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cette societe - c'est la notre !

2020 : La fin de la Bise Sociale Obligatoire (B.S.O.) ?

par Claire Sibille

publié dans Le quotidien c'est pas banal ! , Cette société - c'est la notre !

2020 : La fin de la Bise Sociale Obligatoire (B.S.O.) ?

Billet d'humeur séparatiste

 

Dans les cadeaux du traumatisme collectif que nous traversons plus ou moins bien, je mettrais en premier la fin de la « bise sociale obligatoire ». C’est comme cela que j’avais baptisé ce rituel collectif il y a quelques années à la fin d’une journée de travail épuisante, non par son contenu et ses échanges, mais par la nécessité de faire entre 20 et 25 bises le matin, merci aux retardataires, et la même chose le soir.  J’en étais venue à arriver quelques minutes en retard aux réunions juste pour échapper à la corvée. Un jour où je n’ai pas su y échapper, un collègue m’a dit en riant, toi tu nous donnes ton oreille à embrasser.

Pour peu que vous participiez d’un groupe originaire de plusieurs régions de France, ne parlons pas d’étrangers, les choses se compliquaient rapidement : Nous à Dijon c’est deux bises, moi c’est trois à Paris et nous cinq à Marseille. Quant à moi c’est 18je viens de Montastruc sur Baïse où l’on s’ennuie tellement qu’on n’a que ça à faire.

Un vrai cauchemar de promiscuité, d’odeurs, d’émanations diverses ou de coups de tête, de malentendus et de confusions embarrassantes pour peu que l’un commence à gauche et l’autre à droite… 

C’est donc avec bonheur que je décrète la fin pour moi de ce rituel social rarement choisi. La première bise imposée dont je me souviens le fût par une grand-tante. Elle tenait une boutique de parfums, je devais avoir à peine 2 ou 3 ans. Soit elle testait en même temps tous les parfums qu’elle recevait, soit c’était juste de l’imprégnation, mais le choc olfactif m’a marquée à vie. J’en ai gardé la phobie définitive et très écologique des parfums de marque, ainsi que le rejet instinctif d’un certain type de corporalité féminine.

Qu’on ne s’y trompe pas, j’aime les embrassades profondes et pleines de chaleur de l’amitié ou de l’amour, je n’ai rien contre les bises sincères que l’on échange en début et en fin de rencontre dans des groupes réunis pour plusieurs jours de partages intenses. Certaines bises professionnelles aussi me vont bien, celles qui loin d’être une obligation, marquent le passage à un autre niveau d’intimité. Elles ne sont d’ailleurs pas obligatoires et l’on peut faire sans, un peu comme le devoir conjugal n’a pas grand-chose à voir avec l’acte d’amour.

Mais ces promiscuités avec des personnes que je ne connais que d’Eve et d’Adam, des femmes et des hommes que ça ennuie pour la plupart autant que moi, alors là, non. 

D’ailleurs pourquoi m’y suis-je pliée aussi longtemps, par quelle dominance culturelle intériorisée qui ferait le bonheur de Bourdieu, je ne sais. Que cela m’invite au moins à réfléchir à chacune des obligations sociales que je m’impose encore.

Je préfère la salutation indienne très tendance, les deux mains jointes sur le cœur et le mot Namasté, dit la tête très légèrement inclinée. «Namasté » signifie « Je m’incline devant toi », mais sans idée de hiérarchie. Pour celles et ceux qui ne pratiquent pas faites l’expérience en fermant très brièvement les yeux, vous sentirez si tout va bien une chaleur se diffuser entre vous et la personne, ou entre vous et vous d’ailleurs. Ce salut est une manière de créer un lien énergétique, vital, certains disent spirituel mais c’est un mot trop connoté pour que j’aime l’utiliser. Dans tous les cas c’est un « plus grand que nous » qui nous réunit, qui nous rappellent que nous partageons la même terre et la même humanité.

Le salut des japonais me plaît moins, les mains jointes et penché vers l’autre pour lui signifier notre considération, de plus en plus bas en fonction du niveau hiérarchique. Cette salutation patriarcale met les rapports de soumission et de domination au centre des relations. En Thaïlande on se contente d’incliner légèrement la tête avec les mains jointes, cela suffit. Aux Philippines, on salue les personnes âgées en leur prenant une main et en la pressant sur son front. Ce geste est appelé « Mano », « main » en espagnol, et il est utilisé pour montrer le respect aux anciens. Là ça me va aussi.

Ma préférée ? Elle serait mal perçue chez nous. C’est celle des moines tibétains qui se tirent la langue. À l’origine ce geste leur servait à prouver qu’ils n’étaient pas la réincarnation d’un roi cruel du IXe siècle à la langue noire. Alors ne me croyez pas impolie la prochaine fois que l’on se croisera, et surtout, laissez vos enfants se tirer la langue ! Ils sont peut-être une réincarnation de Bouddha, ce serait dommage de passer à côté…

Allez, salut tout le monde !

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LES BONOBOS N’ONT PAS LA WI-FI

par Claire Sibille

publié dans Cette société - c'est la notre ! , Le métier de Psychothérapeute , Malheureusement tout est vrai !

LES BONOBOS N’ONT PAS LA WI-FI

Billet d’humeur hypersensible

 

Dans le  film « Pleasantville », deux jeunes pénètrent dans la série télévisée qu’ils aiment en traversant l’écran, et transforment l’histoire des acteurs par leurs interventions. Penchée sur mon écran face à la personne que j’accompagne en séance de visio-thérapie, j’essaie de toutes mes forces de faire de même chose, mais je n’y arrive pas ! Mon corps reste désespérément au même endroit, et je me retrouve au bout du compte avec la nuque raide, les sourcils froncés et les abdominaux tendus comme signes corporels visibles de mon empathie affective. 

Je ressemble à un bonobo cherchant à réconforter un partenaire séparé de lui par les grilles d’une cage et souffrant de ne pouvoir le prendre dans les bras, ou juste lui mettre une main sur l’épaule, voire sentir une chaleur corporelle de proximité.

Je sais, j’exagère. Un peu. Les séances visio marchent très bien avec certaines personnes. Et même avec la plupart après quelques essais. Quant aux séances par téléphone elles sont même parfois plus efficaces qu’en direct dans certaines situations très précises : difficulté importante dans les contacts, situation traumatique porteuse de honte, besoin de confidences cachées à l’ancienne, un peu comme dans les confessionnaux.  

Mais je ne peux assurer que quelques séances virtuelles en restant efficace, contrairement à certain.e.s qui arrivent à les multiplier. Hypersensibilité à l’écran, me dit-on, ce qui m’agace assez. En effet, pourquoi Hyper ? Sur quelle échelle de valeur ? Donc de jugement ?

Imaginons un rhinocéros versus un suricate. La tribu des rhinocéros va juger que les suricates sont vraiment TROP des hypersensibles ! Et certes, ils sont plus souvent en alerte que les rhinocéros et leurs larmes… de crocodiles. Ils ont la peau plus fine, les oreilles plus pointues, et un nez qui bouge dans tous les sens plutôt qu’une corne dont la poudre est censée soutenir les virilités défaillantes. 

Mais dites-moi, pourquoi le rhinocéros serait l'étalon auquel rapporter toutes les mesures de sensibilité ? Pourquoi la tribu des suricates ne déciderait-elle pas que ce sont les rhinocéros qui sont TROP hyposensibles ? Une histoire de pouvoir et de mâles alpha peut-être ? Les rhinocéros seraient-ils plus représentés que les suricates dans les sommets de nos pyramides humaines ? Y compris chez les « psys » ? Quelle surprise…

Et voyez-vous ça, le dictionnaire automatique de mon ordinateur reconnaît le mot hypersensible mais pas celui d’hyposensible : je le rajoute donc d’un clic affirmé de la part de la tribu des suricates !

Dans la démarche de psychothérapie non médicale qui est la mienne, il était normal d’interrompre totalement les séances en présence pendant les 55 jours du confinement et elles ne reprendront que très progressivement. Pourquoi si progressivement ? Parce que pire que la visio-consultation, il y a la consultation masquée ! Comme ces images d’enfants tout jeunes parqués chacun dans son carré dans la cour de récréation ou derrière une boîte en carton sur leur table, la consultation thérapeutique avec masque me fait entrer de plein fouet dans un monde délirant auquel je ne veux pas participer. Je porte mon masque avec rigueur dans tous les espaces nécessaires, et j’en trouve le port évident pour toutes les professions médicales, là n’est pas la question. Mais pas dans mon métier, mieux vaut encore l’écran ou le téléphone.

Mais peut-être là encore vais-je muter et m’adapter ? Qui sait. L’empathie affective est censée diminuer au fur et à mesure que la distance augmente car c’est une compétence qui s’inscrit profondément dans le corps à corps et le partage émotionnel entre le bébé, l’enfant et ses figures d’attachement. 

Mais peut-être d’autres formes de cette qualité essentielle vont prendre la relève dans la dystopie que nous traversons ?

Ce qui est sûr c’est que si les bonobos n’ont pas la wi-fi, ils ne portent pas non plus de masques. Par contre ils pratiquent régulièrement la distanciation sociale en cas de maladie contagieuse, oui, oui, vous pouvez vous renseigner. 

Le super bouquin de Franz de Vaal.

Le super bouquin de Franz de Vaal.

LES BONOBOS N’ONT PAS LA WI-FI

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