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J comme Jeûne : Le retour !

par Marie-José Sibille

J comme Jeûne : Le retour !

 

Préambule …

 

J’avais promis de vous faire part du retour de mon premier jeûne, réalisé en octobre dernier et dont vous avez peut-être lu le journal encore dans mon blog. Je le fais maintenant, alors que je suis dans mon deuxième jeûne. Les effets du premier ont duré plus de trois mois. Entretenus par le jour de jeûne que j’ai mis en place une fois par semaine. 

Mais là, comme une évidence, il fallait que je reparte. 

J’en ai aussi profité pour découvrir les personnes qui jeûnent en permanence, quel que soit le nom qu’on leur donne, il y en a plusieurs milliers sur Terre apparemment, qui vivent directement de l’énergie que l’on appelle « Prana » en sanscrit, ou de l’énergie solaire, ou de je ne sais quoi d’autre. Un documentaire très bien fait, si ça vous intéresse, « Lumière », vous permettra de vous faire votre propre opinion.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=182962.html

 

J comme Jeûne : Le retour !

(A partir des notes d’octobre 2015, augmenté de celles de février 2016)

Au dixième jour de jeûne, je n'ai pas fait la réintroduction alimentaire proposée, le contexte ne s'y prêtait pas pour moi. Un ridicule pruneau perdu au fond d’un bol, alors que le pruneau est un des très rares aliments que je n’aime vraiment pas (avec le céleri et le persil au cas où vous voudriez m’inviter). Je suis rentrée chez moi. En constatant que j’avais passé une nuit de plus à dormir comme un bébé ... et que pour une semaine, je n’avais produit qu’un micro sac de déchets, tous compostables ou recyclables !

Je compte reprendre aujourd'hui, lendemain de mon séjour, mais j'ai une certaine appréhension. Aucune nourriture dans tous les restaurants et magasins que j'ai croisés ne m'a tentée, pas même à l'épicerie bio, où par contre j'ai trouvé les légumes d'une beauté fabuleuse, une véritable œuvre d’art.

Le lendemain, face à ma demi-carotte rapée, je me sens comme une lapine anorexique.

La peur que je n’ai pas ressentie face au jeûne, la peur du vide, je la ressens face à la reprise alimentaire.

J'ai la peur du plein.

Au quotidien, je sens une légère anxiété me prendre chaque fois « qu’il est l’heure de manger », comme si c’était l’heure d’une opération dangereuse ou d’un sport à risques … Tant de notre énergie passe dans la digestion, j’ai entendu jusqu’à 50%, chiffre à vérifier, sources bienvenues. Le si fameux « A table ! », cri de ralliement des parents, souvent de la mère, m’apparaît de plus en plus comme un cri de guerre.

Il faudra plusieurs semaines pour que ce signal d’alarme intérieur s’estompe. Signal qui n’a pas été incompatible avec la joie de se retrouver en famille autour de la table. Mais il reviendra à chaque excès, mot qui n’a plus tout à fait le même sens d’ailleurs, ou pour me préparer à vivre différemment certaines périodes, comme celles « des fêtes ».

Si je devais résumer les principaux cadeaux du jeûne :

Comme tout rituel initiatique, l’avant-après est très clairement identifiable. Le rapport au corps est vraiment différent. En particulier en termes d’écoute et de compréhension. Le corps n’est plus, ou plus aussi souvent, cet ennemi que l’on brutalise à coups de régimes, ou d’excès quels qu’ils soient, il n’est plus cet esclave à qui on demande tout et le reste sans jamais lui laisser la parole, si ce n’est dans la maladie et la mort. La confiance s’installe, ou se renforce si l’on faisait déjà partie des personnes à l’écoute. Le jeûne, c’est aussi la fin ou l’apaisement des « p’tites misères », les douleurs multiples de civilisation, les pesticides, le lait de vache, le blé, les ondes … J’en passe la liste exhaustive, il y a beaucoup de personnes spécialisées dans ce domaine. Et les douleurs psychosomatiques, qui elles font partie de ma compétence, se calment sur le moyen terme : la fybromyalgie, cette « dépression organique », les somatisations traumatiques, les effets de stress cumulatifs, la répression émotionnelle et ses conséquences, lourdes sur le plan physique. Un accompagnement thérapeutique et émotionnel par une personne ouverte à toutes ces approches, pendant ou après le jeûne, est d'ailleurs bienvenu selon moi pour en optimiser les résultats.  Je suis maintenant habitée par le fait que notre corps est notre meilleur médecin quand il est en lien avec la Nature. Saviez-vous que son pourcentage d'eau est le même que celui de la Terre ?

La deuxième fée du jeûne apporte un tout autre rapport à la nourriture. Et c’est une liberté impossible à décrire, un espace infini qui s’ouvre, où l’on peut retrouver la peur du vide et du manque, mais, si on la traverse, c’est le ciel étoilé au-dessus du désert, l’océan sans limites autre que l’horizon qui s’offre à nous. D’où je pense ma grande réticence à remanger …

Dans l'après de mon deuxième jeûne, où la réintroduction alimentaire a été positive et joyeuse, je peux aussi constater à quel point le goût de chaque aliment est décuplé. Plus besoin de sel, très peu de bonne huile, des herbes et des épices. Chaue bouchée est un bonheur. Je fais d'ailleurs rire mon entourage car je ne peux m'empêcher de m'émerveiller.

Un autre cadeau que j’ai envie de partager, est celui d’une estime de soi supplémentaire. Une bonne proportion de jeûneurs décrivent ce sentiment de force accrue, de confiance dans la vie, de pensée positive, de clarté mentale. La créativité et la capacité de mener à bien ses projets s’en trouvent décuplées, ou reprennent leur place essentielle dans la vie.

Une réalité que j’ai mis plus de temps à sentir ou à identifier est que chez certaines personnes, dont je fais apparemment partie, j’attends d’autres témoignages, le jeûne crée également une augmentation de l’empathie, liée à une joie de l'enfance qui revient, intacte. L’autre devient aussi important, aussi intelligent, aussi capable que soi, voire plus, sans que cela soit un problème ! Déjà vécu dans ma pratique de la psychothérapie, et en tant que compagne et mère est-il besoin de le préciser, cet élargissement de la conscience qui rejoint le collectif m’a interpellée. Je l’ai identifié en rencontrant un groupe d’asiatiques se faire prendre en photo près de l’endroit où j’étais. Ils étaient rayonnants de joie de vivre. Quand le photographe a pris la photo, ils ont tous éclaté de rire en même temps, les trente, à la seconde près … Image terrifiante s’il en est pour le mâle occidental moyen (et de plus en plus de femelles), mais ressourçante dans l’état où j’étais, une fontaine de joie, j’ai ri avec eux. Et j’ai senti à nouveau, dans une situation qui n’est pas forcément habituelle pour moi, ce sentiment tellement régénérant, où les limites entre soi et l’autre n’existent plus, où l’humanité est un vaste océan qui bouge au gré des marées et des vents, des feux telluriques et des failles sismiques, où « l’océan est dans la goutte et la goutte dans l’océan », pour citer un ancien texte sacré oriental.

Vous allez me trouver bien exaltée, alors retombons sur terre. Je n'aime pas le sectarisme et le dogmatisme, d'où qu'ils viennent. J’essaie tous les jours de ne pas y tomber car c’est un chemin très facile. Il suit en effet les lignes de moindre résistance de notre pensée. Je suis sûre qu’un jour, si ce n’est déjà fait, quelqu’un « prouvera scientifiquement » que c’est le chemin le plus court et le moins fatiguant pour nos neurones .... Dur de faire suivre à notre cerveau un chemin plus escarpé. C’est ainsi que vous devrez faire votre chemin de jeûne, loin des médecins et des pharmaciens qui savent pour vous et craignent le jeûne soit par ignorance, soit par intérêt. Mais loin aussi des fanatiques, ceux pour qui un verre de vin est une hérésie, comme ceux qui vous décrivent les réactions du corps sans que vous ayez droit à une alternative. Ou encore ceux qui transforment le rituel indispensable du jeûne en prison monastico-militaire.

Trouvez votre propre accompagnement : comme pour la psychothérapie, le bouche à oreille est souvent un bon média.

Trouvez votre chemin de jeûne.

 

J comme Jeûne : Le retour !

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Quand Narcisse flamboyant et Narcisse assoupi se rencontrent, que se racontent-ils ?« Rudik l’autre Noureev », un livre de Philippe Grimbert 

par Marie-José Sibille

publié dans Des livres profonds ... comme une psychothérapie !

Quand Narcisse flamboyant et Narcisse assoupi se rencontrent, que se racontent-ils ?

« Rudik l’autre Noureev », un livre de Philippe Grimbert 

 

Parfois, quand on est ailleurs, en voyage, ou devant la bibliothèque d’un ami, un livre nous attire. On le prend en sachant par expérience qu’il y a des chances qu’il nous entraîne de l’autre côté du miroir pendant un moment. Peut-être alors le glissera-t-on discrètement dans son sac, ou le demandera-t-on à l’ami qui ne pourra dire non, en sachant déjà qu’il a peu de chances de le revoir. A moins qu’il ne se fasse un plaisir de vous le donner grâce à la nouvelle tendance de la circulation des livres. A condition toutefois que ce ne soit pas un de ses « essentiels », ces livres dont on ne peut envisager de se séparer tellement on les relit, tellement ils nous collent à l’âme.

Ce livre qui nous attire est forcément déjà ancien, sinon nous l’aurions trouvé à l’étal d’une librairie. Ancien veut dire de l’année dernière dans notre temps où les saisons littéraires s’accordent plus au rythme de l’éphémère qu’à celui de la tortue des Galapagos.

C’est ce qui m’est arrivé pour « Rudik, l’autre Noureev », qui date déjà du printemps 2015.

A priori la vie d’un danseur même aussi connu est un sujet qui ne me passionne pas.

Mais Philippe Grimbert m’interpelle lui, en ce qu’il réussit l’exploit, en France, de se faire reconnaître à la fois comme psychanalyste, essayiste et écrivain ! Et sans pseudonyme … Il est ainsi un exemple rare dans notre pays d’étiquettes où il ne faut surtout pas mélanger les torchons avec les serviettes, les chèvres avec les choux, et les migrants avec les autochtones, de peur de les voir tous disparaître. Un pays aussi qui permet heureusement que la réalité quotidienne soit parfois à l’opposé de ces préjugés.

Philippe Grimbert est donc un auteur motivant pour une psychothérapeute-essayiste-écrivaine dans mon genre. Pourtant je n’ai lu que le plus connu de ses livres, « Un secret », qui date déjà de 2004, je ne l’aurais pas cru, il est temps que je me mette à jour.

Dans « Rudik, l’autre Noureev », beaucoup plus que la vie du danseur étoile, touchante cependant, ce qui m’a intéressée c’est la manière dont pendant l’analyse – très courte dans la réalité –  le patient est lui-même devenu thérapeute pour son analyste, par la magie de ce que les psychanalystes appellent le contre-transfert. Je préfère l’appeler avec mes mots d’aujourd’hui une transmission empathique, qui fait que sur un certain plan, et dans certaines conditions dont la dynamique d’attachement n’est pas la moindre, les expériences de vie se mélangent et peuvent nous transformer en même temps que l’être à côté de nous.

« Les émotions de l’enfance dorment au plus profond de nous, d’un sommeil de chat, et se réveillent à la première occasion », nous dit-il.

Et leur résurgence, chez le patient comme chez le thérapeute, permet de lever des barrières impossibles à franchir dans le monde rationnel des adultes occupés.

Noureev a fini par se noyer dans son magnifique miroir, dans le regard fasciné de millions de personnes.
Le psychanalyste, lui, a fini par sortir de sa prison.

En écartant les barreaux de la rigidité dogmatique de sa pratique telle qu’il se la figurait pour cacher ses lacunes, il a pu ouvrir des fenêtres en lui qui ont changé sa vie.

L’analyste de Noureev n’était pas l’auteur. Mais celui-ci a rencontré le danseur et vécu certaines des anecdotes qu’il raconte dans le livre, qui se nourrit aussi de la fascination qu'il a ressenti.

Il est par ailleurs aisé de sentir comment il a pu vivre cette expérience de bouleversement mutuel avec certains de ses patients. Et Philippe Grimbert à les mots justes pour parler de l'intime qui se livre au coeur d'une séance.

Voici donc aussi un livre hommage à l’effet parfois transformateur, toujours enrichissant, des personnes qui nous font la confiance de venir nous voir.

Un hommage que je reprends entièrement à mon compte.

 

Quand Narcisse flamboyant et Narcisse assoupi se rencontrent, que se racontent-ils ?« Rudik l’autre Noureev », un livre de Philippe Grimbert 

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