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la psychotherapie - de quoi ca parle

SECRETS, TABOUS, NON-DITS ET MYSTERES DANS LA FAMILLE

par Marie-José SIBILLE

publié dans La psychothérapie - de quoi ça parle

SECRETS, TABOUS, NON-DITS ET MYSTERES DANS LA FAMILLE

Du secret toxique à l’intimité nécessaire, la circulation de l’information dans la famille

 

Remarque préalable : Ce texte n’est pas un article, mais des notes de conférence réaménagées pour faciliter la lecture. Il n’y a donc aucun travail de style, et je m’en excuse. Mais j’ai pensé que cela pourrait vous être quand même utile.

 

Chaque individu, de part sa naissance à un instant précis dans un lieu donné, est un point focal, un lieu de rencontres de multiples influences. Il en connaîtra certaines, il en ignorera la plupart.

La Psychogénéalogie est une des manières d’essayer de percer le mystère des origines, avec parfois le risque de s’y perdre. Il s’agit, pour la définir de manière simple, de reconnaître l’influence sur notre développement psychique de la vie de nos ancêtres.

Quand nous découvrons cette piste, nous devenons parfois des archéologues un peu obsessionnels, et surtout orientés :

-          Obsessionnels, car nous nous mettons à chercher partout dans notre histoire familiale et autour de notre origine le trésor fabuleux, le fameux secret qui serait la réponse à toutes nos interrogations

-          Orientés : car la mémoire étant souvent pessimiste, nous focalisons sur les cadavres dans le placard, les conflits non résolus des fantômes, en oubliant la richesse de notre héritage. Les « mal morts » nous vampirisent et nous empêchent de vivre. Mais peut-être les empêchons nous aussi de bien mourir, qui sait ? Cette focalisation sur l’ombre familiale peut d’ailleurs être le contre-pied d’une idéalisation préalable, une autre forme de mémoire sélective qui nous rend nostalgiques d’un monde, celui de l’enfance souvent, mais aussi celui de nos aïeux, d’autant plus merveilleux qu’il n’a jamais existé en tant que tel dans le réel. Je ne veux bien sûr pas dire par là que les enfances heureuses cela n’existe pas, juste que notre mémoire, corporelle, émotionnelle et mentale s’imprègne en fonction de facteurs complexes qui n’ont pas grand-chose à voir avec la mémoire d’un ordinateur.

En attendant, le temps passe, et nous risquons de devenir superstitieux et craintifs dans notre vie, supposant des influences multiples, croque-mitaines, fantômes et méchantes sorcières, toujours hostiles et impossibles à définir précisément. Cela ne veut pas dire que d’autres dimensions du réel, moins rationnelles, moins visibles, n’existent pas. Mais c’est le signe, ici et maintenant, qu’il y a des deuils à accomplir, des morts à renvoyer dans leur royaume, une vie pour soi à réintégrer ou souvent à s’approprier, par le biais, par exemple, d’un travail thérapeutique.

Car pendant ce temps, nous sécrétons[1] nous- mêmes dans notre vie et auprès de nos descendants, du « mauvais lien », de la « mauvaise communication », c’est-à-dire étymologiquement de la malédiction (mauvaise parole), qui risque d’empoisonner leur propre parcours. Avec le prix à payer, pour nous, de rajouter la culpabilité envers nos descendants à la peur des honteux secrets de nos ancêtres.

La Psychogénéalogie donc, peut devenir addictive, et par là-même toxique, là où elle devait être avant tout un outil thérapeutique intéressant.

Le regard que je porte aujourd’hui est inspiré de cette réflexion: comment la quête de l’histoire peut-elle être utile, à quel moment devient-elle paralysante, et pourquoi ?

Quand je préparais cette conférence, j’ai fait un rêve. Il me parle de moi bien sûr, mais aussi de ce que je voudrais faire passer ce soir : « J’entre en possession de la maison de mon enfance. Je sens bien que d’autres auraient aimé l’avoir, mais c’est moi qui en hérite. Elle est belle et lumineuse. Elle a de grands murs blancs où j’imagine déjà toutes les étagères que je vais installer pour mettre nos livres. Il y a aussi des pièces remplies de meubles à tiroirs, où je pense trouver des trésors venus du passé ; par exemple des médailles de guerre de mes glorieux ancêtres ! Mais chaque fois que j’ouvre un tiroir, je tombe soit sur des souvenirs de moi, des cahiers, des travaux que j’ai réalisé à la fac ou autres, soit, encore plus joyeusement,  sur des souvenirs de mes enfants, quand ils étaient plus petits. Dans le rêve, mon sentiment est très clair : mes racines maintenant, c’est mon expérience de vie et ma descendance, l’arbre que je suis devenue et non celui dont je suis une graine. Il y a aussi des tiroirs que je n’arrive pas à ouvrir, mais je n’insiste pas. Je sais que c’est là que se trouvent les secrets de mes ancêtres que je ne connaîtrais jamais. C’est très léger. Je me dis que je vais téléphoner à Emmaüs pour qu’ils emportent ces meubles là. A travers la maison, je récupère le meilleur de mes ancêtres, je leur laisse le reste, avec reconnaissance … et, je dois le dire, un certain soulagement ! » 

 

Bien sûr, le déni et la coupure ne sont pas plus satisfaisants que l’obsession.

Voyez cette jeune femme, en conflit avec sa fille qui atteint l’âge qu’elle avait quand sa propre mère est morte d’un cancer, vers 6 ans. Elle n’a accès à aucun souvenir, aucune émotion. Par contre, elle perd ses cheveux, comme si elle suivait une chimiothérapie ! Elle comprenait intellectuellement quand je lui expliquais (j’étais jeune et je croyais qu’une telle évidence symptomatique se suffisait à elle-même …) : mais bien sûr l’explication n’a servi à rien. A force elle est allée vers ce moment douloureux, tabou dans sa famille, mais le malaise était trop grand, elle n’a pas pu aller jusqu’au bout à ce moment là.

Pour que le changement puisse s’opérer, cela nécessite une réelle acceptation, qui va ouvrir le psychisme, mais aussi une métabolisation (incorporation des rêves, émotions, sensations) pour que l’explication devienne sens pour la personne, et transforme son être et sa vie. Bien sûr, quand il est encore possible, un remaniement des relations familiales et une communication différente sont un atout majeur dans le processus. Sinon il faudra passer par le rituel et la symbolisation.

C’est pour cela d’ailleurs que j’ai choisi de pratiquer une psychothérapie intégrative, qui mobilise l’ensemble des processus humains, le corps, les émotions, les rêves, l’imaginaire et les représentations, ainsi que les interactions humaines, dans le groupe par exemple. Car la métabolisation et la symbolisation sont deux aspects du même processus de transformation, l’un qui touche au plus près du corps et des émotions, l’autre qui nous fait voir plus loin et plus large, mais ils doivent se rencontrer dans l’ici et maintenant de l’intime du sujet,  sinon pas de transformation possible.

 

Enfin, il y a aussi un moment où il faut accepter l’inconnu, savoir vivre avec le mystère. Certains y sont obligés par un abus de pouvoir social et/ou parental, comme certains enfants abandonnés et adoptés qui ne peuvent avoir accès à leurs origines.

Le mutisme des origines fait souvent pendant à l’encombrement par des origines que l’on croit honteuses (dans l’abandon, mais aussi dans toutes les familles), ou d’ailleurs glorieuses. Pour nous libérer de ce fardeau, il nous faut alors passer du psychogénéalogique, lié au sang, au transgénérationnel, lié à la culture, pour trouver d’autres ressources et s’appuyer sur de nouvelles bases. Le passage au transgénérationnel nous permet à tous, a minima, de contextualiser l’histoire de nos ancêtres, de comprendre les pressions sociales et les évènements qui ont pu les pousser à agir, ou ne pas agir.

Et aussi passer un jour du transgénérationnel à l’existentiel, à l’ontologique : Accepter les questions qui ne trouveront pas de réponse si ce n’est, éventuellement, dans l’être profond, accepter la confrontation au néant, au sentiment d’abandon lié à la perte, ou à l’approche de notre propre fin, au « sans refuge », la certitude de la mort, le mystère des origines.

Nous sommes tous des enfants des dinosaures et des étoiles. Et nous avons tous un jour la possibilité de faire ce passage vers une vie plus vaste, sans pour autant renier nos ancêtres, en développant souvent au contraire une profonde reconnaissance pour le cadeau qu’ils nous ont donné, celui de la vie. C’est là il me semble une bonne manière de trouver le lien entre l’individu et la famille, ainsi que la place que nous choisissons d’occuper sur cette terre, pour un si petit temps donné.

 

LES SECRETS DE FAMILLE

 

1)       Définition

Secret vient de « séparer », « écarter », « mettre à part ». Quelque chose ou quelqu’un est interdit d’accès, de parole. Il y a un lien évident avec la problématique de l’exclusion : on est dedans ou en dehors du secret ; on se demande pour chaque personne, savait-il, savait-elle, ou non (par exemple la mère quand le père est incestueux) ? Et à quel niveau ? Conscient, sensitif, émotionnel, inconscient ? Car, je le rappelle, secret à la même étymologie que sécréter, c’est-à-dire rejeter hors de soi. Et ces rejets sont visibles, audibles ou sensibles.

2)       Les fonctions positives du secret.

a.      Structurant : Participe à la construction de l’identité et à la différenciation : cachettes, secrets, journaux intimes.

b.      Protecteur : Voir les problèmes posés par les excès de dévoilement actuels et à quoi correspond ce besoin d’étalage. Comme si l’aveu du secret sur la place publique, et le scandale qui en résulte, avaient un pouvoir thérapeutique.

c.       Contenant : Signe intimité et confiance dans la relation. Ce que nous partageons et que les autres n’ont pas à savoir. Discernement (qui est une fonction importante de l’intelligence). Mais aussi secret de la confession, de la thérapie, médical, ….

d.      Appartenance : Résistance, clubs et sociétés secrètes, mais aussi famille !

3)       Comment le secret devient toxique, comment l’espace protégé devient prison, comment l’énergie produite par la famille devient un petit « Tchernobyl ».

a.      Fusion : Toutes les relations finissent par s’organiser autour du secret, comme un trou noir. Et déterminent des relations d’inclusion et d’exclusion très destructrices dans ce cas (l’exclusion n’est bien sûr pas toujours destructrice, elle peut marquer une limite indispensable, un interdit, par exemple la chambre des parents, dans le sens de l’accès à leur sexualité, ou encore l’interdit de l’inceste).

b.      Contamination de la communication : les « malédictions »

                                                              i.      Sujets tabous : ex : la mort ou la sexualité. D’une limite qui construit à un mur de déni.

                                                            ii.      Non-dits : Les non-dits d’aujourd’hui sont souvent issus des secrets d’hier et créent les secrets de demain.

Caroline tournait en rond à un moment de sa thérapie, sentant que quelque chose lui échappait, une insécurité de lien et d’autonomie qu’elle n’arrivait pas à rattacher directement à sa relation à ses parents. Jusqu’au jour où elle s’est autorisée à évoquer sa nounou, dont elle était très proche, et qui avait disparu du jour au lendemain sans crier gare. L’émotion très forte qu’elle contacta dans cette séance était un signe incontournable. Les explications fumeuses de ses parents n’avaient fait que renforcer le sentiment de brouillard et d’insécurité. Elle se doute maintenant, adulte, que cette femme déjà âgée était morte et que personne n’avait voulu lui dire « pour ne pas lui faire de peine ». Une belle formule pour dire notre incapacité à supporter les émotions fortes, surtout déclenchées par une de nos paroles. Elle a pu finalement en parler avec sa mère et terminer sa thérapie quelques semaines après.

                                                          iii.      Trop-dits qui créent la suspicion, les écrans de fumée : éloge permanent d’un aïeul, histoire drôle sortie à chaque fête sur l’arrière grand-tante qui a tué son mari, autant de bavardages légers qui masquent mal, en tous cas pour la sensibilité d’un enfant, le malaise de la situation.

                                                           iv.      Maux dits et mots dits qui font mal : Plutôt que de dire : « Je me sens blessé par ce que tu viens de dire », dire « ah, tu es bien comme … », suivi d’un lourd silence.

Tout cela crée des sentiments plus ou moins diffus de honte et de culpabilité dans la famille, une impression de fatalité, un état d’esprit superstitieux, écrasé par le destin, ou craintif.

c.       Puis le secret va se diffuser, contaminer les générations suivantes.

d.      Les principaux thèmes des secrets : varient selon ce que l’époque considère comme honteux. Par exemple, l’enfant hors mariage, ou l’adoption, ou l’euthanasie, ou le suicide. Certains parents, aujourd’hui, n’osent pas dire à leurs enfants qu’ils sont nés d’une FIV ou d’un don de sperme. Ou encore, les obédiences politiques. Collaboration, ou appartenance à tel parti, source de force et d’orgueil, puis de honte. Les principaux contenus et thèmes des secrets : L’origine et la mort, folie, maladies « honteuses », addictions (alcool), l’abandon, la sexualité (homosexualité), les actes socialement répréhensibles (prison), les bouleversements politiques ou religieux qui entraînent des changement dans la vision de ce qui est bien ou pas, la transgression des interdits et leurs sanctions sociales.

 

COMMENT CIRCULE L’INFORMATION, QUELLE COMMUNICATION ? CONTENANT ET CONTENU.

 

On se rend compte que souvent, ce n’est pas tant la nature du secret lui-même qui a posé problème, le « contenu », mais son « contenant », c’est-à-dire la manière dont il s’est diffusé. Imaginons que dans ma famille, comme sûrement dans la votre, il y ait un ancêtre glorieux, mort à la guerre, et un autre libidineux et bon vivant, mort après un bon repas bien arrosé après avoir semé des bébés partout. Comment cela va-t-il être transmis ? Le premier va-t-il être un grand-père moteur, qui nourrit le courage et la créativité, ou une image castratrice, source de critique permanente et de perte d’estime de soi ? Par exemple si, mort trop jeune, il laisse des enfants qui se sentirons coupables, et transmettrons ce sentiment à leurs propres enfants. Le deuxième va-t-il être source de honte, rester caché dans les non-dits ? Va-t-il faire l’objet d’une fierté déplacée masquant le trouble ? Va-t-il entraîner des conflits sans fin entre les enfants « adultérins » ? Ou va-t-il léguer à ses descendants une certaine légèreté dans la vie, un humour et une absence de jugement toujours agréables pour soi et pour les autres. Vous pouvez faire le même exercice avec, par exemple une aïeule « avorteuse » : est-ce une tueuse d’enfants ? Une libératrice de la femme et une femme libre ? Une victime d’un mari violeur à répétition et incapable d’en assumer les conséquences matérielles ?

 

QUI DIT QUOI, A QUI, ET COMMENT ?  est donc une question complexe.

 

Une autre variable, si le secret est révélé (voir le film « Festen », remarquable sur le secret, ses conséquences et son dévoilement) : le moment, et la manière don s’est faite la révélation. Cela peut certes être libérateur, mais aussi provoquer  l’implosion et/ou l’explosion de la famille qui était paradoxalement contenue par le secret. Cela se produit souvent au moment de la mort d’un des acteurs, et des successions. Mais cela peut aussi se faire de son vivant. A noter que l’aveu public, quand un des acteurs ne peut plus contenir ce vécu, et le scandale qui en résulte sont rarement thérapeutiques, et provoquent souvent l’explosion de la famille. Mais cette explosion peut être salutaire, même si elle heurte notre imagerie traditionnelle de famille qui reste unie envers et contre tout. Il y a des familles, ainsi que des groupes sociaux, qui sont devenus tellement toxiques qu’il vaut mieux envisager leur démantèlement, leur dissolution, leur disparition d’où mon allusion à Tchernobyl.

 

LE TRAVAIL A FAIRE EN PSYCHOGENEALOGIE

 

Les deux principaux outils, le génosociogramme et les syndromes anniversaires vont nous permettre d’identifier le symptôme qui parle :

-          par des répétitions (ex : toutes les femmes de telle partie de la lignée n’ont qu’un enfant, ou mort d’un enfant, ou maladie identique)

-          par des somatisations  (le corps exprime sa mémoire par une maladie chronique, ex de l’asthme)

-          par les émotions qui « disent vrai » (par exemple, un mariage, source théorique de joie, développe une grande angoisse, ou l’arrivée d’un enfant, rêves de mort à répétition), non pas sur ce qui va se passer, ce qui serait de la superstition, mais sur ce qui n’a pas été digéré du passé

-          par les rêves et les cauchemars récurrents, qui sont la voix des fantômes

-          par les « blancs » dans le génosociogramme, comme des trous de mémoire.

 

La Généalogie : nous parle du corps, des gènes. Le corps porte la mémoire familiale et sera donc un outil très important de ce travail. Ma naissance me donne une place dans la famille, symbolisée par un lieu et une date. Ensuite le corps s’imprègne de toutes les influences, émotions, attitudes qui règnent autour de lui. Cela crée une mémoire profonde, non verbale, possible à retrouver par le travail psycho-organique par exemple.

Peu importe le secret en lui-même, c’est la foi qui répare, la joie de la découverte qui fait sens parce qu’elle a été acceptée et métabolisée, touchant ainsi l’être profond, et laissant la place à d’autres possibles.

Les fantômes qui nous hantent sont alors apaisés ; libres, ils peuvent rejoindre leur propre destinée ; c’est nous, souvent, qui les attachons. Nous pouvons dénouer les « mauvaises » loyautés aux morts, toujours teintées de culpabilité, et trouver les bonnes loyautés (les sentiments positifs, les dons, les talents, les richesses), source de créativité. La question des loyautés est toujours importante. Elle fait écho au sentiment de dette qu’a pu développer la psychanalyse, et à la nécessité de payer ses dettes d’une manière ou d’une autre pour se sentir libre. Pour reprendre l’exemple de l’enfant par adoption, la double loyauté peut l’immobiliser dans un sentiment de trahison : si j’aime mes parents par adoption je renie mes parents d’origine, si je veux retrouver mes parents d’origine, je renie mes parents par adoption. D’où l’importance de clarifier cela le plus tôt possible. il est possible de garder dans son cœur l’amour pour ses parents d’origine, et même bien sûr d’en parler, tout en aimant ses parents par adoption.

Comme dans un couple divorcé où l’enfant doit pouvoir aimer librement son père et sa mère ; mais on voit à quel point dans ces couples, il peut y avoir parfois chantage à la trahison.

 

LES TROIS TEMPS

 

Temps ontologique : Résoudre ce qui peut l’être, faire les deuils, savoir vivre avec le mystère (voile), transgénérationnel, se relier à du « plus vaste ». Prendre racines et fructifier, enraciner son arbre.

Temps cyclique : Féconde, rythme, encadre, rites, anniversaires, saisons, naissances et morts. Mais aussi ramène le non résolu, répète, enferme.

Temps linéaire : Course en avant (société), fuite en arrière, ballottés par contextes et évènements. Ou mon chemin, de la graine que je fus à l’arbre que je suis et aux fruits que je donne.

 


CONCLUSION / OUVERTURE

-          Chercher à fuir son histoire et s’y engluer, c’est le même problème, nous sommes  pris dans un destin. JY Leloup  nous propose de passer du « c’est écrit » au « c’est-à-dire ». Sortir de la fascination pour le destin, confusion entre ce que je suis, mes origines et mon histoire.

Religion, psychanalyse, génétique et psychogénéalogie contre TTC, nous revivons sans arrêt le même processus. De l’ancien testament truffé de malédictions à la « bonne nouvelle » des Evangiles, nous pouvons être libres si nous redevenons des petits enfants, des « deux fois nés », comme disaient les anciens égyptiens. L’arbre dont je viens n’est pas l’arbre que je suis. Il n’y a aucune déloyauté à faire ce chemin, c’est celui qui permet l’évolution, il est le contraire de l’amnésie et du reniement de ses origines.

-          L’objectif du travail en psychogénéalogie n’est pas celui d’une enquête policière, il n’y a pas de coupable. Il s’agit de refaire circuler ce qui a été coupé, comme dans les « membres fantômes », intégrer l’information nécessaire, faire les deuils c’est-à-dire digérer les pertes, réintégrer l’énergie pour reprendre vitalité et créativité.

-          Faire le récit de l’histoire de sa famille et de son histoire est très important. Mais comprendre et accepter que c’est un mythe = une histoire vraie parce qu’elle a du sens pour moi, et pas un rapport de police. La mythification remplace alors la mystification, ce mensonge qui crée trop d’ombres dans nos vies.

 

ADDENDA SUR LA COMMUNICATION PARENTS/ENFANTS

Importance des tabous et des inter-dits pour l’éducation des enfants. Toujours difficile à évaluer, la seule manière de ne pas faire d’erreurs avec les enfants c’est de ne pas en avoir ; mais communiquer ce qui est important pour eux, pour leur croissance et leur individuation :

-          leur origine, ne pas mentir ou « trop dire » : tu as été tellement désiré (alors que j’aurais bien attendu quelques années de plus) : on peut présenter ce type de conflit, qui de toute façon se traduit organiquement (ex : quel « gros bébé » tu étais ! d’un ton admiratif, mais d’un corps fatigué) de manière humoristique. FIV. Don de gamètes. Enfants « illégitimes ». Adoption.

-          La mort : la découvrent avec la mort des grand-parents au mieux, mais peut être bien sûr plus grave, en trouvant les bons mots, et surtout en les laissant exprimer leur angoisse.

-          Les séparations : si longue, mieux vaut le dire sinon syndrome d’abandon. Exs : enfant « donné » aux grand-parents, père qui s’en va, etc… et même vacances des parents !!!

-          Les maladies : ex de cette femme qui apprend à 50 ans qu’arrière-grand-mère, grand-mère et mère ont eu cancer du sein quand elle découvre le sien. Toutes mortes sauf sa mère.

-          Dissolution du couple.

-          Transformations familiales, même heureuses.

 

Mais nous devons les protéger de l’afflux d’infos extérieures, ainsi que de l’intimité du couple. Ex de ce père : maintenant tu es assez grande pour comprendre mes infidélités. Ou de cette mère : maintenant tu peux comprendre tout ce que m’a fait ton père. On est jamais assez grands pour intervenir dans les conflits de nos parents !

Evident, mais difficile à mettre en œuvre.

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Bibliographie : En plus des auteurs très connus sur le sujet comme Serge Tisseron ou Anne Ancelin, vous pouvez lire « L’expérience de l’arbre, guérir des mémoires familiales » par Maureen Boigen. Chiron Editeur.

 

 

 

 



[1] Sécréter à la même étymologie que secret : séparer de, rejeter.

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Dépression ? Régression ? Vive le régime nourrisson!

par Marie-José SIBILLE

publié dans La psychothérapie - de quoi ça parle

La dépression use la vitalité comme un vampire aux cent bouches. Elle va souvent de pair avec toxicomanies, dépendances, violences et autres manifestations de comorbidité ; parmi elles, si le chocolat nous amène agréablement vers le thème suivant, celui de la régression, les autres, depuis l’abus de télévision jusqu’aux psychotropes légaux ou non, l’alcool, Internet, le jeu, ou l’addiction à la consommation, se révèlent finalement épuisantes pour le corps, le porte-monnaie, les relations, aggravant et densifiant ainsi les symptômes, dans une spirale ans fin .

La régression conduit, à condition d’en remonter, à une régénération profonde de l’individu. Elle fait naître à une vie plus créative, plus en phase avec ses vrais désirs. Comme dans le mythe de Jonas, la plongée dans le ventre de la baleine nous permet de sortir du doute et d’entendre l’appel de notre vocation, ou tout simplement celui de la vie.

La régression est besoin de recontacter l’énergie de vie de la naissance, l’impulsion première de notre venue au monde.

La dépression, au contraire, surtout dans sa forme chronique ou rendue chronique par les médicaments, nous enferme dans une mémoire-prison surdimensionnée et un imaginaire velléitaire qui n’aboutit jamais dans son vœu de s’incarner dans le réel.

Pourtant, il n’y a rien de plus efficace pour faire le deuil d'un idéal ou d’un rêve que de le vivre!

 

Comment alors le psychothérapeute va-t-il se positionner face au message envoyé par la dépression ? L’interpréter comme un besoin de régression, c’est-à-dire de ressourcement? Et dans ce cas va-t-il accompagner ce besoin en faisant confiance à la santé psychique fondamentale de la personne, en se rappelant, par exemple, que les enfants régressent toujours avant de faire un saut évolutif, comme pour mieux prendre leur élan ? Va-t-il accompagner cette personne vers une nouvelle négociation relationnelle dans sa vie, sa famille, son travail, son engagement social ? Va-t-il l’aider à entrer en résistance face à la pression environnante ? Dans ce cas il se place clairement du côté de l’intime, et justifie ainsi la peur des pouvoirs dominants face à notre profession.

Ou bien va-t-il diagnostiquer une dépression, c’est-à-dire une maladie nécessitant systématiquement un traitement médicamenteux, au risque de masquer le symptôme sans entendre la souffrance, avec l’objectif de remettre la personne le plus vite possible dans les rails ? Les médicaments peuvent être un soutien indispensable quand la personne a trop pris, trop longtemps, dans ses forces vives. Mais pour ne pas être un emplâtre sur une jambe de bois, ils ne doivent se situer qu’à la périphérie du traitement, et pas au centre. C’est entre autres dans ces choix quotidiens de positionnement que se situe la différence entre la psychothérapie indépendante et une certaine médecine, à laquelle je ne veux pas réduire tous les médecins.

 

La question du sens de la vie

 

La personne en phase dépressive n’en finit pas de porter sa mémoire et ses rêves morts sur son dos. Et de se poser sans arrêt la question du sens de la vie. On peut alors à juste titre se demander si c’est la bonne question.

La quête de sens dans un processus thérapeutique peut parfois devenir insensée, et ce pour de multiples raisons. Il y a d’abord la confusion entre sens et explication, liée au fonctionnement habituel de notre mental qui a appris depuis le plus jeune âge à se nourrir de rationalité. Cette mentalisation du processus thérapeutique se fait alors au détriment des consciences organique et affective.  Or la symbolisation, génératrice de sens, quelle que soit la définition qu’on en donne, est en tous cas bien loin de la rationalisation. Le symbole est a minima un pont entre différentes réalités, et jusque dans ses acceptions les plus simples relie toujours au moins l’idée, le sentiment et le corps.

Une fois en vie, beaucoup réalisent qu’il n’est plus besoin de trouver un sens à sa vie, et encore moins une raison de vivre.

Dans certains types de dépression, le sujet est englué dans son histoire comme dans une toile d’araignée paralysant son accès au désir. Dans ce cas, sa parole peut devenir auto anesthésiante et celle du psychothérapeute être vécue comme interdictrice. La parole n’est pas toujours l’objectif d’une thérapie. Surtout quand elle tombe dans ses écueils favoris : la moralisation, le dogmatisme, l’explication linéaire. Ou encore quand le dialogue, voire le bavardage, avec le thérapeute finissentt par remplacer le travail intrapsychique.

Des éléments culturels jouent aussi leur rôle dans cette mauvaise compréhension du sens. Par exemple, une certaine interprétation fataliste de la psychanalyse et de la psychothérapie qui rejoint les malédictions bibliques et la notion de destin. Nous rencontrons dans ces visions du psychisme une surdétermination de la causalité, identifiée à l’histoire de la personne, au détriment de son être au monde actuel. Cet écueil s’inscrit en parallèle avec une idéologie du lien familial, et en particulier du lien de sang, très contraignante en France. Elle accapare toute la question des racines et des origines, question pourtant beaucoup plus vaste.

 

Dépression et Répression émotionnelle

 

Notre pays a peur de l’émotion quand elle sort du cadre artistique, sportif ou télévisuel. Il faut la contrôler plutôt que de la laisser s’exprimer. C’est aussi à ce contrôle que servent les anti-dépresseurs. Et certains états dépressifs chronicisés pourraient plus clairement s’appeler états répressifs. Certes le premier pas est difficile. Mais quel soulagement de sangloter de chagrin, de hurler sa peur ou sa colère, de sauter de joie mais aussi de chanter, danser, vivre en liberté ! L’art, mais aussi les rituels collectifs autour du calendrier des fêtes, ont comme objectif cette libération émotionnelle, comme par exemple dans les anciens rites de Carnaval. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans une société où la consommation remplace en grande partie la célébration, les épisodes dépressifs augmentent justement de manière significative à Noël ou en février par exemple.

Le travail en thérapie de groupe permet souvent de recontacter cette dimension et constitue une aide précieuse dans le passage de la dépression à la régression positive, à condition que l'émotion ne soit pas récupérée au profit du groupe, mais laissée à disposition de l'individu pour nourrir sa créativité.

 

La dépression comme acte de résistance sociale


Au départ, l’épisode dépressif peut être un appel à faire le grand plongeon dans les profondeurs, à renoncer aux systèmes de défense socialisés mis en place à un coût psychique souvent exorbitant ; une injonction intérieure à quitter le temps linéaire de la rentabilité sociale et des obligations envahissantes pour entrer dans le temps de l’intime, celui qui permet de vivre un deuil, digérer une perte, métaboliser un changement de vie, accueillir un enfant, produire une œuvre d’art, prendre le temps d’aimer, se préparer à la mort. Ce temps-là n’a pas sa place dans notre calendrier social ; il est à peine respecté chez les nourrissons et leurs mères, très fortement remis en question chez les retraités ; et les autres, tous les autres, doivent se débrouiller pour le caser entre leurs cinq semaines de congés payés et la maladie. Le gouffre de notre sécurité sociale est le pendant direct du refus de notre société d’intégrer les rythmes naturels et organiques, les besoins psychologiques et intérieurs comme faisant partie intégrante de notre humanité. Pourtant, combien d’expériences ont été faites au sujet des rythmes des enfants, de l’importance de la sieste, ou de tout autre temps non immédiatement rentable, mais tellement plus à moyen terme ! Mais non. Le message politique, et celui du monde du travail, restent : toujours plus, toujours plus vite, jusqu’à la mort. Et nous voilà tels une armée de lemmings en route à toute vitesse vers notre suicide collectif. Ceci concernant surtout, comme d’habitude, les classes les moins favorisées, celles qui ne peuvent pas s’extraire de la pression des dominants, et qui n’ont pas les ressources des populations culturellement développées pour se mettre à l’écart de ce système anthropophage. Que reste-t-il alors à ces personnes ? La maladie, et si ça ne suffit pas, le suicide.
La dépression est une forme de réponse individuelle à la surpression collective.

Pour soigner la dépression ? Changeons la société.

 

Dépression et épuisement


Ne mettons pas la dépression à toutes les sauces. Une personne peut pleurer d’épuisement, hurler de stress et paniquer parce qu’elle n’arrive plus à dormir la nuit, alors qu’elle retrouvera les mêmes obligations professionnelles, familiales, administratives le lendemain matin. Pourquoi faut-il, dans notre monde, qu’elle en arrive à tomber malade, et qu’elle arrive à se faire diagnostiquer « dépressive » pour pouvoir reprendre des forces et réfléchir à ses priorités existentielles ?

Pourquoi tant de dépressions, de burn-out, de baby blues ?

Pourquoi si peu de reconnaissance du monde de l’intime, de ses besoins, de ses rythmes, de ce qu’il peut apporter comme richesse à la vie, en diminuant de manière spectaculaire le besoin de recourir aux drogues et aux objets de consommation ?

Une proposition thérapeutique pour la Dépression ?

Essayez le « régime nourrisson » :

Sommeil, nourriture saine, câlins, doudous.

Jeux, tendresse, peinture, pâte à modeler.

Pleurs, rires, terreurs et colères.

Animaux, arbres, fleurs et nature.

Musique, danse et chant.

Dormir, à nouveau. Rêver.

Temps pour soi. Temps à ne rien faire avec les autres.

Faire des ronds dans l’eau.

Regarder le fond de l’eau.

Plonger dans le vide, nager, en sentant un regard bienveillant qui prend soin de nous.

Revenir sur la rive.

Se rendre compte que comme cela, on a grandi. On est fort. On peut aussi, à son tour, prendre le risque d’avoir des bébés, et encore de nouveaux bébés.

 

Ces temps de retraite doivent pouvoir exister culturellement, et être reconnus dans leur richesse, pour pouvoir exister dans la vie quotidienne, quand il le faut, à chaque fois qu’il le faut, pour chacun d’entre nous.

C’est une vraie alternative à la société du travail qui domine le monde, au bénéfice de quelques uns, sans révolution, avec de moins en moins de contre-pouvoir, grâce à l’industrie des loisirs qui lui est asservie : le pain et les jeux, aujourd’hui comme hier.

 

6 juillet 2009

 

 

 

 

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