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fiction

Roman noir ou réaliste ?

par Claire Sibille

publié dans Fiction , La psychothérapie - de quoi ça parle , Des livres profonds ... comme une psychothérapie !

Roman noir ou réaliste ?

Et est-ce que ça change quelque chose pour l’avenir de la planète…

 

Imaginez un instant. Vous vous réveillez un matin en pleine forme, décidé.e à oublier pour une journée les sociopathes qui bousillent le monde et la sixième extinction de masse… et vous attaquez bêtement le duo sibérien de Caryl Ferey sur Norilsk, la ville la plus polluée du monde, et c’est rien de le dire vu les mégapoles se battant pour la première place. Vous comprenez alors qu’il va falloir booster votre capacité intacte d’émerveillement devant le vol d’un papillon survivant ou la reptation sereine d’un bébé limace ayant échappé aux poules. Ainsi vous continuerez d’habiter dans cet autre monde, le vôtre, celui où le nuage noir de la pollution sibérienne n’a pas (encore) d’effet.

Mais alors pourquoi lire Caryl Ferey ? C’est toute la question de l’utilité du roman que les français appellent « noir », mais que je qualifierai plus exactement de noir psycho-socio-politique. Car on est loin du thriller où un sérial killer hors du monde découpe des femmes en rondelles, romans qui me tombent des mains à 99% quand j’en trouve dans les boîtes à livres. D’où la question que j’avais développé dans mon précédent article sur le sujet, Écrire du noir pour ne pas en broyer (lien en bas d'article) : ces romans qui plongent dans le vécu de populations souvent oubliées de l’actualité ne se rapprochent-ils pas plutôt de Zola et Hugo, bref du roman réaliste ? Les littéraires français ont besoin de cases mais ces genres n’ont pas grand-chose à voir, que ce soit en termes d’histoire, mais aussi d’écrivains et de lecteurs. Quel rapport entre le roman réaliste dont je parle, le polar roman de gare type « prix du quai des orfèvres » et le thriller sanguinolent à la mode américaine ? Aucun. Tant au niveau de l’écriture - des gens comme Caryl Férey ou Déon Meyer sont avant tout de remarquables écrivains - que des sujets abordés. Mais il se trouve qu’il y a toujours un flic et un crime, et cela justifie l’appellation « noir », même si le genre « polar » ne leur est plus que rarement attribué. Car à la racine de ces romans, il y a toujours un problème social ou politique souvent méconnu.

Par exemple dans Norilsk (son récit de voyage en Sibérie) et Lëd (le roman qu’il en a tiré quelques années après), Caryl Férey nous montre à voir une réalité ressemblant à une dystopie. Et c’est peut-être ce qui fait que j’arrive à tenir le coup dans la lecture de ces livres, bien que je l’avoue très difficilement pour Lëd, que je suis obligée de digérer émotionnellement à raison d’un chapitre par jour.

Dans mon métier de psychothérapeute, je rencontre souvent la noirceur presque tolérable de l’humanité, les maltraitances familiales, les enfances grises du manque d’amour malgré, parfois, tout le confort d’un milieu bourgeois, les viols, les abus sexuels, la dureté du travail en institution ou en entreprise sous la coupe de dirigeants raisonnablement sociopathes, juste assez pour accéder au pouvoir dans notre système, pas assez pour finir en prison ou à l’asile. Et très peu de justice. Ce sont des thèmes qui ne peuvent que m’inspirer dans la fiction, je dis bien m’inspirer pas copier. Je n’ai pas besoin de tueurs en série au sens américain du thème, je préfère écrire sur des crimes plus accessibles, ceux que j’aurais pu commettre… C’est par exemple le cas dans mes deux dernières nouvelles, Entre Chienne et Louve et Chasse Interdite. Mais mon métier m’a aussi appris que rien ne change tant qu’existe le déni, ou la distance, car l’ailleurs est peu propice à l’empathie, cela a été scientifiquement démontré : plus une personne souffre loin, moins elle nous touche. Nous en avons eu un exemple frappant avec les réfugiés ukrainiens récemment. Le fait que la terre soit gouvernée par 3/4 de sociopathes avérés ne nous touche pas plus que ça, tant que les sociopathes agissant en Europe restent dans des normes considérées comme raisonnables. Quand un fou officiel se rapproche de nous, quand la canicule ne fait plus que brûler le Pakistan mais arrive en Gironde, une partie du peuple se réveille et sort du déni. Mais certains ont encore besoin de voir brûler leur propre maison pour sentir enfin.

Cette situation me fait penser aux violences conjugales ou familiales audibles par des voisins qui hésitent à les signaler. Cela se passe de l’autre côté du mur. Ou de manière plus grave encore à ces juges les yeux fixés sur leur dogme, par exemple privilégier quoi qu’il en coûte la proximité du lien de sang, même entre un père incestueux et un gamin de cinq ans, car ils sont incapables de se mettre dans la peau d’un enfant. Ne parlons pas d’une femme violée.

Alors oui le roman noir, quand il est réaliste, est d’une utilité sociale sans contexte. La fiction permet parfois plus de prise de conscience que les actualités grâce à l’empathie qu’un bon écrivain arrive à créer envers ses personnages. Et d’ailleurs, pour en revenir aux deux livres de Caryl Férey, son récit de voyage m’a été plus facile à lire que son roman, car les personnages rencontrés étaient juste évoqués et donc plus lointains que leurs alter-egos repris dans le roman.

Oui, « ça » existe, que tu le veuilles ou non. Et c’est une bonne chose qu’un écrivain utilise ses angoisses de mort et ses cauchemars dystopiques pour décrire la partie sombre du réel, celle qui nous faut apprivoiser pour transformer notre histoire commune. Certains privilégiés pensent vraiment qu’ils pourront se réfugier à Dubaï ou en Nouvelle Zélande pendant que la plus grande partie de l’humanité ne survivra pas au désastre climatique et aux guerres qui vont en découler, qui en découlent déjà. Cela a même été le sujet d’un excellent film, Elysium, qui bien que dystopique est un reflet frappant de notre situation. Je ne vous spolie pas la fin.

Et oui, « ça » existe, que tu le vois ou non. Marre du clivage entre monstruosité et humanité. Il est inefficace. Les drames que vivent une grande partie – une majorité – de la population mondiale ne peuvent se résoudre qu’en traversant la distance, en mettant en lumière les ombres comme faisant aussi partie de nous. La diabolisation conduit à la coupure, c’est le sens étymologique du mot diable, donc au déni. Il n’y a pas de résilience possible.

Mon acharnement personnel à vouloir que « ça » se sache, que « ça » se voit, prend racine dans mon histoire familiale comme de bien entendu. J’ai tellement vu l’effet délétère des secrets de famille que je passe mon temps à dire, à franchir les limites de mes peurs pour témoigner ou confronter. Ce n’est pas simple. Mais c’est un des prix à payer pour la résilience. Et la créativité.

Le plus marquant ? Les commentaires incompréhensible de deux journalistes sur trois au dos des livres ? A-t-on lu les mêmes ?

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Les deux nouvelles que j'ai citées :

- Entre chienne et louve a été publiée dans le recueil "Loin du coeur" contre les violences faites aux femmes : https://www.betapublisher.com/roman/loin-du-coeur, bénéfices reversés à l'association "Solidarité femmes".

- Chasse Interdite est arrivée dans les dix premières pour le prix 2021 "Quai du Polar" de la nouvelle noire. Je l'ai reprise et largement améliorée cette année sous le titre "Chien de sang" pour un autre projet, elle n'est donc plus disponible pour l'instant. Mais bientôt !

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Où je parle de mon roman, mais aussi de psychothérapie, de deuil, de résilience, d'écriture...

par Claire Sibille

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Et où je regroupe plusieurs sources de commentaires que vous pouvez avoir envie de consulter avant de lire mon roman. Il y en a plein d'autres (FB, FNAC, Instagram...). C'est après l'émission. Et vos commentaires sont toujours aussi bienvenus...

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Un extrait des commentaires reçus...
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