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Un jour sans elle. Une petite histoire pour ceux qui détestent la Saint Valentin ...

par Marie-José Sibille

publié dans Fiction

Je reposte aujourd'hui une nouvelle écrite il y a une quinzaine d'années, la même que l'année dernière, c'est juste pour les nouvelles et nouveaux ... Par contre le dessin, lui, est totalement inédit, et a été réalisé par l'illustratrice de "Juste un mauvais moment à passer ... "

Toute ressemblance avec qui que ce soit est nulle et non avenue, comme d'habitude.

Je la dédie à tous ceux et celles qui s'ennuient le soir de la Saint Valentin ...

UN JOUR SANS ELLE

Une petite histoire pour ceux qui détestent la Saint Valentin

 

1

 

Il n’y a pas pire sourd que celui qui se met le doigt dans l’oreille, c’est ce que je me dis une fois de plus en lisant le post-it sur le frigo, juste au réveil, onze heures du mat’.

J’ai rien vu venir.

Je suis un artiste. Pas un grand artiste. Mais bon. Je gratouille plutôt bien ma guitare et j’arrive à pondre une chanson correcte par semaine, surtout par beau temps. J’hiberne de la Toussaint à Pâques. Comme une couveuse, dis-je à ma femme qui continue pendant ce temps à aller pointer chez Pinaud quatre jours et demi sur sept 46 semaines par an moins les jours fériés et quelques RTT en aumône. Je passe régulièrement dans les bars à concert du coin, j’ai enregistré un CD dont les copains font la promo, j’ai déjà deux clips sur ma chaîne You Tube et pas mal de chansons, une page sur Facebook parce que Myspace c’est pour les tocards. Pas question d’obéir aux diktats de la mode, The Voice c’est pas pour moi. Même si j’ai été bluffé par une de leurs dernières recrues mais j’l’aurais dit à personne.

Le décalage entre ma vie minable et ma vie rêvée ramène le gouffre de la Sécu à la dimension d’une mare à canard.

Et voilà, c’est le dernier grand plongeon, elle s’en va.

Il suffit que je me regarde lucidement quelques instants dans le miroir pour la comprendre. Je vois la tête d’un vieil ado de trente-cinq balais ridicule, les piercings discrets, le cheveu gras mais pas trop, l’œil glauque des abus en tous genres. J’avais décidé il y a longtemps de pas faire comme Papa, que j’aime bien, mais qui s’est emmerdé toute sa vie à écouter avec une feinte dévotion les ordres de Pierre Bardeau, le frère ainé de Pinaud, sur ses objectifs de vente. « Ça vous dit pas de payer un voyage à votre femme », lui glissait-il entre deux portes après le briefing matinal, « nous on revient juste des Baléares. Allez mon vieux, prouvez-nous ce que vous savez faire ». Et mon père a passé sa vie à prouver. A soixante-cinq ans il en paraît dix de plus, les repas clientèle lui ont fait le ventre arrogant et mou et les artères bouchées. Triple pontage il y a deux ans. Il aura de la chance s’il passe l’hiver.  

Je fais donc partie de ceux qui résistent avec mes petits moyens au saccage de l’imaginaire par la société de consommation … justification dérisoire de ma procrastination chronique. Sûrement pour ça qu’elle est partie, ma femme.

Je prononce ces mots, ma femme, tout près du miroir de la salle de bains, encore humide de sa dernière douche. Je pleure ou c’est la buée ? Elle a réussi à m’épouser. C’était il y a cinq ans et on vivait ensemble depuis déjà autant. Elle, c’était plutôt le style romantique post-moderne retrouver les valeurs de sa grand-mère mariage en blanc demoiselles d’honneur, rien à voir avec la sécurité matérielle, avec un mec comme moi elle aurait été mal barrée. « L’amour m’a rendu ma virginité, donc je peux me marier en blanc », me disait-elle en riant, « et puis le mariage c’est trop marrant, pourquoi s’en priver ? On pourra toujours divorcer si besoin ».  

Elle est comme ça, ma femme.

Pour le coup j’ai fait un effort. Le mariage a été une réussite. Les copains s’étaient mis en costard et mon beau-père ne faisait pas trop la gueule en amenant ma promise au pied de l’autel. Je l’ai même laissée mettre un lys à Marie sans éclater de rire, je la regardais sans trop y croire en me demandant quel bon dieu de Bon Dieu m’avait mis une telle nana dans les bras. Parce que vous vous en doutez elle était belle comme une andouille de princesse à la Disney.

Bon me voilà vraiment parti à chialer, je ferais mieux d’aller écrire une chanson. Un bon café noir et la première cigarette de la journée, ça entretient ma voix rauque et sensuelle, il y a encore un public pour ça. 

 

2

 

Treize heures. 

Elle m’a quitté.

Bien que l’ayant vue encore la veille au soir, je ressens déjà le vide.

Tentation de sieste histoire de recharger les batteries à plat, à cette heure là j’ai souvent travaillé déjà deux heures. Je vérifie pour la xième fois l’écran de mon smartphone, aucun texto, aucun message, rien, nada, je suis en train de faire le plus grand bide de ma carrière. Tentation d’appel aux parents histoire de recharger les batteries, normalement je ne les appelle que le dimanche ils vont se demander mais bon.

Essayons la pensée positive.

Par exemple.

Une rupture sentimentale c’est bon pour la création ça mon gars …

Oui mais sans elle t’es qu’un bon à rien c’est comme si j’avais été sans ta mère t’imagines même pas, dit papa dans mon oreille droite.

Une de perdue dix de retrouvées mon vieux …

Là on fait pas plus ringard et en plus …

Oui mais lesquelles, on sait ce qu’on perd et pas ce qu’on va trouver, dit maman dans mon oreille gauche.

Je suis rétif à toute forme de pensée positive. Moi c’est plutôt dix ans sur le divan à triturer mon oedipe dans tous les sens pour lui faire cracher le morceau, qu’est-ce que je fous sur terre réponds-moi. SANS ELLE. En plus.

SANS ELLE ça pourrait faire une bonne chanson si elle n’avait pas déjà été écrite cent fois depuis Tino Rossi en passant par Johnny pour ne citer que les plus récents.

Tentation de coup de fil à Thomas histoire de prendre rendez-vous pour ce soir. Pour faire soft on pourra commencer par des sushis il y en a des fameux place Esquirol.

Mais attention elle n’est plus là pour assurer les fins de mois et si tu pouvais assurer les sorties avec Thomas c’est parce qu’elle payait le loyer, me dit beau-papa à l’oreille droite.

Quatorze heures. L’heure glauque par excellence, surtout un 14 février - tiens c’est vrai c’est la Saint Valentin - quand on se demande comment on va survivre jusqu’au soir tellement le temps est gris, les heures longues et insipides, l’ennui gluant.

Ben c’est sûr que si t’avais un boulot qui se tient tu les trouverais pas longues les heures, hurle belle-maman à mon oreille gauche. Belle-Maman est complètement insensible aux problèmes des intermittents. Elle ne sait pas ce que c’est que de courir le cachet en étant réduit à faire le tour des restos et des marchés l’été pour combler les trous et augmenter le temps de travail pour pouvoir pointer au chômage. Ces derniers temps j’ai réveillé ma conscience de classe. Avec tous ces politiques repus et fachos qui veulent nous rayer de la carte, j’ai senti que j’avais trouvé ma tribu. Les inters mi-temps. Super formule. Totalement borderline. Aucune place dans la vie. Tout moi. Tout d’un coup je me suis senti mobilisé. J’ai fait toutes les manifs, c’était juste quelques mois avant Charlie, l’Etat d’urgence et tout le Bataclan, on pouvait encore s’exprimer. C’était Viva la Révoluçion et les intermittents du spectacle. Elle était pourtant cool ma nana pour m’encourager. Va à ta manif elle me disait t’en fais pas pour le ménage je m’en occupe. Bon je m’en suis jamais fait pour le ménage qui peut donc bien s’en faire pour le ménage mais c’était manière de parler. Finalement peut-être qu’elle, elle s’en faisait pour le ménage je me suis jamais vraiment posé la question. Ni celle des papiers à remplir ou des relevés de banque à pointer c’est maman qui faisait tout ça à la maison. Je lui téléphonerai bien à Maman mais je ne l’appelle que le dimanche elle va s’inquiéter mais bon. Entre les manifs des intermittents et les virées avec Thomas qu’as-tu fait de ta vie, crétin. Mon chéri. Même pas capable de retenir ta femme. Une qui t’aime, qui est cool et pas râleuse pour un sou, une qui croit en toi. T’as vraiment dû en faire un max pour qu’elle décide de se barrer. Mon chéri. Je ne suis pas tendre avec moi, accordez-moi ça quand même, même si j’utilise la voix de maman pour m’enfoncer.

 

3

 

Quinze heures. Ça y est je chiale à nouveau. Mais c’est vrai qu’elle aurait pu prévenir au moins. Et en plus le jour de la Saint Valentin. « Au revoir, mon amour ». Même pas une lettre, un post-it sur le frigo. On méritait pas mieux tout de même ? Dix ans de vie commune quatre fois plus que la moyenne nationale et elle me plaque comme ça ! Va te faire voir va te faire foutre je te hais je te méprise fous le camp !!! 

Tiens à trépigner comme ça j’ai arrêté de pleurer. Ça va mieux.

C’était sûrement elle qui m’empêchait de donner mon maximum. Parce que qu’on le veuille ou non un artiste ça a des besoins particuliers. La création c’est une ascèse. C’est exigeant. Il faut pouvoir s’isoler vingt heures d’affilée sans manger sans boire sans téléphoner sans pisser sans baiser bref se concentrer entièrement sur l’accouchement de l’œuvre l’extirpation des tripes. C’est de l’alchimie. C’est l’expérience ultime. L’orgasme définitif qui enterre tous les autres.

Et elle !

Tiens mon coeur c’est Thomas au téléphone il voudrait savoir ce que tu fais ce soir je lui ai dit que je ne savais pas.

Ludo le repas est prêt tu veux bien venir manger pendant que c’est chaud.

Qu’est-ce que tu penses de ma nouvelle robe mon amour ? Tu me plais, j’ai envie de toi là tout de suite.

Tu sais ça fait trois mois qu’on n’a pas été chez mes parents, t’as prévu quoi ce week-end ?

Dis, je ne voudrais pas passer pour une emmerdeuse mais j’ai du mal à finir le mois on bouffera des pâtes ou alors faut que tu diminues les virées avec Thomas.

Dis, tu voudrais pas ouvrir de temps en temps les fenêtres, ça pue le tabac froid c’est infernal en rentrant du boulot, heureusement qu’on n’a pas d’enfants.  

Vous voyez le genre. Comment voulez-vous que j’y arrive dans ces conditions.

 

4

 

Seize heures. Cette foutue journée n’en finit pas.

Les gamins, ça c’était un sujet quasi tabou. Faut dire que les femmes elles sont pas gâtées avec l’horloge biologique. Elles ont même pas le temps de réaliser qu’elles sont nées qu’elles sont déjà ménopausées. C’est vrai que moi j’ai du temps. Déjà je suis fils, c’est beaucoup. J’essaie d’être un compagnon potable, là c’est carrément énorme. D’ailleurs j’ai foiré. Etre père moi ? Pourquoi pas président de la République ou cadre chez Pinaud tant qu’on y est. J’suis pas fait pour ça. Qu’est-ce que je ferai d’un gosse braillant jour et nuit. Et puis pas possible de le lâcher toute la journée comme le chat.

Déjà le chat …

Bon, faut lui reconnaître qu’elle m’a pas trop pris la tête avec ça. De temps en temps, le samedi soir en hiver quand j’avais pas de contrat elle arrivait à le caser.

Tu sais Ludo il faudrait peut-être se décider j’ai trente-six ans, c’est plus dur à mon âge pour avoir des bébés, la fécondité chute de 50%, et puis j’aimerais bien en adopter aussi, et tu sais à quel point c’est long regarde Fred et Audrey ça fait cinq ans qu’ils rament.

Mais moi je n’ai que trente-cinq ans bon Dieu. Voilà ce que c’est d’être avec une vieille.

Tu me vois - là je parle à Thomas qui rigole - tu me vois avec un môme voire plusieurs les changer les nourrir puis les emmener à l’école pourquoi pas aller à la pêche avec mon fils construire une maison de poupées pour ma fille ou le contraire non mais elle pas bien ma meuf ! Et puis leur expliquer la vie les abeilles les oiseaux non mais tu m’y vois et pourquoi pas un chien tant qu’on n’y est non mais elle est pas bien !

Thomas à ce stade il est écroulé plié en deux sur sa chaise il en crache son demi il s’étouffe avec sa clope. Ça c’est sûr que je t’y vois autant que je m’y vois qu’il me sort. Thomas est gay et contre l’adoption par les couples homos, moi je pense juste qu’il a la trouille, mais après tout c’est sa vie. Moi je le verrais bien avec un kid maintenant qu’il est casé avec Stéphane, ça a mis le temps mais là c’est du sérieux à quarante berges il était temps.

Et puis pourquoi y m’y voit pas Thomas avec un gamin ?

 

5

 

Dix-sept heures. Jamais d’alcool ni d’herbe avant dix-huit heures telle est la discipline que je m’impose. Comment tenir alors ?

Je pourrais passer un coup de fil à mon psy il m’a dit que je pouvais l’appeler en cas d’urgence j’ose pas trop quand même j’ai rendez-vous que lundi prochain mais bon s’il peut pas répondre il ferme son portable et j’aurais son répondeur. Et puis c’est une sacrée urgence la femme de ma vie qui se barre. Mon psy ça aussi c’est quelque chose. Elle commençait un peu à en avoir par-dessus la tête, je le sentais bien. Faut dire que c’est un budget et tiens, comment je vais faire maintenant qu’elle n’est plus là pour payer le loyer ? C’est vrai qu’avec ce que je lui ai déjà filé on aurait pu avoir trois mouflets ou faire construire la maison de ses rêves. T’es sûr que tu peux pas t’en passer maintenant, qu’elle me disait en général le samedi soir. C’est pas que j’ai quelque chose contre ton psy, qu’elle rajoutait quand elle voyait que je commençais à tirer la gueule, mais bon ça fait quinze ans que tu le vois c’est plus que moi c’est une sacrée histoire d’amour. Après tout t’es un grand garçon maintenant, qu’elle me disait en rigolant. Peut-être qu’elle n’avait pas tout à fait tort après tout. Bon mais c’est vrai que j’ose pas trop le quitter aussi.

C’est un psy de la vieille école, un lacanien qui me fout la trouille.

J’ai l’impression que si je le quitte il sera pas content.

Ça me rappelle ma mère quand je suis parti à Rouen à dix-huit ans sous prétexte de faire des études. Rouen c’est loin de Toulouse, qu’elle me disait, tu vas pas me quitter quand même et puis comment tu vas faire pour t’en sortir tout seul. Rien que ta lessive, tiens. En fait Rouen c’est parce que j’avais rencontré une meuf sur la plage et qu’elle était de Rouen c’est toujours les filles qui m’on fait bouger dans la vie et puis la lessive elle savait faire. J’étais dans ma période exploration des corps féminins alors j’ai beaucoup bougé. Il faut la santé, je l’avais, c’est pas comme maintenant.

Ça va être dur d’ailleurs d’en trouver une autre, surtout une comme ma femme.

Tout ça pour dire que quitter mon psy il va me falloir du courage. J’ai peur qu’il me sorte des trucs sur moi des trucs pas sympas bien sûr parce que si je le quitte il voudra se venger. C’est comme ma mère quand je suis vraiment parti à Rouen c’était glacial au téléphone et pas de petits colis rien et mon père qui prenait l’appareil ça va fiston quand c’est que tu rentres tu sais que ta mère se languit. OK, j’suis fils unique, faut que j’assure. Je suis rentré à la fin de l’année de fac. Faut dire aussi que côté climat Rouen c’est pas Toulouse et puis j’avais largué ma meuf et les lavomatics c’est glauque et triste, c’est pas mon truc.

 

6

 

Dix-huit heures. C’est l’heure où elle sort du boulot.

Normalement elle fait les courses et elle est là pour dix-neuf heures tapantes que je puisse aller continuer l’apéro chez Thomas quand il est dispo, de moins en moins depuis Stéphane, ou partir courir le cachet dans les restos toulousains.

Dix-huit heures et pas de message sur ce foutu portable.

Dix-huit heures et toutes les bonnes raisons pour aller prendre une bière dans le frigo. Il doit même me rester un peu d’herbe quelque part. J’avais essayé d’en faire pousser dans un coin du balcon mais ça elle était vraiment contre. Elle attendait même pas le samedi soir pour m’en parler, c’est dire. Tu te rends compte je peux même pas amener une collègue à la maison déjà c’est pas facile avec le bazar que tu mets. C’est vrai, mais surtout dans ma pièce à moi, mon atelier comme je l’appelle. Mais si en plus tu te mets à faire pousser de l’herbe sur le balcon alors là j’assume plus.

Je dois reconnaître qu’elle a raison. Aller en tôle avec les inters OK mais pour un pied de cannabis sur le balcon ça tient pas la route. C’est limite minable.

Elle me manque tellement, j’hallucine. J’ai même pas envie de boire une bière. Tiens je pourrais faire un peu de ménage. Après tout pourquoi pas c’est la Saint Valentin comme ça j’aurais l’impression que je fais quelque chose pour elle. C’est marrant de faire le ménage c’est pas si mal finalement, faudra que j’le recase dans une chanson. Passer l’aspirateur toutes ces vieilles poussières qui disparaissent de ma vue et tiens une araignée ça fait vraiment longtemps que je l’ai pas passé dans l’atelier. Je vais faire la chambre tant que j’y suis. Ça y est je recommence à chialer c’est pas possible d’être aussi nase. C’est qu’un lit mon vieux c’est pas parce qu’on l’a choisi ensemble. Et puis le lit conjugal t’as toujours trouvé ça ringard. Un tue l’amour tu lui disais en allant roupiller sur le canapé dans l’atelier. C’est chaud, c’est fusionnel comme une bulle, c’est dur d’en sortir mais côté sexe c’est pas le pied. Mais bon. Là, devant la couette néo japonaise, et son paquet de kleenex à côté de la lampe de chevet, et son bouquin aussi. Pas pleurer ça s’appelle. Un dernier message ? L’écrivaine, c’est Lydia Salvayre. Elle tient beaucoup à féminiser les professions. L’écrivaine, la présidente, la professeure. Et pas seulement la femme de ménage et l’infirmière. C’est bizarre qu’elle l’ait pas pris, pour la sortir d’un bouquin qui l’a accrochée c’est la croix et la bannière, et hier soir elle l’avait pas fini. Elle s’est endormie dessus tellement elle arrivait pas à le lâcher.

Allez tant que j’y suis un coup dans le salon, c’est là qu’elle a installé son coin bureau vu qu’on a que trois pièces. Toutes ses affaires sont là. Peut-être qu’elle compte revenir plus tard pour les chercher ? Ces feuilles là, sur son bureau, c’est la dernière nouvelle qu’elle a écrite. Un jour sans lui, ça s’appelle. Une que j’ai pas encore lue. C’est vrai qu’elle écrit elle aussi. Bon c’est pas une artiste elle. Elle fait ça en plus. Mais quand même. C’est très bon tiens, faudra que je lui dise à l’occasion. La chute est vraiment bien.

Ça parle d’une fille qui profite d’une journée où elle croit que son mec l’a quittée pour faire le point sur son couple et sa vie.

C’est vraiment bien écrit il faudra que je lui dise à l’occasion.

Bon allez puisque j’y suis avant dix-neuf heures un petit coup d’aspi dans la salle de bains, la cuisine, ça peut pas faire de mal. Tiens il y aussi toutes ses affaires de toilette, c’est bizarre qu’elle ait même pas pris sa trousse.

Voyons un peu ce qu’il y a dans le frigo au cas où. En plus j’ai rien bouffé de la journée et c’est vrai que café cigarettes café cigarettes c’est pas mal non plus pour le triple pontage sans passer par la case Pinaud et objectifs de vente. Saumon fumé, blinis, petit chablis, elle avait prévu la Saint Valentin ou quoi ? C’est bizarre tout de même d’acheter du saumon fumé la veille du jour où on veut quitter son mec. Bon mais en tout cas je vais me régaler. Quoi que le saumon fumé et le Petit Chablis tout seul c’est pas vraiment ça. Je pourrais peut-être finalement passer un coup de fil à Thomas mais bon là dans l’instant ça me branche pas trop. Et puis il doit fêter ça avec Steph, normal, même s’ils trouvent ça ringard et commercial y s’font avoir chaque année au dernier moment.

Peut-être que ce soir je pourrais ranger l’atelier et passer quelques coups de fil chez ses copines on ne sait jamais.

Ses copines, ses amies plutôt, c’est toute une histoire. Elle en a pas beaucoup mais alors c’est à la vie à la mort. Moi je croyais avant que l’amitié c’était un truc d’hommes que les nanas elles avaient pas la grandeur d’âme pour ça et tout. Encore une ânerie où elle m’a fait réviser ma copie tiens.

 

7

 

Bientôt dix-neuf heures, ça passe vite le temps quand on fait le ménage. J’ai presque envie d’aller bosser tiens, même si on est en plein mois de février mon pire moment d’hibernation. Mais bon là j’ai comme une chanson qui me trotte dans la tête et ça s’appellerait, ça s’appellerait, tiens, ça s’appellerait « Un jour sans elle », ça sonne bien ça. Allez je m’y mets.

C’est une sacrée journée mine de rien, j’aimerais bien lui raconter tout ce que j’ai fait elle en reviendrait pas et puis lui dire, tiens, pourquoi pas un gamin finalement, et mon psy ben je crois que je vais lui dire que j’en ai ma claque, et ma mère j’ai pas besoin de l’appeler tous les dimanches, et Thomas il se passe très bien de moi au moins  6 jours sur 7, et pourquoi pas une maison en bois ou en paille, ou une yourte dans un champ, et tiens reprendre contact avec ce type de Paris qui m’avait proposé un contrat.

Dix-neuf heures.

Je rêve ou c’est la porte qui s’ouvre ?

 

 

Un jour sans elle ... (ou lui).

Un jour sans elle ... (ou lui).

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Nouvel An chinois 2016 : Bienvenue au Singe de feu !

par Marie-José Sibille

publié dans Le quotidien c'est pas banal

Nouvel An chinois 2016 : Bienvenue au Singe de feu !

 

Trop de scientistes et de religieux, trop de féministes encore sur la défensive, dont je fais partie sur d'autres sujets,mais aussi trop de petits bonhommes satisfaits d’eux-mêmes ignorent ou méprisent l’astrologie comme étant au mieux un conte de bonne femme, en oubliant d’ailleurs que « bonne femme » vient de « bonne fame », c’est-à-dire de bonne réputation, comme pour les remèdes …

Tous les gens sérieux en parlent ainsi comme de contes à dormir debout, j’aime bien, surtout par les nuits de Pleine lune.

Ce savoir irrationnel, et à la fois très pragmatique, est difficilement acceptable dans une société d’experts issus des grandes écoles, tous très efficaces pour prendre soin du monde, comme chacun sait.

Ce déni de la compétence intuitive, ce qui ne veut pas dire sans travail, nous a fait brûler les sorcières au Moyen-Age. Il nous empêche aujourd’hui de prendre une huile essentielle ou une tisane de thym pour accompagner un rhume. Mieux vaut se faire prescrire un corticoïde nasal accompagné d’ibuprofène et de paracétamol, c’est tellement plus opérant !

Alors, pour paraître plus intelligent, on méprise les savoirs de la nuit des temps.

On peut aussi les ignorer en toute sincérité, car cela ne fait pas partie de notre monde et de notre éducation. Ou que l'on est trop stressé pour se passer des médicaments faciles d'accès.

On peut les ignorer ou les tolérer, comme on tolère les jeux d’enfants, les journaux « people » et l’horoscope des hebdos féminins.

Dommage.

C’est se priver d’une source de connaissance intuitive qui nous relie aux saisons et au ciel, qui nous fait nous réapproprier le rythme de l’année et les cycles du temps.

Le capitalisme ultra-libéral ne s’y trompe pas, lui qui exploite à fond ces moments clés du calendrier pour réussir à nous vendre encore quelque chose. Aujourd’hui ce sera des plats chinois, des gâteaux porte-bonheur ou des singes en peluche …

En plus des marchands, les autres à se réjouir de ce déni sociétal sont les gourous de tous poils qui en profitent pour prendre le pouvoir sur nombre de personnes, celles qui n’ont pas sacrifié ce besoin naturel de rites et de sacré, cette nécessité humaine d'un sens qui nourrisse le quotidien, mais qui n’ont pas encore acquis suffisamment de maturité pour s’approprier leur propre compétence, ou de repères pour trouver des passeurs d'expérience qui leur soient bénéfiques. 

C’est de bonne guerre.

Le puritanisme a vu fleurir la prostitution, la prohibition se multiplier le nombre d’alcooliques, le scientisme et le matérialisme consumériste modernes voient proliférer les groupuscules surfant sur le besoin de sacré et de sens, des plus inoffensifs aux plus dangereux, exactement comme dans toutes les autres activités humaines.

Mais il y a aussi beaucoup de guérisseurs et de sorcières, d’astrologues intuitifs et de jardiniers qui suivent les phases de la lune. Il y a des femmes qui soignent avec du miel et des plantes, et des hommes qui enlèvent le feu et calment les entorses. Il y a les synchronicités du quotidien, il y a les rêves reliés au monde si ce n’est prémonitoires, il y a tant de choses encore ignorées.

La récupération de ces savoirs anciens doit passer aujourd’hui par les fourches caudines de la Science, la religion actuelle, pour pouvoir être socialement acceptés. C’est ce qu’il s’est passé récemment pour le yoga et la méditation, ainsi que, avec difficulté et procès nombreux toujours en cours, pour les médecines « complémentaires », qui sont pour la plupart « alternatives » d’ailleurs. C’est ce qui pourrait bientôt devenir acceptable pour la pratique du jeûne, si vous n’en parlez pas à votre médecin qui va vous gronder ...

Peut-être pensez-vous qu’en faisant évoluer, grandir et mûrir les personnes, en les éduquant, en étant « plus pédagogues », elles vont enfin sortir de l’obscurantisme et oublier toutes ces sottises pour se rallier à la Science ou au Commerce, ou au terrifiant mélange des deux ?

Peut-être.

J’aime beaucoup la Science et j’ai toujours baigné dedans. En particulier la biologie, les neurosciences et les sciences humaines. Passionnantes.

Pourquoi les rendre exclusives de tout le reste ?

J’aime bien de temps en temps sortir faire les boutiques, acheter des produits frais sur un marché de Printemps, choisir une nouvelle lampe pour mon bureau.

Suis-je obligée de devenir shopping-addict ?

J’ai mes crises de tout.

Et mes états de rien.

Mais.

Me rappeler sous quelle lune je suis née et la saluer chaque fois que je la croise dans le ciel. M’amuser de penser que le Singe va nous titiller cette année pour plus de créativité et d’imprévu. Choisir dans mes huiles essentielles de quoi à lutter contrer l’épidémie de Gastro, et y arriver comme je n’y suis jamais arrivée avec la médecine allopathique. Ecrire et dessiner mes rêves. Donner de l’importance à la couleur du ciel quand je me lève à l’aube et me répéter les proverbes entendus dans mon enfance, comme par exemple : « Red at morning, shepherd’s warning, Red at night, shepherd’s delight ». Constater une fois de plus que c’est vrai, et me passer du bulletin météo. Regarder l’étoile polaire et me dire que les Rois mages la regardaient déjà.

Toutes ces choses, et bien d’autres encore, font partie de mes antidotes quotidiens à la brutalité de la vie sociale actuelle.

Et je peux le vivre sans nier l’importance d’une certaine science, d’une certaine médecine moderne, et même d’une certaine religion ou d’une certaine politique. Je peux suivre les avis de tempête et d’avalanche de météo France et les remercier pour cela.

Nul besoin de cloisonner, de transformer les savoirs en dogmes et les découvertes en nouvelles religions. Nul besoin de bâtir des murs et des ghettos qui finissent par se transformer en bûchers.

Alors bienvenue le Singe.

N’oublie pas de nous faire des farces, fais-nous rire, fais-nous bouger, mais surtout rappelle-nous notre humanité sensible.

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