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cette societe - c'est la notre !

Mais … où sont donc passées les petites bêtes écrasées sur nos phares ?

par Marie-José Sibille

publié dans Le quotidien - c'est pas banal ... , Cette société - c'est la notre !

Mais … où sont donc passées les petites bêtes écrasées sur nos phares ?

L’été dernier sur France Inter une grande bouffée d’enfance en écoutant l’invité, au sujet de la perte massive de biodiversité, parler de ces milliers d’insectes qui s’écrasaient sur les phares et les pare-brises des voitures il y a encore quelques années. 
Je me souviens. On devait régulièrement s’arrêter sur la route des vacances, parfois sans attendre de refaire le plein d’essence, pour les enlever à la raclette. 
Quand j’étais petite, c’était l’occasion de leçons d’entomologie appliquée de la part de mon puits sans fond de science de père. Les plus gros, souvent des papillons de nuit, de gros sphinx à tête de mort, quelques libellules parfois, surnageaient de la bouillie informe des moustiques, moucherons et autres éphémères. Mon père m'ayant appris à les identifier, ils sortaient de la masse. Ils devenaient des êtres sensibles que je pouvais appeler par leur nom.

Plus grande, je ressentais toujours une seconde de désespoir profond en passant l’éponge fournie par la station service sur le phare. 
Et puis je rangeais cela dans la case corvée. 
C’est possible donc, de ressentir de l’empathie pour un être vivant, et puis de croire que c’est normal de le voir mort, que c’est même une corvée qu’il nous incombe de nettoyer.

Comment ai-je pu oublier ? 
Comment une espèce, dix espèces, cent espèces ont-elles pu disparaître de ma vie sans que je ne m’en rendre compte.
Cela fait longtemps - quand exactement ? - que je ne m’arrête plus sur le bord de la route des vacances pour éclaircir le pare-brise et les phares. 
Je crois ressentir qu’il y a eu un temps de transition. 
Et puis plus rien.
Ce paradoxe difficile à vivre qui faisait de chaque joyeux départ en vacances un holocauste annoncé n’existe plus.
Le génocide qui me bouleversait quand j’étais petite au point de me faire haïr la voiture coupable, sans même parler des hérissons et des chouettes, cette extinction massive n’existe  plus chez nous. 
Faute d’insectes à génocider.
Le papillon de nuit sera-t-il le dinosaure du 21ème siècle ?

Depuis une dizaine d’années - un peu plus ? - les buissons fleuris autour de ma  maison se sont vidés des milliers d’abeilles et de papillons qui les transformaient au Printemps en buissons chantants.
Là ça a été dur.
Là je me suis rendue compte.
En parallèle, autour de nous, les champs de maïs rudement aspergés de glyphosate devenaient rouges de honte.

Les insectes et leurs cousines, petites bêtes à mutiples pattes, comme les araignées, ou sans pattes, comme les limaces, n’ont pas bonne presse. 
Bien sûr il y a les papillons et les coccinelles. 
Mais les phobies commencent aux papillons de nuit et aux sauterelles.
Les plus sympas des insectes le sont quand ils sont isolés. 
Ou lointains. 
Un nuage de papillons à l’autre bout du monde, quelle merveille.
Plongez dedans, vous verrez l’effet que ça fait.
Une belle sauterelle verte sur une herbe folle, si vous avez encore la chance d’en avoir quelques unes, ok.
Mais des sauterelles en nuée,  et voici revenu le fantasme des plaies divines.
Les pires peuvent nous paraître horribles, répugnants, envahissantes. Source de fantasmes morbides et sexistes, comme la veuve noire ou la mante religieuse. De raccourcis racistes sommes les cafards.
Ils y a celles qui piquent, il y a ceux qui grouillent, Il y celles qui nous harcèlent, il y a ceux qui bavent.
Guêpes, araignées, cafards, mouches, limaces.
A tuer à cause de leur nature irrécupérable, inutile, nuisible, démoniaque.
Objets privilégiés du dégoût, de la phobie.
De l’opprobre divine.
Très loin de notre nature.
Essentiellement mauvais. 

Fermer toutes les portes de la maison et faire venir un homme qui balancera du gaz partout jusqu’à ce que plus rien ne bouge.

Mon Dieu que vais-je devenir ?
Je ne peux même plus tuer une mouche.

Un champ rouge de honte à côté de chez moi.

Un champ rouge de honte à côté de chez moi.

Le seul insecte dont j'étais phobique à l'adolescence, à cause de sa maladresse, le pauvre ... Je demandais à mon entourage de les attraper pour les relâcher. Il y en avait des tonnes ! Revenez, je n'ai plus peur de vous !

Le seul insecte dont j'étais phobique à l'adolescence, à cause de sa maladresse, le pauvre ... Je demandais à mon entourage de les attraper pour les relâcher. Il y en avait des tonnes ! Revenez, je n'ai plus peur de vous !

Une adorable petite bête sans pattes (et source de nombreuses phobies)

Une adorable petite bête sans pattes (et source de nombreuses phobies)

https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-17-novembre-2017

L'auteur des petites bêtes de la maison, dix minutes passionnantes. 

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Méditer ... ou vivre l'instant présent.

par Marie-José Sibille

publié dans Cette société - c'est la notre !

Méditer ? Ou vivre l’instant présent …

 

Méditation.

En parler dans les années 70 était très à la mode mais faisait de vous un illuminé ou une  adepte de Krishna et de quelques équivalents.

Comme pour le jeûne dont j’ai parlé ailleurs, je regardais en petite fille puis ado curieuse ma mère se livrer à toutes ces pratiques improbables par refus d’un carcan éducatif et culturel qui l’étouffait alors.

Puis au début des années 80, la méditation s’est réfugiée dans quelques sectes et quelques ashrams bouddhistes et temples zen pour laisser la place à la société de consommation et au tout médicament pour se sentir mieux. A peine si quelques psychanalystes arrivaient à survivre. Et les psychothérapies et démarches alternatives se planquaient dans des écoles privées pour continuer à faire passer leur savoir.

Et puis le raz-de-marée des thérapies venues d’Amérique a envoyé une boule dans le jeu de quilles bien aligné du triangle psychanalyse/médicament psychotrope/sectes illuminées ou écoles alternatives et a remis la méditation à la mode.

Maintenant il ne se passe pas une semaine sans que je reçoive une pub MEDICALE, pour des méditations enseignées par des MEDECINS et CAUTIONNEE PAR L’UNIVERSITE, pour ce qui il y a à peine quelques années me faisait passer pour une folle ou une victime de secte.

Il faut s’accrocher pour ne pas réagir et ménager son taux de cortisol. 

Pourtant je devrais avoir l’habitude, l’état a aussi récupéré la psychothérapie pour en faire une chose grise et terne, cautionnée par des diplômes, et en aucun cas par un travail sur soi.

Revenons à la méditation.

Quelle méditation ?

Dans beaucoup de démarches, même sympathiques et facilitant la vie via Internet par exemple, la confusion entre méditation, visualisation, sophrologie, rêve éveillé et j’en passe, y compris leçon de morale sur les émotions à bannir, tout est confondu.

Alors comme toujours dans ce cas, je vais voir la racine étymologique du mot, et je me rends compte que le mot est un synonyme de thérapie … à part qu’il est spécialisé dès l’origine, au moyen-âge, dans le domaine médical. Il signifie alors donner des soins dans le sens de porter remède. Nous voilà bien. Le mot a évolué pour devenir synonyme d’une intense réflexion, celle des médecins qui soignent, avec une capacité de jugement et « de prendre avec autorité les mesures qui s’imposent ».

En bref je vais devoir abandonner ce mot car il signifie l’opposé de ce à quoi j’aspire, la non réflexion, le non jugement, le non contrôle.

Alors vivre l’instant présent, avec ce qu’il implique de lâcher prise me va bien.

L’instant présent est un bel endroit pour s’asseoir, un bon lieu pour se reposer, portée par le souffle qui m'anime. Il est comme un refuge de haute montagne, une cabane solitaire près d’un pic ou d’un col. Difficile d’y accéder. Quitter la vallée, pas forcément celle des larmes, mais celle des listes oui. Liste des choses à faire, liste des choses qui font tout pour que l’on croit vraiment devoir les faire. Laisser partir les mots en regardant passer les nuages.

Puis monter en laissant à chaque étape un sac d’émotions recyclées, transformées, qui nourriront les vautours et les fleurs de montagne.

L’instant présent est un concentré d’éternité, de temps géologiques aussi, dans le calme et le silence vivant du corps.

Et si je creuse encore plus au fond de moi, j’entends les êtres qui nous ont précédé, car dans l’instant présent ils sont tous là.

Leurs yeux, mais aussi les yeux de ceux qui nous suivront, nous sourient, denses et profonds comme un lac de montagne.

Ecrit le 4 août 2016.

Méditer ... ou vivre l'instant présent.

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