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le quotidien c'est pas banal !

Le Jeu de la Dame : les filles, apprenez à jouer aux échecs !

par Claire Sibille

publié dans Le quotidien c'est pas banal !

LE JEU DE LA DAME

Les filles, apprenez à jouer aux Échecs !

 

Cela fait un certain long temps que mon compagnon me sollicite pour jouer aux Échecs avec lui. Et régulièrement, je m’y mets. C’est un bon prof, encourageant et pédagogue. Mais il me manquait une case jusqu’à cet été ! Une case dans le cerveau s’entend, pas une de l’échiquier…

Les Échecs ? Trop agressif, trop stratégique, trop visuel. Autrement dit trop masculin, au risque de tomber dans les stéréotypes de genre, parfois bien utiles à la compréhension du monde, il faut le reconnaître.  Ainsi les Échecs fonctionnent à l’opposé de mon hémisphère cérébral le plus utilisé, celui des mots, de l’écoute, du temps qui passe. Mais régulièrement ce jeu venait me titiller.

Et puis cette année, il y a eu la super série de Netflix, The Queen's Gambit,  mais aussi la prise de position de la joueuse d’échecs internationale Anna Muzychuk. Elle a refusé de jouer en Arabie Saoudite pour ne pas avoir à porter l'Abaya ou être accompagnée par un homme pour sortir de l'hôtel. Elle l’a quand même payé de deux titres mondiaux. C’est désagréable, nous dit-elle, mais je ne peux pas me sentir comme une personne de deuxième classe. Sous prétexte d’être une femme.

Ces influences ainsi qu’un peu de temps libre m’ont poussée à m’y mettre vraiment cet été. D’autant plus que mon compagnon, motivé, s’est mis aux mots croisés, exercice dans lequel je baigne depuis mon enfance et qui fait appel aux capacités cérébrales opposées. Pour lui un grand mystère. Provocation ? Il fallait que je le suive sur son terrain comme il avait osé aller dans le mien. Les dynamiques de croissance dans les couples me fascinent toujours.  

En abordant à nouveau ce grand jeu, j’ai d’abord été interpellée par les mouvements des pièces, assez typiques de certains caractères humains dans leur manière d’appréhender la vie : le fou s’échappant en diagonale alors que vous le pensez face à vous, la tour lourde, lente mais aussi solide qu’une grand-mère increvable, le cavalier (ma préférée) faisant une ruade là où on l’attend le moins, les pions si fragiles, mais une fois unis ils font des miracles et ont le pouvoir magique de grandir jusqu’à se transformer en dames. Et puis un truc amusant dans un jeu aussi enraciné dans le patriarcat le plus séculaire : un roi aussi fragile qu’un nourrisson dans son berceau, victime des attaques et pris d’assaut. Son immobilisation, appelée Échec et mat, signifie la fin du jeu. Et comme s’il n’avait pas assez de sa dame pour combattre à sa place, il peut aussi, il doit même, se planquer derrière la grand-mère tour, ça s’appelle roquer. C’est une des clés d’un patriarcat efficace de savoir embaucher les femmes à son service. Et de leur demander beaucoup, voire tout, en comptant sur leur sens du devoir et leur difficulté à dire non. D'ailleurs le Gambit Dame, une des ouvertures les plus classiques des échecs, veut dire le sacrifice du pion de la Dame. Si tout va bien, ce sacrifice permettra d'obtenir des avantages notoires, en particulier la maîtrise sur le centre du jeu. Mais ce n'est quand même pas rien de commencer un jeu en sacrifiant un des attributs de la Dame...

Beaucoup de journaux féministes mettent régulièrement l’accent sur le manque de confiance en soi des filles puis des femmes. Elles ont tendance, dans le monde social s’entend, à dévaloriser leurs compétences et laisser l’homme, même moins compétent, prendre la place du chef en les laissant ruminer leur « si j’avais su » ou « si j’avais osé ». C’est un grand classique qui renforce le fameux plafond de verre, cette barrière officieuse mais connue de tous, interdisant l’accès aux postes de responsabilité pour les femmes. Beaucoup d’institutions et d’entreprises fonctionnent comme un jeu d’échecs : un chef bien planqué hors du terrain, laissant les femmes et les pions, la chair à canon, en première ligne et sacrifiant sans scrupule les fous et les cavaliers pour en tirer un avantage stratégique… souvent économique dans notre société.

Alors les filles, avant que ne soit inventé le jeu d’échecs du troisième millénaire, celui qui bougera le roi de son fauteuil en le forçant à mettre la main à la pâte, vous entraîner aux échecs vous aidera à construire un cerveau de battante pour arriver à mettre échec et mat le prochain petit roitelet qui voudra vous faire obstacle…

Un de mes nouveaux livres culte !

Un de mes nouveaux livres culte !

Je complète mon article car après l'avoir écrit j'ai dévoré le livre originel, Le Jeu de la Dame de Walter Tévis. Un livre sur la blessure d'abandon et les comportements "borderline" qui en découlent. Un livre sur le fait d'être femme dans un monde d'hommes. Une fin brillante, où le sacrifice de la dame, le Queen's Gambit, ouvre un avenir lumineux. Un livre, intensément, sur la solitude. Et sur ce qui permet peut-être de ne plus la ressentir. J'ai lu beaucoup de commentaires de critiques littéraires réputés et j'avoue qu'ils m'ont semblé passer à côté. Peut-être parce qu'ils sont des hommes. Ou qu'ils n'ont pas expérimenté l'abandon et la solitude terrifiante qui en résulte ? Et la voie lumineuse mais complexe qui permet d'en sortir ? Si vous ne connaissez pas les échecs peut-être aurez-vous du mal à faire le lien entre les parties décrites et le processus intérieur de résilience. Mais je suis nulle aux Échecs et cela ne m'a pas empêchée de suivre le jeu de la Dame pour sa survie. Va-t-elle gagner ?

Alors parents, dans cette rentrée si compliquée avec tant d'enjeux et de positionnements de pièces impossibles à contrôler, n'hésitez pas : apprenez à vos filles à jouer aux échecs ! Il paraît que dans certaines écoles l'apprentissage des échecs fait partie des matières enseignées dès le primaire... J'ai trouvé par exemple projet "Échecs et Maths" pour promouvoir l'égalité filles-garçons à Poitiers. Beaucoup d'autres. Un super projet pour des enseignants motivés.

Échecs et Maths

Le Jeu de la Dame : les filles, apprenez à jouer aux échecs !

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Une vraie mère poule !

par Claire Sibille

publié dans On peut choisir sa famille , Adopter sa famille , Le quotidien c'est pas banal !

Une vraie mère poule !

 

Effie, notre poule de Pékin, est sortie récemment d’un jeûne sec de 21 jours pendant lequel elle n’a pas bougé de dessus son œuf unique, tout petit, si fragile. Un petit être de 3 cm de haut a fini par en sortir : Popi, c’est son nom. Nous ne savons pas ce qu’il va devenir car son père est un coq géant alors que la mère est une poule dite naine, par comparaison avec les poules habituelles. En tous cas il crie, il mange, il grandit, il fait tout ce que doit faire un bébé. Ce qui me touche le plus c’est de le trouver sur le dos de sa mère bien caché sous les plumes, pas besoin de chaleur extérieure, la mère est une vraie bouillotte.

Pour la fête des mères, elle aura droit à une pâtée particulièrement réjouissante pour elle, à base de flocons et de lait d’avoine avec de la laitue mixée. Il paraît que c’est top dans son état cumulant rupture de jeûne et démarrage de la maternité active. En tous cas elle a l’air d’apprécier.

Je reçois en thérapie nombre de mères souvent épuisées par la charge mentale et émotionnelle, la double voire triple journée quand il faut aussi s’occuper de parents vieillissants. Je reçois des mères qui doivent parfois gagner leurs galons de maternité suffisamment bonne sur le champ de bataille de la critique sociale, des injonctions « psy » ou familiales permanentes. C’est le cas en particulier de certaines mères célibataires, homosexuelles, adoptives ou « pièces rapportées » dans les recompositions familiales. Illégitimes et coupables, comme le sont aussi les « non-mères », n’ayant pas pu ou pas voulu mettre au monde et/ou élever des enfants, souvent tenues de justifier leur refus, de légitimer leur désir, voire si c’est leur cas de s’excuser d’être stériles.

La caractéristique que je retrouve la plus fréquemment chez les mères est la capacité à faire passer le désir de l’autre avant le leur. Leurs enfants en priorité, mais ensuite, par contagion, leur compagnon ou compagne, leurs parents plus ou moins vieux, plus ou moins dépendants, leurs responsabilités professionnelles aussi, en particulier pour celles, nombreuses, qui travaillent dans le soin, le social, l’éducation.

Empathie et dévouement remarquables.

Mais la ligne est vite franchie du désir au besoin, souvent confondus, en particulier chez leurs enfants. Et nombre d’entre elles font passer le désir des autres avant leur propre besoin, jusqu’au fameux burnout maternel. Or le besoin, contrairement au désir, est vital. Sur le plan physique, cela paraît une évidence, ce sont les besoins primaires : nourriture, sommeil, maintien d’une santé acceptable. Mais les besoins ne sont pas moins essentiels quand ils concernent la vie émotionnelle, relationnelle et mentale. Et ils sont nombreux : solitude et liens sécures, expression émotionnelle et besoin de nature, écoute de leur parole et partage, créativité, nourritures culturelles et intellectuelles, accès au plaisir…  Ne pas les respecter conduit à la dépression en particulier, et à toutes les manifestations physiques de la dépression à travers en particulier les douleurs et maladies chroniques, l'état de stress permanent. Toutes ces injonctions et contraintes souvent paradoxales voire en conflit les unes avec les autres ont explosé depuis le début de la crise sanitaire. Et l’épuisement n’est pas tant lié à la seule maternité qu’au cumul des injonctions auxquelles elles s’obligent à répondre, associé à l’oubli ou à la mise au placard de leurs besoins essentiels.

Alors j’ai une pensée pour elles quand je me régale à regarder ma mère poule virer son petit de la gamelle, il a tendance à mettre les pieds dans le plat, le mettre de côté à coup de bec maîtrisés et de petits cris qui ne laissent aucun doute sur sa parole et sa capacité à se faire respecter. Maman mange d’abord, fiche-moi la paix pendant ce temps.

Message reçu 5 sur 5 par Popi qui prend un peu de distance en attendant son tour.

Alors bonne fête à toutes les mères, sans oublier les non-mères, et, surtout, soyez de vraies mères poules !

Une vraie mère poule !

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