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Et vous, c’est quoi votre histoire de Noël ?

par Marie-José SIBILLE

publié dans Le quotidien - c'est pas banal ...

Dans une consultation de la semaine dernière, j’ai entendu entre autres cette histoire, et, avec l’accord de la personne qui me l’a racontée, j’ai eu envie de la partager. C’est une partie importante  de mon travail de récolter la parole de l’autre et de lui faire écho, et je la reçois comme un cadeau.

 

« J’ai  promis à ma petite-fille de lui faire voir ce fameux village animé de Noël,  place Royale.

Il est 18h, je circule en voiture  dans les petites rues de la ville de Pau, sombres malgré les éclairages. J’arrive au coin de la rue  Montpezat  où j’aperçois une silhouette soutenue par des  béquilles, silhouette qui ne bouge pas, légèrement  recroquevillée,  adossée au mur de l’immeuble qui fait angle.

« Avez-vous besoin d’aide ?  Non, non, dit-elle, je me repose un peu avant de  repartir ».

Ses jambes refusent d’avancer ! D’où vient-t-elle, ainsi à cette heure tardive ?  Du Cours Camou, chez le kinésithérapeute, répond-elle gentiment.

Ma petite-fille ouvre grand ses yeux.  On lui  a appris qu’il fallait faire des gestes pour aider les autres.

Je soutiens la vielle dame pour tenter  de traverser la rue mais je vois bien qu’elle ne peut pas aller plus loin. Ses jambes ne peuvent  plus avancer.

Je lui propose d’appeler un taxi pour la ramener chez elle. Elle refuse, elle ne veut pas déranger, elle veut rentrer chez elle ! Elle dit  qu’elle n’habite pas très loin, ….rue Carnot. Je la trouve bien optimiste … elle ne peut plus mettre un pas devant l’autre, ça ne marche plus !

Je lui demande quelle personne prévenir pour venir la chercher.

« Personne dit elle, je vis  seule, il n’y a personne à prévenir. J’ai seulement une femme de ménage qui vient me voir chaque jour, mais qui ne viendra que demain maintenant ». Cette vieille dame s’appelle Fabienne, elle a 87 ans  et personne ne l’attend … Elle n’a pourtant aucun mot d’amertume ou de plainte, elle veut avancer, mais elle ne le peut pas ! Sa détermination ne suffit plus. 

Il n’y a pas d’autre solution que d’appeler le Samu, la vieille dame a besoin de soin. Elle me regarde gentiment, esquisse un sourire. Elle accepte,  je n’oublierai pas son beau  visage résigné.

Ma petite-fille assiste à tout cela sans un mot ; je la préviens seulement que le Samu arrivera à grands bruits, qu’il ne faut pas s’inquiéter, et que c’est mieux que Fabienne soit prise en charge car l’hôpital la remettra très vite sur pieds.

Nous sommes dans la pénombre, les Pompiers s’annoncent, je leur fait signe de la main ! Ils s’approchent gentiment de  la  vieille dame, l’aident à monter dans l’ambulance.

Je suis désolée, j’ai  l’impression de l’abandonner !

Une dernière fois je lui fais un signe de la main, j’ai le cœur serré…

Je pense à ma grand-mère ! A toutes ces personnes âgées qui se retrouvent seules dans la vie, une  veille de Noël. 

Je me souviens du  conte de Noël « La petite fille aux allumettes » qui me faisait pleurer lorsque j’étais enfant. Elle s’était endormie la nuit de Noël, seule dans le froid pendant que  d’autres festoyaient  au chaud dans leur maison. Elle était partie au ciel, rejoindre sa grand-mère.

Qui sait ?  Pour ne pas déranger, cette vieille dame aurait pu glisser le long du mur et rester là dans la rue, en attendant que quelqu’un s’aperçoive peut-être de sa présence. »

MM

 

Noël, c’est le repas familial et les cadeaux, c’est la joie des enfants et la force de vie qu’ils portent avec eux, enfants chandelles de la nuit du solstice ou de celle de Noël. Il y a les contes devant le feu, et les chants accompagnés au piano ; il y a le Père Noël, qui est dans ces familles un grand-père généreux et peu désireux de reconnaissance. Il est le don aux enfants, pour la vie qui continue.

Mais vous le savez bien, le Père Noël est aussi un vieillard sadique et avare. Il n’aime pas l’équilibre des richesses ; il préfère le trop et le pas assez au ce qu’il faut pour chacun. Ce Père Noël oublie la simplicité de la crèche, il dégueule des cadeaux vite oubliés au pied de certains sapins, et ricane en ne laissant devant d’autres que le froid et la faim.

Difficile de ne pas tomber sous sa coupe, quelles que soient nos bonnes intentions. Une des manières de faire obstacle à ce Père Noël de l’ombre caché derrière le sapin, c’est d’avoir aussi une petite histoire de Noël à vivre et raconter.

Et vous, c'est quoi votre histoire de Noël ?

                                                   mechant-pere-noel.jpg 

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Dernier article avant la fin du monde (celle de 21h45)

par Marie-José SIBILLE

publié dans Le quotidien - c'est pas banal ...

Mine de rien, tout le monde en parle.  

En riant, se moquant, se gaussant, en blaguant,  profitant, mais quand même.

Les petits enfants ont eu peur ces dernières semaines. Il a fallu leur expliquer que non, le monde entier n’allait pas exploser aujourd’hui, que sinon on l’aurait su un peu avant. Des maîtres et maîtresses bien inspirés en ont profité pour parler des Mayas. Et les parents ont trouvé les mots qu’il fallait dans leur langage à eux pour rassurer les petits qui ont osé parler.

La fin du monde est un enjeu important. Les traditions des peuples mettent toujours en avant deux mythes fondamentaux : celui de la création du monde, et celui de sa fin. Chez nous, il y a entre autres la Génèse et l’Apocalypse. Le début et la fin. C’est toute la question du temps, des temps. Mais de quel temps parlons nous ? 

 

La nuit dernière était la nuit la plus longue de l’année. J’avais expliqué à mes enfants depuis un moment déjà les solstices et les équinoxes, la course du temps solaire tout au long du cercle de l’année. La plus jeune a vraiment pris conscience cette année de cela. Depuis quelques semaines elle me dit : j’ai peur de la nuit la plus longue maman, j’ai peur de m’ennuyer. Dans la durée rationnelle, celle qui régit nos activités sociales, la nuit la plus longue, c’est une minute de plus que celle de la veille. Dans le temps psychique, celui d’où parle ma fille, la nuit la plus longue est un tunnel sans fin dont on ne sait pas si on verra le bout. Sauf à allumer une bougie pour l’éclairer, et cultiver la patience, celle du temps de l’Avent.

Je suis heureuse de vivre dans la nature. Je n’aimerai pas que la lumière des néons et des pubs clignotantes m’empêchent de sentir la noirceur de la nuit la plus longue. J’ai aimé remonter hier soir chez moi dans la nuit absolue éclairée par une pâle lune en son premier quartier. Et voir le reflet dans une chambre d’une lumière oubliée.

Une autre dimension du temps, c’est la synchronicité . Ainsi, en France, cette semaine, comment se fait-il qu’en même temps que la fin du monde, la législation sur la fin de vie soit le sujet central de l’actualité ? La synchronicité, comme tout ce qui est important, nous parle du lien entre les objets censés être inanimés, les évènements, les êtres vivants. Certains y voient du sens, d’autres parlent de coïncidences et en rient. Certains y voient trop de sens et finissent par basculer dans un univers où tout est signe, et où rien ne vient défusionner l’homme de la nature. Il me semble qu’un équilibre est possible à trouver entre la raison et la folie. Cet équilibre, je l’appelle pour moi imagination créatrice et intelligence sensible. J’en ai croisé des fous, et des folles, guettant des signes à chaque coin de rue. J’en ai croisé des rationalistes bornés incapables de sortir de leur calculette ou de leur dogme scientiste. Aucun de ces mondes ne me convient, même si j’ai plus jeune cherché ma place dans chacun d’entre eux. La fin du monde invite à réfléchir sur sa vie il semblerait. Le décalage entre ce que je ferai si c’était la fin du monde et ce que je fais est  intéressant. Il nous montre l’écart entre notre vie réelle et notre vie rêvée. Heureux sont ceux et celles qui peuvent dire : si c’était la fin du monde, je resterai là où je suis, avec ceux qui sont déjà dans ma vie. Ce matin de fin du monde, je me sens reliée, et la fin n’existe plus.

Pour des millions de gens sur la terre, et malheureusement d’enfants, aujourd’hui sera la fin du monde, de leur monde. Comme hier, et comme demain. Certaines fins seront douces et reliées, d’autres sinistres, violentes, cruelles, solitaires. Si cette journée  peut déjà nous faire penser à eux ?

Et à la fin des fins comment se fait-il que ce sujet passionne autant, même à travers l’humour ou la dérision ? Qu’attendons-nous donc collectivement ? L’attente d’une fin prend dans notre monde l’allure d’une espérance. Cette attente nous  parle de l’absence de changement et d’une pression qui dure. La fin du monde peut représenter un besoin de passage à l’acte collectif. Une sorte de terrorisme final libérant la pression et la violence trop longtemps contenues de milliards de gens. C’est la peur éternelle des petits dirigeants qui flottent sur leur bidon de pétrole vide sur la mer du déluge.

Faut-il euthanasier la société libérale dont l’agonie trop longue entraîne tant de millions de gens avec elle ? L’euthanasie des sociétés, cela s’appelle la révolution. Certains y pensent, d’autres se nourrissent de l’agonisante en lui faisant signer des chèques en blanc comme avance sur héritage, d’autres préfèrent changer de pièce et s’occuper des petits-enfants qui trépignent dans la cuisine. Voilà notre monde, comme déjà de nombreuses fois dans le passé.

L’idée de la fin est néanmoins importante : un monde sans fin ? Quel ennui ! Une vie sans fin ? Terrifiant. Même si la fin, la mort pour la nommer enfin, vient toujours trop tôt, se montre toujours cruelle, elle clôture, accomplit et contient.

Des tas de mondes vont finir aujourd’hui.

Et vous, de quel monde voulez-vous la fin ?

                                                   Alpha et omega

 

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