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Articles avec on peut choisir sa famille

L’intelligence des mères, une compétence vitale pour l'humanité d'aujourd'hui.

par Marie-José Sibille

publié dans Adopter sa famille , Le quotidien c'est pas banal , On peut choisir sa famille

L’intelligence des mères, une compétence vitale pour l'humanité d'aujourd'hui.

 

Jusqu’à l’âge de trente ans, les bébés n’existaient pas pour moi. Ils faisaient partie d’un autre monde, rien à voir avec l’humanité. Ils m’étaient beaucoup moins proches que les animaux, plus familiers pour mes parents très investis dans la nature et l’écologie. Autour de moi peu de bébés, pas de famille nombreuse, entourage plutôt « intello », peu concerné par la procréation et la parentalité. 

Peut-être étais-je un peu en avance sur un mouvement qui prend maintenant une certaine ampleur, un mouvement qui consiste à décider de ne pas avoir d’enfants, ou à se tourner vers une autre manière d’être parent, l’adoption, pour de nombreuses raisons tant personnelles que culturelles.

 

La culture de la parentalité, de la maternité, de la paternité et leur accompagnement social sont très différents selon les pays, à commencer par l’accès des femmes au choix et à la maîtrise de leur fécondité et de leur corps, ainsi que la capacité des hommes à investir une place de parent.

Malgré cette diversité et quel que soit le point de départ du pays, notre voie d’évolution collective passera par le développement du « féminin libre et du masculin sensible »[1].

Un éducateur de grands ados me racontait qu’il essayait de promouvoir la parité en appelant autant les pères que les mères quand il avait un problème à régler concernant un élève. « Au vu des résultats », me disait-il en riant, « je me contente, souvent pris par le temps, d’appeler les mères car les pères sont très peu mobilisables. Encore aujourd’hui ». 

Dans les divorces et les fins de famille difficiles, dans les combats pour la « garde » des enfants, les femmes ont encore trop souvent du mal à faire valoir leur liberté, et les hommes leur investissement parental. Trop de femmes entendent encore « mais qu’est-ce que tu faisais pendant que je travaillais » ?, trop d’hommes sont considérés et se considèrent incapables de s’occuper d’un tout petit.

Et si la famille dure, trop de mères vivent de plein fouet le syndrome du nid vide au départ des enfants, et se retrouvent en dépression pour n’avoir pas pu ou voulu investir une vie en dehors de leur maternité.

Être mère prend une place essentielle dans l’existence, même en faisant élever ses enfants par d’autres. 

Les hommes semblent avoir tellement plus de liberté.

Injustice ? Opportunité ?

Opportunité je le crois de développer une conscience élargie du monde et surtout de l’autre. Et de partager cette compétence acquise depuis des millénaires d’humanité avec nos partenaires masculins quelle que soit notre orientation sexuelle par ailleurs. Leur laisser la place, voire les soutenir dans leurs premiers pas ou s’émerveiller de les voir se jeter dans les soins aux tout-petits avec enthousiasme et efficacité. De même au lieu de renforcer le plafond de verre et les rituels de domination patriarcale, les hommes vraiment libres font la courte échelle à toutes les femmes qu’ils peuvent aider à se positionner socialement. Et non ce n’est pas dire que les femmes sont fragiles ou que ces nouveaux pères ont renoncé à leur virilité.

C’est juste partager nos compétences biologiquement et socialement acquises, là où elles peuvent être partagées, au cœur de l’intime, dans l’empathie et le respect.

Ainsi la maternité, ou plus exactement la mise en place empathique du lien d’attachement entre la mère et son bébé, puis son enfant, cette maternité développe des zones de notre cerveau uniques, qui ne sont développées par aucune autre fonction[2].

Les hommes ne découvrent ces compétences que depuis quelques décennies voire moins, à travers l’émergence des « nouveaux pères », ces hommes sensibles beaucoup plus impliqués affectivement dans le lien avec leur enfant. Ils ont toujours existé mais ils sont plus nombreux, je peux le constater dans l’accompagnement de plus en plus de familles où le père ne laisse plus la mère « s’occuper de ces choses-là ». Ils sont aussi plus valorisés socialement aujourd’hui dans le discours médiatique au moins, si ce n’est dans les familles, les entreprises ou les institutions. 

Quand elles sont utilisées professionnellement, dans les métiers du soin à la personne et de l’accompagnement de la petite enfance par exemple, ces compétences associées à la maternité positive n’ont pas encore la reconnaissance sociale, en particulier financière, qu’elles réclameraient. Ainsi ces professions restent majoritairement féminines, et mal rémunérées. Les pays les plus en avance comme le Danemark essaient d’y embaucher plus d’hommes, et d’augmenter les salaires.

Nous savons depuis quelques temps que le maternage participe à la maturation du cerveau de l’enfant, notamment dans les zones du cortex préfrontal et de l’hippocampe, ce qui améliore l’apprentissage et la mémoire. Le maternage agit sur tout le système nerveux et par exemple réduit considérablement le stress et stimule les capacités d’apprentissage. Un lien d’attachement sécure pour l’enfant va lui permettre de développer ses compétences relationnelles, son empathie, sa richesse émotionnelle.

Mais c’est le phénomène complémentaire que je veux ici souligner : comment la maternité développe des compétences d’empathie, d’intelligence émotionnelle, d’engagement dans le lien, de créativité chez l’adulte. Je dis bien l’adulte et pas la mère, car elles sont encore une fois accessibles à l’homme, avec plus d’efforts encore aujourd’hui, mais accessibles. Et certaines femmes y sont totalement imperméables.

Ces compétences maternelles incluent aussi la capacité de répondre à des sollicitations multiples et contradictoires, les fameuses « charges mentale et émotionnelle » écrasantes de la femme à la double ou triple journée, lui permettant de gérer la complexité et les stress de la vie familiale moderne. 

Tout cela est maintenant mis en évidence par les neurosciences mais aussi par l’éthologie, cette science du comportement animal longtemps dénigrée par les psys occidentaux, et qui nous apprend tant de choses … sur l’humanité.

J’aurais sûrement pu me passer d’être mère, j’ai suffisamment de créativité et d’autres intérêts dans la vie. 

Et il y a d’autres manières, en particulier dans le soin porté au vivant, à la nature, à l’autre, de développer ces compétences. 

 

Mais je ne regrette pas d’avoir franchi le pas. Étant devenue mère plus tard qu’à l’âge national moyen, j’ai vécu avec conscience et souvent surprise les changements, la maturité croissante dans ma manière de réfléchir, de ressentir, d’accompagner, de vivre. Être mère a eu des conséquences sur toute ma manière d’être au monde, il m’a fallu accepter cet état, l’habiter, le faire évoluer aussi, beaucoup, et en récolter les fruits.

Par exemple ce moment très particulier où la vie d’un autre est devenue définitivement plus importante que la mienne. 

La maternité ne devrait jamais se vivre comme une obligation, une loyauté familiale, un devoir national et encore moins un asservissement naturel de la femme.

Je suis heureuse d'avoir pu le vivre comme un de mes plus grands actes de liberté.

 

 

[1]La violence existe aussi au féminin, ou comment sortir de la guerre des sexes, éditions H et O, 2019, Eric Verdier et Lolita Pheulpin.

[2]Le cerveau des mères, de Katherine Ellison.

L’intelligence des mères, une compétence vitale pour l'humanité d'aujourd'hui.

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Valentin et Valentine font une thérapie de couple !

par Marie-José Sibille

publié dans La psychothérapie - de quoi ça parle , Le métier de Psychothérapeute , On peut choisir sa famille

Accueillir des couples ou non est une des questions que se posent les psys et autres thérapeutes, je parle de mes collègues en exercice libéral, à un moment de leur parcours.

Les avis sont partagés. 

Pas efficace, disent certains, trop d'échecs car la plupart des couples viennent juste avant le point de rupture ultime ... 

Au contraire, disent d'autres, plus proches peut-être des conseillers conjugaux ou des prêtres tenant du mariage à tous prix, si cela peut "sauver" un couple ... Comme si l'objectif de la thérapie était de vivre heureux et d'avoir beaucoup d'enfants.

Je pense que quoi qu'il arrive, que le couple se sépare ou non, le choc que produit une certaine thérapie de couple ne peut être qu'une expérience bouleversante, et donc susceptible de provoquer un changement, peu doit nous importer lequel. Nous avons à être avec ce que les personnes proposent, parfois seuls, parfois en couple, en famille, en groupe, tant de manières de sentir les liens et de les faire évoluer, dans un sens, un autre, ou encore ailleurs ...  

Et puis il y a les dérives des psys eux-mêmes, car le couple réveille les vieux dogmatismes, les vieilles intolérances, et les alliances perverses ou préœdipiennes. Le professionnel pourra par exemple se ranger du côté de l'un des deux membres du couple de manière ostentatoire ou parfois plus subtile. Il pourra s'autoriser à juger, orienter, influencer comme si le soutien du lien entraînait le déni de la personne, comme si le couple à n'importe quel prix était la bonne solution à un problème que l'on ne prendra pas la peine d'approfondir. Il pourra aussi porter des jugements sur les formes de sexualité ou d'attachement qui sortent du modèle hétérosexuel classique. Ou encore, un grand classique, transformer la thérapie du couple en thérapie de la femme, dont on sait qu'elle parle souvent - pas toujours - plus aisément de son intimité. Nommant le problème et ayant la plupart du temps pris le rendez-vous, elle se retrouve oiselle de mauvais augure et messagère de guerre, celle à laquelle on coupe la tête car on ne veut pas entendre les mauvaises nouvelles. 

Ce genre de maltraitances thérapeutiques trop de personnes les rencontrent. La maltraitance du soin, comme la violence éducative ordinaire, fait partie du quotidien au-delà des discours et des lois. 

Je sais, j'en parle souvent, mais cela continue, alors je continue. Au minimum cela me rend moi-même plus vigilante, et peut-être les personnes qui me font confiance pour les accompagner seront plus sereines pour me manifester leur désaccord ou leur incompréhension.

En tant que thérapeute de couple je me suis souvent trouvée à interroger la place tierce que j'occupe. Elle m'a parfois bien mise à mal : comme une enfant prise dans la guerre entre ses deux parents, une part de moi souffrait en silence, terrorisée au fond du lit ou sous l'escalier. Elle m'a parfois rendue très triste : comme une amie chère refusant de choisir un camp ou un autre, une part de moi pleurait en silence sur le mal que nous pouvons nous faire sous prétexte d'amour. Elle m'a parfois mise en colère : comme le témoin d'une insupportable emprise, une part de moi se mettant en rage et se révoltant contre ces abus de pouvoir que nous nous autorisons, souvent par habitude.

Ces parts de moi je les observe, elles m'aident à sentir la souffrance du lien. Et ses ressources possibles aussi. Quand la thérapie dure un certain temps, je demande souvent à recevoir chacun séparément pour sentir la part d'identité qui se tait dans le couple, la différence est souvent spectaculaire. Mais j'ai pris le parti, l'expérience aidant, de respecter ce lien quel qu'il soit, sauf violences avérées demandant une intervention légale. 

L'objectif du couple est l'union de la différence là où le lien premier d'attachement, le lien mère-enfant en particulier, existe pour pouvoir se séparer un jour, disait en substance le psychanalyste Eric Fromm de très lointaine mémoire.  

Je vis moi-même en couple et je sais donc que cette union du différent est une alchimie bouillonnante et sensible. Maintenir et faire grandir le lien tout en restant soi-même n'est pas une mince affaire. Maintenant que les contrats sociaux et religieux ne prennent plus autant le relais, de nombreux couples ne passent pas cet écueil et se séparent. D'autres restent ensemble pour des raisons respectables dans notre société, autour de la sécurité en particulier, mais dans des attachements toxiques qui pourrissent le lien.

Quelles différences s'agit-il d'unir ?  Homme et femme ne sont pas PAREILS. Le genre est par excellence un fait "bio-psycho-social", et même si nous arrivons à déconstruire dans notre couple les assignations de genre au niveau affectif, parental ou social, nous n'en resterons pas moins biologiquement différents, ce biologique incluant la mise en œuvre de notre langage émotionnel.

Et pour les couples homosexuels, la différence se jouera à un autre niveau, avec par exemple une accentuation de certains attributs virils ou féminins, paradoxalement selon des modèles qui peuvent sembler parfois très traditionnels, sachant qu'il existe une infinité de transactions possibles. On ne se met pas en couple avec son clone, même si une part d'identité commune est indispensable pour pouvoir se reconnaître. 

J'ai pu rencontrer quelques couples qui tels Philemon et Beaucis ont réussi cette alchimie, et finissent noués l'un à l'autre en préservant leur aura particulière, leur identité unique et créative. 

Philemon et Beaucis c'est ce vieux couple qui sans le savoir accueillit un jour Zeus et Hermès dans leur chaumière avec grande hospitalité, contrairement aux autres habitants du village. Sauvés du déluge qui engloutit leurs voisins cupides, ils obtinrent de pouvoir mourir ensemble, ce qu'il leur arriva à un âge très avancé. Un soir qu'ils échangeaient leurs souvenirs, chacun s'aperçut que l'autre se couvrait de feuilles, lui de chêne, elle de tilleul. Mais ils étaient toujours ensemble, car le chêne et le tilleul n'avaient qu'un seul tronc. 

C'est en pensant à eux que je continue à accueillir des couples.

Philemon et Beaucis

Philemon et Beaucis

Philemon et Beaucis : lien vers l'artiste.

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