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Entre Chienne et Louve

par Claire Sibille

publié dans Alterégales , Fiction

I - CHIENNE

 

Difficile de penser à mon exam de demain avec ce type qui n’arrête pas de me mater depuis sa table, l’air de rien, l’air de regarder ailleurs que dans mon décolleté. Je me concentre sur ma tasse et j’essaie de repenser au cours que j’ai laissé le temps de boire un café, croyant me détendre. Par un réflexe bien ancré dans mon groupe d’étudiants en éthologie animale, je diagnostique d’un coup d’œil le mâle dominant, le regard déjà possessif, limite agressif, le corps tendu vers moi, rigide, prêt à l’attaque. Je sens que j’ai des gestes plus empruntés, les gestes d’une fille qui se sent observée, je suis vraiment mal à l’aise. Allez Sarah ma vieille, tu as bien fait de venir boire un café, tu bosses trop et tu en train de devenir parano.

Pour me changer les idées, j’observe le couple au bar, on dirait mes parents, une bouffée de nostalgie me prend à la gorge. J’ai envie de les avoir là, près de moi. La dernière fois que je les ai vus c’était à Noël, il y a déjà quatre mois. Ils ont fait semblant mais je sentais bien qu’ils n’avaient plus grand chose à se dire. Carole était là avec ses enfants, ça faisait du bruit, et les retrouvailles entre sœurs sont toujours sympas. Son mari n’avait pas pu venir, une fois de plus, un quelconque déplacement à l’étranger, on n’en n’a pas trop parlé. On s’est réfugiées toutes les deux sous la couette de l’amour parental le temps d’un Noël sous la neige. Puis nous sommes reparties, elle un peu avant moi, les enfants devaient se reposer avant de reprendre l’école. Je n’ai jamais vu mes parents se disputer, jamais un mot plus haut que l’autre, juste un éloignement des corps et des regards, comme cet homme et cette femme accoudés au bar, empêtrés d’être eux-mêmes sans changement depuis trop longtemps. Ils semblent ne tenir ensemble que par le poids des habitudes, comme deux bœufs attachés à la même charrue, jusqu’au bout du sillon, et puis on recommence.

C’est clair qu’avec ce modèle, j’évite de m’engager et préfère les brèves histoires et leur souffle d’aventure toujours renouvelé. Je m’en trouve très bien pour le temps des études et pour l’instant je suis libre, je n’ai personne dans ma vie pour me détourner de mon objectif licence.

Ça y est, l’homme me regarde à nouveau, sa tasse tendue vers moi comme un défi. Non monsieur, je ne veux pas que vous m’offriez un café, un repas et un dernier verre chez vous, vous ne m’intéressez pas, vous m’agacez à me dévisager comme cela.

Le chien dominé a un comportement de soumission, oreilles et queue baissées pour calmer le dominant. Si cela ne suffit pas il prendra la fuite, ce qui aura le même effet d’apaisement.

Je décide de prendre la fuite.

J’appelle le serveur et je paye mon café, je veux rentrer avant la nuit et m’attaquer une dernière fois à ce chapitre sur les comportements des canidés. Je n’ai pas le droit à l’erreur demain, je la veux cette licence, et tout ce qui en découlera. Je rêve depuis toute petite de devenir une Jane Goodall du 21ème siècle. Mais moi c’est pas les chimpanzés qui m’intéressent, mais les loups et le chiens, les chacals aussi, tous les canidés.

Et ceux qui leur ressemblent, comme les hyènes.

Et puis mes parents n’ont pas les moyens d’un redoublement dans la grande ville de Lyon.

En ouvrant la porte du café, je sens encore le regard de l’inconnu sur mon dos, comme une patte de chien qui voudrait me pousser, me faire tomber, que sais-je ?

Cette rue du quartier de la Croix-Rousse est déjà bien vide à cette heure-ci, j’aurais dû prendre une veste. En avril ne te découvre pas d’un fil, aurait dit Maman en me voyant sortir avec ma robe bleue, celle qu’elle m’a offerte pour fêter mon Bac et que je mets encore. Je presse le pas et tourne dans ma ruelle, une impasse où se trouve ma petite chambre d’étudiante, seule option qui entrait dans le budget de mes parents. Je ne suis pas trop coloc, toujours cet éloignement des corps en héritage familial.

Ma rue est vide comme toujours, qui voudrait vivre ici qui n’y est pas obligé, juste un chat qui se hérisse sur les grosses poubelles à l’entrée de l’immeuble quand je passe devant. Je dois lui faire peur, ou bien… ? Je me retourne vivement, et tombe nez à nez avec l’homme du bar, un sourire carnassier aux lèvres, manches retroussées et veste ouverte, encore une cigarette entre les doigts qu’il jette dans le caniveau. Le chat se met à miauler, un miaulement qui me hérisse le poil, un miaulement d’inquiétude, il arque le dos et part en courant se cacher derrière les poubelles. 

- Où elle va comme ça cette jolie fille à cette heure ? Tu n’aurais pas besoin de compagnie ma belle ?

Pour accentuer la position de dominance par une expression corporelle, certains chiens hérissent les poils de leur cou, retroussent les lèvres dans une position typique, ouvrent la gueule, prêts à mordre, grognent en émettant un profond gargouillement. Ils l’expriment aussi en bousculant l’autre chien et en lui posant les pattes antérieures sur le dos.

L’homme sort un grognement sinistre et me pousse. Sidérée je ne peux sortir qu’un lamentable cri. Il me retourne alors contre le mur où je m’écorche les bras et me plaque une main sur la bouche, son autre main retrousse la jolie robe bleue que Maman aime tant, il baisse ma culotte alors que j’essaie de me débattre mais l’homme est fort, bien trop fort pour que sa proie lui échappe.

Alors qu’il me pénètre brutalement je hurle intérieurement à la mort le visage tourné vers le ciel, et je m’envole, je décroche, je me force à penser que ce n’est qu’un très mauvais moment à passer. Il ne va pas me dévorer juste me violer et partir.

Le nouage entre le chien et la chienne qui s’accouplent peut durer jusqu’à 15 mn. Il ne faut pas les séparer à ce moment-là sous peine de déchirures vaginales pour la femelle et de fracture de l’os pelvien pour le mâle.

L’homme reste en moi un temps infini, enfonce et enfonce et enfonce son sexe dans mon vagin sec comme un fruit momifié, et ça fait mal, ça fait mal, oh que ça fait mal.

Il termine enfin et tient toujours sa main sur ma bouche pendant qu’il remballe son arme de guerre. Je sens encore son sexe comme un poignard qui m’aurait éventrée, je crois que je suis morte, non, il me jette au sol et s’enfuit en courant.

Je sais où t’habites alors t’avise pas d’en parler à quelqu’un sinon j’reviendrais et ce sera moins marrant, me lance-t-il avant de disparaître.

Il est parti et je me traîne jusqu’à ma petite chambre, mon bureau envahi de cours qui ne me servent plus à rien, je n’irai pas au partiel de demain, je n’irai plus jamais nulle part.

Je me douche et me douche et me douche, le sang coule de mon vagin, de mes bras écorchés, les larmes coulent aussi, enfin. Je vomis plusieurs fois le café acide que j’ai pris dans le bar et je jette rageusement la jolie robe bleue dans la poubelle, je ne la mettrai plus jamais, je ne mettrai plus jamais de jolie robe bleue.

Je me couche alors sur le flan à même le sol de la salle de bains, meurtrie, je lèche mes blessures et me repais du goût de mon propre sang.

 

 

II – LOUVE

 

 

Il a raison cette ordure, je n’en parlerai à personne. Quelques jours ont passé et j’ai dit aux parents que j’avais été malade pour les partiels. Est-ce qu’ils peuvent m’avoir un certificat médical par notre vieux médecin de famille si gentil ? Rien que de penser à lui, de l’imaginer me consoler, je pleure encore.

Mais j’ai la rage aussi.

Je n’irai pas voir les flics, trop de chances pour qu’ils ne fassent rien. Je lis des témoignages, je regarde des vidéos qui racontent comment c’est long, ou comment c’est inutile, trop de policiers sont aussi des hommes violents, ou indifférents, ou moqueurs. Sur les 120000 femmes violées par an en France, sans compter les viols conjugaux et les enfants, à peine 8% portent plainte et 2% seulement obtiennent des condamnations encore aujourd’hui. Je connais les chiffres par cœur, les violences faites aux femmes m’ont toujours intéressées depuis que Chantal, mon amie des années collège, a subi un viol un jour par deux jeunes garçons alors qu’elle rentrait chez elle. Elle non plus n’en n’a jamais parlé à personne, juste à moi. Ça l’a tellement meurtrie que ses notes ont chuté, elle est maintenant caissière au Super U de notre ville natale. Ma mère la voyait souvent quand elle faisait ses courses, moi je traînais toujours dans la cuisine après le lycée quand elle revenait, une pause avant d’attaque les révisions du BAC. Elle me demandait alors régulièrement, l’air de rien, en rangeant les légumes et la viande :

Comment ça se fait qu’elle a fini comme caissière cette jeune fille ? Elle était pourtant aussi brillante que toi en cinquième ?

J’en sais rien maman, je lui répondais, agacée, les mains plongées dans les poches de mon sweat, je l’ai perdue de vue après le collège, tu te rappelles ? Tu m’le demandes à chaque fois !

J’imagine qu’elle a fini par comprendre qu’il valait mieux plus en parler.

Dès qu’elle a eu son brevet, Chantal a rompu tous ses liens du collège, même moi, sa meilleure amie, elle m’a virée de sa vie, une manière de tourner la page.

Donc je les connais les chiffres, et aussi celui qui dit que 80% des filles ont peur d’aller dans certains endroits seules, même le jour et encore plus la nuit. Je connais le périmètre interdit, le parcage des femmes dans les seuls lieux de pleine lumière et de foule accessible, un doigt posé sur la bombe anti-agression, l’autre sur l’appli SOS viol quand elles doivent sortir des chemins trop battus. Jusqu’ici, malgré l’expérience de Chantal, je faisais partie des 20% d’inconscientes qui refusaient cette contrainte admise par tout le monde sans qu’une parole soit posée dessus. Je m’étais même battue à l’école pour que le centre de la cour de récré ne soit plus réservé uniquement aux garçons et à leur ballon de foot. Sans succès.

Mais aujourd’hui j’ai rejoint les 80% de mes sœurs dont le cœur bat à toute allure quand il s’agit de rentrer seules chez elles une fois la nuit tombée.

Mais j’ai la rage aussi.

Les loups gamma sont très suspicieux, nerveux et sensibles à l’approche du danger qu’ils guettent en permanence. Ils montent la garde, font des rondes autour du territoire en vue de préserver la sécurité de la meute. Les bêta et alpha se fient à eux pour donner l’alerte si quelque chose menace le clan.

Non je ne vais pas aller voir la police, mais je vais protéger mon territoire et faire vengeance moi-même. La proie va se retourner contre son agresseur, n’en doute pas imbécile. Je n’ai plus peur.

Les prédateurs dans son genre ont toujours un territoire de chasse, des habitudes, un point d’eau où ils s’abreuvent, en l’occurrence le fameux bar où j’ai bu mon café. Il est là tous les soirs, tout puissant, incapable d’imaginer que je puisse faire quoi que ce soit contre lui.

J’ai dû lutter des jours contre l’envie de vomir qui me prenait à chaque fois que je voyais sa sale gueule. Lui ne me voyait pas, j’étais chasseresse invisible, louve grise rasant les murs, panthère noire confondue avec les arbres de la jungle urbaine.

Et puis un jour je me suis sentie prête, de gamma j'étais devenue alpha, capable de tout pour protéger la meute, capable de tout pour venger mon corps et mon cœur écorchés.

Ce soir je m’habille de noir, jogging et tee-shirt, blouson de cuir, baskets pour courir vite au cas où et je le suis quand il sort du bar. Je sais déjà qu’il rentre à pied, il habite à deux pas, il sort rarement de son territoire.

La nuit tombe et la ville se vide. Je sais qu’il va tourner dans une rue résidentielle, où les portes cochères d’anciens hôtels alternent avec des immeubles luxueux où l’on doit montrer patte blanche avant d’entrer. Il habite un ancien hôtel. Dès qu’il franchit la porte, sans avoir remarqué ma présence, je l’interpelle. Il se retourne alors, surpris, ses yeux s’écarquillent et il semble vouloir dire quelque chose mais je l’ai déjà aspergé avec ma bombe au poivre fermement tenue en main, je me suis entraînée plusieurs fois pour éviter de retourner le produit contre moi. Il devient immédiatement aveugle, je le vois s’étouffer, tenter de hurler mais le produit est le plus puissant que j’ai pu trouver sur le dark web. Il peut même provoquer un arrêt cardiaque mais je n’en demande pas tant.

L’homme titube et s’écroule en se frottant les yeux.

Je me couche alors sur lui et lui murmure à l’oreille : Espèce de salaud, tu aurais dû mieux choisir ta proie.

Il ne répond que par des gémissements à peine audibles.

Je plante alors mon poignard algérien dans son cœur. Court, effilé et tranchant, il pénètre sans peine entre les côtes, là aussi je me suis entraînée plusieurs fois dans des morceaux de bœuf.

En voyant le sang rouge vif couler sur sa chemise blanche l’envie me vient de planter mes crocs dans sa gorge pour lui arracher un dernier morceau de chair crue.

Fin

 

Entre Chienne et Louve

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Dépression, troubles anxieux, psychotraumatismes, pathologies mentales : les effets du jeûne

par Claire Sibille

publié dans Je suis psy mais je me soigne ! , Jeûne et Detox

Le jeûne soigne-t-il aussi les troubles et les maladies psychiques ?

Dépression, troubles anxieux, psychotraumatismes, pathologies mentales : les effets du jeûne

Psychothérapeute alternative, praticienne EMDR et écothérapeute, cela fait longtemps que je cherche les voies les plus naturelles possibles pour grandir et guérir, pour prendre soin de moi et des personnes que j’accompagne.

J’ai commencé à accompagner les états émotionnels des jeûneurs car cette pratique m’a profondément transformée et aidée.

En effet, Jeûner m’a permis de tourner la page du corps malmené ou oublié suite aux blessures de la vie. Pour cela, et paradoxalement pour beaucoup, je l’ai privé de ce qui paraît essentiel et qui est si souvent superflu, addictif ou en excès : la nourriture.

 

********

 

La crise du Covid19 a remis en évidence une réalité qui lui est bien antérieure et dont il n’a été qu’un déclencheur, un accélérateur, un amplificateur : les français, et encore plus les françaises, souffrent émotionnellement. Épuisement dû à la charge mentale en tant que mère ou en tant que soignante, car beaucoup de soignants sont des femmes, en particulier les moins qualifiées et rémunérées, dépression, troubles du comportement alimentaire, symptômes post-traumatiques non soignés et souvent non identifiés, attaques de paniques, angoisse chronique et insomnie, solastalgie et plus simplement ecoanxiété, consommation massive de médicaments psychotropes, violences, la liste était déjà longue, elle n’a fait que s’aggraver.

Le jeûne peut-il avoir un effet positif sur ces troubles ?

 

Le jeûne n’est pas la première thérapie à laquelle pensent les très nombreuses personnes qui souffrent de troubles émotionnels avérés, comme la dépression ou les troubles anxieux. Quand elles passent le seuil d’une maladie invalidante, il est d'usage de parler de maladie mentale et non plus simplement émotionnelle. La schizophrénie, les troubles psychotiques ou les états limites nous font pénétrer un autre monde, un monde très marqué par l’enfermement et le médicament.

    Pourtant notre alimentation a une influence directe sur notre état émotionnel et mental. Il est donc naturel et indispensable d’étudier et d’accompagner l’effet du jeûne sur ces aspects de notre vie.

Le microbiote intestinal et son lien avec les émotions, l’alimentation et le stress est de plus en plus reconnu et validé. Nous savons maintenant que nous avons un « deuxième cerveau » dans le ventre, je préfère l’appeler le premier cerveau car il est antérieur. Si l’on prend l’exemple du neurotransmetteur cérébral bien connu par son impact sur la joie de vivre qu’est la sérotonine, il est beaucoup moins connu que plus de 90 % de cette hormone est fabriquée dans le tube digestif et qu’en conséquence notre alimentation joue un rôle essentiel dans sa production comme dans sa régulation.

De la même façon que pour une maladie physique, un trouble ou une maladie émotionnelle ou mentale est due à un ensemble de facteurs complexes.

La maladie est un phénomène complexe avec des dimensions biologiques, psycho-émotionnelles et sociales. Elle est en particulier un phénomène épigénétique, c'est-à-dire qu'elle relier l'inné, le "terrain", à l'acquis, c'est-à-dire à l'environnement et l'histoire de l'individu, qui feront que certains gênes pathogènes ou au contraire protecteurs s'exprimeront ou non, que le système immunitaire de la personne sera plus ou moins apte à réagir aux agressions, aux stress et aux traumatismes.

Les émotions malades sont omniprésentes dans notre société, ce sont les troubles d’une société de l’excès : la dépression comme pathologie de la tristesse, les troubles anxieux ou les phobies pour la peur, la violence pour la colère, les troubles du comportement alimentaire et les addictions au lieu du plaisir consenti et de la joie partagée. Il est tellement convenu de prendre de médicaments pour les calmer que certains ne se posent même pas la question d’autres approches. Et ces émotions bafouées ressortent un jour ou l’autre. Burn-out, fatigue extrême, fibromyalgie, dépression, suicide incompréhensible, maladie dégénérative, cancer inexplicable, le corps prend le relais pour exprimer les émotions interdites.

Le jeûne peut devenir une des approches permettant de soigner ses émotions, en complément d’une psychothérapie et d’un éventuel traitement médical pour les cas les plus complexes. Il a des effets impressionnants sur ces troubles si fréquents jusqu’aux troubles de la communication, ceux qui affectent notre vie sociale en provoquant chez nous la peur de l’autre et le retrait.

Il agit aussi sur les évènements douloureux, les deuils plus ou moins complexes et traumatiques, les séparations et les chagrins d’amour. Le stress post-traumatique s'amélirorera beaucoup également grâce au processus psycho-corporel en jeu dans le jeûne.

 

Les maladies mentales ou psychoses

   Ce sont les troubles psychiques les plus invalidants. Les résultats cités dans le livre de Thierry de Lestrade, « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? » sur les études du psychiatre russe Nikolaïev avec 7 000 patients sont impressionnants. Pour la dysmorphophobie (peur d’être difforme) qui touche 13% des patients psychiatriques environ, il observe 90% de rémission si la maladie s’est déclarée dans les 12 derniers mois. Pour les psychoses et les délires de persécution, 60% ont vu leur état s’améliorer si la pathologie avait moins de 2 ans, 40% si elle avait plus de 5 ans. C’est plus que n’importe quel médicament. Il note aussi que pour calmer la douleur émotionnelle de certains malades qui peut être extrêmement dure à supporter, le jeûne, un jeûne suffisamment long, a les mêmes effets qu’un médicament psychotrope. Dans la première semaine de jeûne, on observe un effet stimulant et un effet antidépresseur. À partir de la deuxième semaine, le jeûne a un effet calmant et sédatif efficace sur les psychoses hallucinatoires. À la rupture du jeûne et pendant la reprise alimentaire on retrouve des effets stimulants et antidépresseurs, c’est pour cela qu’elle doit être particulièrement bien suivie.

La dépression

 

   Ce trouble très répandu, la dépression, va de l’état dépressif à la dépression profonde avec effondrement de la personnalité ou le suicide. On peut également mentionner la fibromyalgie, cette dépression inscrite dans le corps. Les causes peuvent être multiples, depuis une perte tragique engendrant un deuil complexe, facilement identifiable en tant que cause, jusqu’à l’accumulation épuisante au fil des années de tâches jugées absurdes et de relations sans vrai épanouissement qui finissent par effondrer la personne sous le poids du non-sens. Par exemple, combien de mères épuisées par leur charge mentale et quotidienne sont considérées voire diagnostiquées comme dépressives et invitées à prendre des antidépresseurs pour compenser le fait que leur compagnon ne participe pas aux tâches ménagères et éducatives !

   L’amélioration s’observe entre le septième et le dixième jour de jeûne, mais elle peut être de courte durée. Dans les dépressions profondes comme celles qu’accompagne Nikolaev, la guérison n’intervient qu’entre vingt et vingt-cinq jours de jeûne. Et l’amélioration ne se fait souvent sentir qu’au moment de la réalimentation.

   Mais j’ai pu constater l’effet positif du jeûne, un jeûne hydrique ou sec d’au moins cinq jours, sur les états dépressifs et les trouble de l’humeur. Le jeûne reprend les étapes du « SAFE », une méthode alternative visant à guérir la dépression avec des compléments alimentaires, à savoir : stimulant, apaisant, fortifiant, euphorisant. Mais sans compléments alimentaires !

 

   Les mémoires traumatiques et le stress post-traumatique

 

Les blessures du passé sont-elles réveillées par le jeûne ? Que puis-je attendre du jeûne pour les traumatismes que j’ai subi ?

Le corps est le réceptacle de toutes nos mémoires, de toute notre histoire.

Le corps n’oublie rien. Et nos deux cerveaux ont même tendance à privilégier la mémorisation des évènements douloureux ou des contextes difficiles car cela se révèle plus important pour la survie.

Le jeûne va réveiller toutes ces mémoires comme il le fait pour les blessures et maladies physiques et la personne va faire face petit à petit, sûrement en plusieurs jeûnes, à ses traumatismes les plus profonds. Mais le jeûne va aussi, comme pour le corps, proposer des outils de réparation et de résilience en rapport, des voies de transformation et de guérison.

L’activité des rêves en particulier est notable et a besoin d’être entendue. Les rêves parfois très violents et « cauchemardesques », très intenses émotionnellement, les attaques de panique et les crises d’angoisse, les crises de sanglots sont des symptômes de ces « crises curatives » émotionnelles.

Le lien entre le microbiote intestinal et les émotions, l’alimentation et le stress est de plus en plus reconnu et validé. Les blessures émotionnelles, les troubles émotionnels et le psycho-traumatisme se traduisent aussi souvent à travers des troubles du comportement alimentaire et le jeûne permet sa réorganisation totale.

Au final, le jeûne va aider à développer les émotions unifiantes de joie et de confiance ainsi que les capacités d’empathie.

Par ailleurs, l’accent mis par certains thérapeutes sur le traumatisme vécu plutôt que sur la personne facilite beaucoup la déculpabilisation, la prise de distance face au diagnostic et donc la guérison des blessures.

On n’est pas une maladie, on a vécu un événement traumatisant, c’est tout à fait différent.

C’est le cas par exemple des troubles bipolaires, considérés comme un «état-limite», c’est-à-dire entre névrose et psychose, et traités par des médicaments, alors que l’on sait maintenant qu’ils sont majoritairement dus à un syndrome de stress post- traumatique, suite en particulier à des agressions sexuelles dans l’enfance ou l’adolescence. Les caractéristiques de cet état peuvent de plus « choquer » moralement et provoquer le jugement ou le rejet, car la personne présentant cette symptomatologie va développer des comportements d’addiction, de mise en danger ou de sexualité débridée.  Ce jugement social, voire familial et amical, enferme ainsi la personne dans la honte et le silence, et renforce le problème à chaque acte « limite ». Ce phénomène est très bien montré par exemple dans le film "Les Chatouilles". Il sera donc indispensable, en plus d’un jeûne, de retrouver ce traumatisme initial parfois de longue durée comme dans l’inceste et d’en prendre soin avec une thérapie adaptée dans un lien sécure.

On me demande souvent si le jeûne peut remplacer  une psychothérapie. Je pense que non. Il donne à la personne blessée plus de ressources dans l’ici et maintenant. Mais l’accompagnement dans une psychothérapie adaptée, en particulier intégrant le corps, les émotions et les psychotraumatismes permet de sortir d’années, de dizaines d’années de non affirmation, d'effacement du désir et de la personnalité, enracinées dans une enfance blessée ou maltraitée. Mais le jeûne donnera l'énergie, la vitalité physique et émotionnelle, ainsi que les ressources nécessaires pour accompagner ce processus.

   Ainsi par le jeûne accompagné éventuellement d'une psychothérapie intégrative, vous remplacerez une médecine de la peur, de la menace, « si vous ne prenez pas ce médicament, si vous ne vous faites pas opérer, vous allez ... » par une approche holistique, globale, où l’être humain dans son ensemble est aussi considéré comme acteur de sa guérison.

   En créant un contexte favorable à la guérison, à la transformation, à la libération intérieure sur tous les plans, physique, émotionnel et mental, le jeûne permet à la personne de devenir son propre médicament.

 

CLAIRE SIBILLE

Psychothérapeute

Auteure du livre : Le Jeûne : une thérapie des émotions ?

https://exuvie.fr/livre/le-jeune-une-therapie-des-emotions/

Juin 2020, Éditions Exuvie

Le blog : Une Psy … Cause !

www.clairesibille.fr

Une première version de cet article a été publiée en 2020 dans le blog « Jeûner à la maison » en tant qu’invitée.

 

La lumière au bout de la nuit, Lasseube, janvier 2021.

La lumière au bout de la nuit, Lasseube, janvier 2021.

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