, avoir la chance de vivre au milieu de la forêt, dans un milieu intime formidable, je connais toutes mes ressources.

Mais parfois une information suffit à faire basculer ma foi dans l’avenir.

Aujourd’hui, c’est l’image au microscope d’une goutte d’eau de mer. Loin des côtes. C’est devenu une goutte de microbilles de plastique. Pensez-y quand vous vous baignerez cet été en oubliant peut-être une bouteille ou un jouet d’enfant sur la plage. J’en ai glané aussi ce matin, des morceaux de plastique : une petite pelle, un petit cube, une bouteille… Je les ai mis dans une autre poche que celle des coquillages. Mais toujours me revenait l’image de la goutte d’eau et le désespoir du marin chargé des prélèvements, un grand du Vendée-Globe dont j’ai oublié le nom. Et mon « petit geste » de nettoyage, tellement recommandé par les médias et les gouvernements, me paraissait bien vain. À quand les « grands gestes » pour préserver notre avenir et encore plus, celui de nos enfants ?

Alors glaner est un des verbes que nous devrions réapprendre, un verbe thérapeutique. Il nous invite à nous contenter de l’essentiel, du surplus de la Nature. Réserver notre folie et nos excès nécessaires à la création, à l’amour, à la fête, à la découverte.

Mais je suis en train de jeûner, dans la phase après le cinquième jour où je sens la vie circuler partout et l’optimisme à fleur de peau.

Alors, qui va les arrêter ?

Nous

Moi

Je n'ai pas trouvé la photo montrée sur FR3 de la goutte d'eau de mer emplastifiée. Si quelqu'un l'a ? Mais la baleine est pas mal aussi. Et je vous mets les gouttes d'eau de mer comme elles étaient... avant.
Je n'ai pas trouvé la photo montrée sur FR3 de la goutte d'eau de mer emplastifiée. Si quelqu'un l'a ? Mais la baleine est pas mal aussi. Et je vous mets les gouttes d'eau de mer comme elles étaient... avant.Je n'ai pas trouvé la photo montrée sur FR3 de la goutte d'eau de mer emplastifiée. Si quelqu'un l'a ? Mais la baleine est pas mal aussi. Et je vous mets les gouttes d'eau de mer comme elles étaient... avant.

Je n'ai pas trouvé la photo montrée sur FR3 de la goutte d'eau de mer emplastifiée. Si quelqu'un l'a ? Mais la baleine est pas mal aussi. Et je vous mets les gouttes d'eau de mer comme elles étaient... avant.

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Ce matin j'ai pleuré...

par Claire Sibille

publié dans Cette société - c'est la notre ! , Ecothérapie , Je suis psy mais je me soigne !

Ce matin, j’ai pleuré.

Pour l’état des océans, déjà plus de plastique que de poissons dans les mers, et le discours hors-sol de notre cher président au sommet qui leur était consacré ?... Non, ça c’était dimanche.

Pour la guerre en Ukraine, l’oubli tragique des autres guerres et la folie furieuse des hommes…. Non, ça c’était lundi.

Pour le jeune tabassé par un policier dans la manifestation pacifique contre la gestion de la crise sanitaire ? Non, ça c’était mardi.

Pour la jeune fille appelant au secours et traitée de grosse pute par un autre policier ? Non, ça c’était mercredi.

Aujourd’hui on est jeudi, et ce qui m’a mis les larmes aux yeux c’est une définition de mots croisés. Je lance parfois mon cerveau le matin avant d’écrire en faisant cet exercice. Et je suis tombée sur une définition récurrente : « Il fut mis en réserve », en trois lettres. Les cruciverbistes auront tout de suite trouvé la réponse : UTE. Indien d’Amérique. Vous pouvez trouver aussi : « Il vivait avec les bisons ». Et il a été massacré en même temps qu’eux … Ça c’est moi qui le rajoute car les mots croisés sont plutôt blancs et souvent machistes. Par exemple vous pouvez trouver pour SEXE : « L’un des deux est plus faible que l’autre ». Et de culture classique. Il vaut mieux avoir lu Proust et Beaudelaire plutôt que Richard Powers ou Gisèle Halimi, connaître toutes les batailles napoléoniennes plutôt que les révoltes des peuples colonisés.

Mes larmes de ce matin ont été provoquées par la sécheresse de la définition associée à une partie de l’humanité. « Il fut mis en réserve ». Cela aurait pu être : « Il fut brûlé dans des camps ». En 4 lettres. JUIF. Ou : « Elle a été gommée de l’Histoire ». En 5 lettres. FEMME. Ou encore : « Il est tué tous les trois jours en France dans sa famille ». En 6 lettres. ENFANT.

J’ai ressenti à nouveau dans mes tripes que des hommes sont capables de mettre d’autres hommes en réserve après les avoir massacrés. Comme les lions et les girafes, comme les pandas et les tigres du Bengale. C’est une réalité d’aujourd’hui, pas d’hier.

Reste la bonne question, très actuelle, de savoir pourquoi pleurer ? Pourquoi ne pas se couper définitivement de l’actualité… et des mots croisés ?

Beaucoup de symboles féminins parlent de la guérison par les larmes. Comme si les larmes étaient une ressource, une thérapie, particulièrement adaptée à la femme pour cause de biologie et de culture. Une force et non pas le signe d'une fragilité. Il existe nombre de déesses en pleurs. Par exemple, La Mater dolorosa, la vierge pleurant sur le corps de son fils Jésus, symbole de l’humanité souffrante. La déesse grecque Déméter pleurant sa fille Perséphone enlevée par Hadès, le dieu des enfers. Ou encore Freyja, déesse nordique de la fertilité, pourtant guerrière, qui voit ses larmes se transformer en ambre ou en or. En trésor.

Les larmes sont un puissant facteur de résilience, elles nous entraînent vers l’autre rive dans leur flot, elles ne noient jamais personne. Elles sont un langage universel depuis que nous sommes bébés. Elles nous portent dans le deuil. Elles nettoient la fatigue.

Que faire quand la rivière se transforme en tsunami ? La consolation est un mot que l’on a pas mal entendu ces derniers temps, suite à la parution du dernier livre de Christophe André. Se sentir accueilli dans ses larmes, sans limite de temps, sans parole inutile est une expérience thérapeutique profonde, difficile à trouver dans une société où l’expression émotionnelle forte est souvent interprétée comme pathologique et traitée avec des médicaments, une société où les larmes font peur, y compris trop souvent aux thérapeutes. Quand notre culture nomme que l’important, surtout pour les hommes, est d’apprendre à contrôler ou gérer ses émotions, ce qui passe le plus souvent par la répression, le tsunami de larmes peut évoquer les flots trop longtemps retenus. Il finit aussi par se calmer, mais parfois en ayant détruit sur son passage.

Or les larmes sont un appel au lien apaisé, aux pages qui se tournent, à la souffrance transformée. Pleinement accueillies, par l’autre, par soi-même, par le tout autre, au fur et à mesure qu’elles viennent, elles se transforment bientôt en rire, en lien partagé, en confiance en soi pour faire face aux défis du monde.

Je pourrais aussi peu m’en passer que de l’eau que je bois.

 

 

 

 

Article très approfondi sur les pleurs et leur utilité première partie. Merci à Eric Binet.

Les larmes de Freyja - Klimt

Les larmes de Freyja - Klimt

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