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la psychotherapie - de quoi ca parle

Faut-il être infidèle ? Deuxième partie

par Marie-José SIBILLE

publié dans La psychothérapie - de quoi ça parle

Quand l’infidélité émerge dans un couple, quelque chose est dit d’un besoin de distance, d’un désir de renouveau.

tendreIl existe dans tous les couples des zones à risque où l’on peut s’enliser, d’autres où l’on peut se perdre, se séparer, se retrouver, se cacher, se chercher. La Carte du Pays de Tendre de la Renaissance est encore valable aujourd’hui : une belle manière, poétique, amoureuse, de parler de la relation de couple.

Parmi ces zones de risques, l’affirmation et l’épanouissement des identités féminine et masculine sont des défis récurrents tout le long de l’existence d’un couple. On ne naît pas femme, on ne naît pas homme, on le devient ; ceci est d’autant plus vrai que la vie se rallonge. Il est facile de passer de l’enfance au jeune qui brûle la chandelle de son énergie vitale par les deux bouts ; puis de ce jeune à l’adulte standardisé par les contraintes du quotidien social ; de l’adulte au parent débordé ; du parent au retraité qui jardine ; de la retraite au cercueil ; le tout sans passer par la case homme ou la case femme.

Une certaine philosophie de la parité dans le couple va aussi dans ce sens. Sous prétexte d’égalité des sexes, la différence doit être niée : elle fait peur, elle ramène au corps, elle semble porteuse d’idéologies répressives et archaïques. Cette peur dit en résumé : « si nous sommes différents, alors il y a forcément un supérieur et un inférieur, un dominant et un dominé » ; alors nions les différences entre l’homme et la femme, comme entre ces nuances de l’espèce humaine que l’on appelle races, comme entre les âges de la vie. Construisons un monde homogène, quitte à rechercher dans les mondes virtuels des différences amplifiées jusqu’à la caricature par les personnages des films et des jeux vidéos ; quitte à jouer les voyeurs et les voyeuses à travers les magazines et les sites porteurs d’images « monstrueuses » - faites pour être montrées – des attributs sexuels féminins et masculins. Pour ceux qui ne sont pas tentés par ces jeux de rôle et peu sensibles à l’image, ou pour ceux qui ont moins d’appétence organique, le besoin d’homogénéité, d’indifférenciation pousse à confondre les sexes dans un intellectualisme et un rationalisme rigides et gris, où la fonction remplace l’homme ou la femme, que ce soit dans l’exercice de la pensée ou dans celui du pouvoir.

De nombreuses configurations de couple se prêtent à ce jeu de l’indifférenciation. Le but du couple semble alors de « refaire du même » avec le différent, plutôt que d’apprendre ce que Jung appelait la conjonction des opposés, plutôt que d’oser conflictualiser la différence.

Ce jeu de l’indifférencié se trouve par exemple dans ces couples « post-adolescents » qui quittent le toit familial à la condition expresse de tout de suite se retrouver à deux sous la même couette ; mais aussi dans ces couples fonctionnels que l’on imagine bien tenir boutique ensemble, couples qui savourent le bonheur intense de tout faire à quatre mains jusqu’à en oublier les plaisirs du solo. Ou encore les couples qui fusionnent autour de leur bébé dans un indifférencié chaleureux et attendrissant qui donne envie de célébrer Noël à la Saint Jean.

Vous l’avez compris j’espère, tout n’est pas à jeter, loin de là dans ce besoin du même. Une fois les hormones de la passion apaisées, il est plutôt positif pour un couple d’aimer discuter, danser, chanter ensemble ; il est dynamisant d’être motivé par les mêmes combats, de se reconnaître dans un socle commun qui fait lien et qui produit des fruits souvent savoureux.

Mais trop de « même » finit par créer une bombe à retardement qui fait imploser ou exploser le couple. En particulier quand ce besoin de même répond à une peur de l’autre, du monde extérieur, de la socialisation, de la sexualisation : c’est alors un besoin défensif,  qui se traduit par un centrage excessif sur un couple forteresse; Le même besoin de sécurité se trouve dans ces couples qui n’arrivent pas à couper le cordon avec les familles d’origine: des couples incestuels, vivant un peu comme frère et sœur sous la coupe de la génération d’au-dessus.

Heureusement, de nombreuses crises viennent nous rappeler qu’un couple qui ne prend pas le risque du renouvellement, prend celui de la sclérose ou de l’explosion. Chaque crise est une opportunité de changement, avec un passage obligé par une forme ou une autre de souffrance; l’infidélité en fait partie.

C’est par exemple le cas de la crise du milieu de vie : l’augmentation de l’espérance de vie et le départ décalé d’enfants venus plus tard tendent à déplacer cette crise vers la cinquantaine. Imaginons un couple usé et mélangé, confusionné par le quotidien, un couple qui parfois perd son sens après le départ des enfants, un couple où le confort et la tendresse des souvenirs partagés ne suffit plus à nourrir le présent, un couple qui manque de rêves, de projets, d’imaginaire commun : il est possible alors que la différence fasse irruption dans leur quotidien tel un éclair à travers un ciel grisâtre. Un homme, une femme, frappent à la porte : ils semblent venir de nulle part car ils viennent d’ailleurs, de cet ailleurs trop longtemps oublié par le couple.

 

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Faut-il être infidèle? Première partie.

par Marie-José SIBILLE

publié dans La psychothérapie - de quoi ça parle

Le coupleIgor Prejlocage et Natacha Baïz dans le fameux “Ballet des Ciseaux Magiques”

Max Sauze

En ce moment, une publicité pour une voiture est en train une fois de plus d’écraser les limites du mauvais goût : « Avant Noël, changez pour une plus jeune ! » nous propose-t-elle, ou plutôt propose-t-elle aux hommes.

La sexualité est un sujet si banal dans les médias, et qui se vit si facilement par les acteurs des films et des séries ! On peut croire alors que pour « tous les autres », le sexe est sans problèmes ; mais pour chacun d’entre nous, il se trouve qu’il n’est jamais banal. Encore faut-il se demander si c’est vraiment la sexualité qui est en jeu dans l’infidélité. La souffrance qui s’exprime la plupart du temps dans ces situations montre que l’enjeu n’est pas là, ou dépasse cet aspect.

Les mots employés pour décrire l’infidélité ne manquent pas de sel : Adultère, entorse, coup de canif, liaison, aventure, écart, faute, frasque, extra, toujours fidèle au partenaire en cours, mais le cours varie souvent … quelle est votre façon de mettre un peu d’espace dans votre relation de couple ?

Alors commençons par quelques histoires :

-          Le corps du délit : Martine et Jacques se marient très jeunes, encore étudiants, par amour mais aussi sous la pression de leurs familles trop présentes qui veulent que le premier soit le bon. Vers trente ans, laissée de longs mois seule par son mari qui est en déplacement professionnel, Martine a une brève liaison, c’est le mot qu’elle choisit d’employer ; enceinte elle garde l’enfant qui sera étiqueté adultérin. Elle le dit à son mari, c’est le drame. Ce drame repose entièrement sur les épaules de Martine, quels que soient par ailleurs les écarts de son mari, c’est le mot qu’il choisit d’employer. Le divorce leur est impossible, leur vie de couple devient une dramaturgie permanente autour de l’enfant, avec les conséquences que l’on peut imaginer sur le développement de celui-ci.

-          Camarades ne voulant plus partager la même chambre : Rémi et Sylvie sont un couple moderne, camarades et parents : leur sexualité, qui a perdu de son piquant dans ce couple quasi incestueux, se permet une intrusion par l’intermédiaire d’un extra pour l’un et l’autre, extra prévu et accepté des deux côtés. Ils en parlent, essaient de vivre avec, impossible. Ils se séparent. Actuellement les deux familles recomposées, avec des partenaires encore différents, passent souvent leurs vacances ensemble dans une grande harmonie apparente, et peut-être authentique.

-          La clé des champs : Françoise utilise l’adultère pour se séparer de son mari, au grand soulagement des deux conjoints. Pendant un certain temps, elle a attendu avec espoir que ce soit son mari qui rencontre quelqu’un, pour ne pas avoir à porter la responsabilité de cet acte. Ils ne pouvaient se séparer sans infidélité d’un côté ou de l’autre. Mais cela a été très difficile pour cette femme, un vrai sacrifice, tant étaient ancrées en elle la notion de faute, tant étaient présentes les problématiques de loyauté. Malgré le plaisir de sa nouvelle liberté, jamais ressentie auparavant, elle porte encore le poids de cet acte. Elle a d’ailleurs changé de ville, rompant avec tout son environnement familier, pour que cela soit plus facile à supporter. 

-          La femme trompée n’est pas celle que l’on croit : Michel et Aline vivent depuis leurs vingt ans un couple fonctionnel, reliés par le travail, les enfants et leurs familles respectives. Michel entretient presque depuis le début une histoire parallèle avec une maîtresse à laquelle il reste fidèle. L’adultère, et toutes ses conséquences dramaturgiques, a lieu quand il trompe sa maîtresse. Elle se sent trahie, et l’épouse légitime de Michel se sent en danger pour la première fois. La nouvelle est tellement plus jeune que l’épouse et la maîtresse ! Michel parle beaucoup de sa peur de vieillir en séance, et aussi de l’impossibilité de renoncer à ce désir qui lui donne l’impression de commencer une nouvelle vie. L’équilibre et la stabilité de sa vie affective à trois finissaient par l’enfermer, et il manquait du courage nécessaire pour clarifier ses priorités dans la situation elle-même. Il choisit de tout quitter pour vivre avec cette jeune femme, très culpabilisé, et à la fois revendiquant haut et fort son besoin de vivre différemment.

-          Loin des yeux : René surprend un échange de courriels régulier et très amoureux entre sa femme Nadine, et un de ses collègues de bureau. Après vérification, il n’y a rien eu d’autre que cet échange, vécu malgré tout comme une infidélité par son mari. Nadine a exprimé « vouloir un peu de rêve » et « retrouver le sentiment d’être vue en tant que femme ».

-          Le divorce interminable : David et Caroline sont un couple recomposé, chacun ayant deux enfants qui sont grands maintenant. Le divorce entre Caroline et son premier conjoint, le père de ses enfants, n’est toujours pas prononcé. A chaque séance de thérapie de couple, l’ancien mari a une place, plus ou moins grande, en fonction des derniers avatars du scénario du divorce. David exprime son agacement et sa fatigue de voir que cet homme est toujours présent dans leur relation, par exemple en empêchant Caroline de dormir dans certaines périodes particulièrement conflictuelles.

-          Le premier amour n’en finit pas de finir : Sylvie porte en elle la nostalgie de son premier amour d’adolescente, qui revient régulièrement la hanter au moindre conflit avec son mari, qu’elle aime pourtant profondément. Elle a beau savoir que ce premier amour n’aurait débouché sur rien, elle a beau l’avoir revu et exprimé son indifférence envers l’adulte qu’il est devenu, la marque émotionnelle et sensuelle de cette première fois passionnelle n’arrive pas à s’effacer.

Il n’y a que dans le terme d’infidélité lui-même que nous pouvons relier toutes les situations décrites si dessus, et bien d’autres qui peuvent se présenter. Comment alors pouvons-nous imaginer une réponse satisfaisante répondant à toutes les situations d’infidélité ? Voire poser un jugement tel que celui que nous pouvons voir dans certains livres et médias : jugement d’immaturité maintenant, plus que d’immoralité. Cela semble bien prétentieux.

L’infidélité est multiforme. Elle ne signifie pas du tout la même chose en fonction de la structure du couple, en fonction de sa concrétisation plus ou moins grande dans le réel, ainsi qu’à la présence de la loi dans le couple (mariage, pacs, relation non sanctionnée par la loi, …). Elle peut faire autant de mal en n’existant que dans l’imaginaire : ainsi de l’autre fantasmé dans la jalousie de type paranoïaque, ou de l’autre virtuel qui avant venait hanter les rêves et les fantasmes, et se manifeste maintenant souvent par le biais d’Internet.

Le passage au corps est-il indispensable pour parler d’infidélité ? La clinique nous montre que non, quand nous entendons la souffrance de ceux qui n’ont été trahis « que » virtuellement.

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