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Articles avec on peut choisir sa famille

L’Arbre Monde, billet d’humeur mystique

par Claire Sibille

publié dans Des livres profonds ... comme une psychothérapie ! , Ecothérapie , On peut choisir sa famille

L’Arbre Monde

Billet d’humeur mystique

Chronique de lecture estivale 

 

Assise depuis mille ans au coeur de la forêt, femme, que fais-tu ?

Je lis l’Arbre Monde de Richard Powers et je me transforme.

Doucement.

La tronçonneuse de l’homme est rapide mais la sagesse de l’arbre croît lentement, cercle de vie après cercle de vie.

Assise sur la terre sacrée, l’Être Monde qui accueille l’Arbre Monde, à moins qu’ils ne soient qu’une, à moins qu’elles ne soient qu’un, je me sens pousser des radicelles et de fines branches bourgeonnantes.

Non pas que je sois capable de les produire, mais l’Arbre Monde me traverse et me digère, utilise ma substance pour m’inclure en lui, pour que je ne sois plus séparée. Plus jamais seule.

Les Ents, les arbres parlant notre langage du Seigneur des Anneaux n’ont finalement pas disparu, ils ont peut-être retrouvé leurs épouses perdues. Ou alors, si vieux que je ne peux même pas l’imaginer, ils tentent désespérément de communiquer avec nous pour éviter la catastrophe, la destruction totale du vivant tel que nous le connaissons par les sbires avides de Mordor et de Saroumane.

Crise mystique provoquée par la lecture d’un livre, ni la première, ni la dernière, je plane et je m’enracine.

Le mot mystique décrit ce qui est caché, seulement accessible aux initiés. Mais à l’origine, comme dans le mot myope, il désigne l’œil et la bouche fermés. La racine du mot désigne le museau d’une vache. Pour être initié, nul besoin de suivre les injonctions élitistes de telle ou telle église, maître ou communauté, non, il suffit de s’asseoir dans la forêt, de fermer à demi les yeux et totalement la bouche. Mais il en faut du temps pour en arriver là, alors merci aux livres et merci aux inspirateurs, celles et ceux suffisamment équilibrés pour pouvoir se passer du mot maître, étymologiquement « celui qui domine, qui est le plus important ».

Ou peut-être puis-je accepter de nommer ainsi l’Arbre-Monde ? Non. Je crois que ce serait lui faire offense, lui qui accorde une importance totale au moindre champignon, au moindre insecte, au moindre oiseau, à toutes ces étincelles de vivant qui contribuent à son équilibre séculaire.

Mes plus belles échappées de lecture transformatrice je les dois à des livres de fiction.

Pourquoi ? Parce qu’ils évitent le dogme et la censure, la morale et les interdits, les castes et les classes, les maîtres et les disciples. Ils évitent les « tu dois », les « il faut », les « tu es comme ci » et les « tu devrais être comme ça », et encore pire « le monde est comme-ci » et « la vie et la mort ça marche comme ça ». Ces mots secs, jugeant, ordonnant ou encore envahissants, totalitaires que l’on trouve dans la plupart des livres supposés parler de « spiritualité », mot aussi peu fiable que le mot amour quand il s’agit d’évaluer la bienfaisance des comportements qui s’en inspirent. Souvent seuls les contes et les paraboles arrivent à éviter cet écueil. Parfois les témoignages quand ils se contentent de décrire le vécu sans en tirer une vérité universelle.

Ces livres dits de fiction nous font quant à eux humblement partager l’émotion, la sensation, l’expérience de l’autre si différent de nous. Ils nous offrent ainsi l’opportunité de nous transformer par empathie, dans une relation sécure, comme un nourrisson tétant le sein de sa mère ou le biberon de son papa. Comme un enfant jardinant avec sa mère ou cuisinant avec son père. Comme un jeune apprenant à faire avec et à être avec plutôt que de subir l’envahissement de savoirs fragiles et déjà dépassés au moment de leur transmission. Nulle injonction enfermante, de l’émotion et de la réalité partagée, de la co-naissance, des paroles habitées. 

Ils sont très rares les auteurs d’essais qui arrivent à cet objectif, mais il y en a quelques-uns, j’en parle régulièrement, Franz de Vaal et Mona Cholet pour n’en citer que deux. Ou encore des auteur.e.s résolument écologistes. Je leur ferai honneur dans un autre article.

J’ai lu beaucoup de nouveaux auteurs cette année, surtout de nouvelles auteures d’ailleurs, Sandrine Colette, Valérie Perrin, Karine Tuil entre autres. Des écrivaines qui parlent de l’intime sans oublier le monde autour, sans nombrilisme affectif, mais sans coupure avec la profondeur de l’affectivité et du corps, celles qui peuvent relier l’émotion à l’évolution de la société. 

J’ai ainsi partagé l’expérience de personnes très loin de moi et de mes préoccupations. Par exemple dans « Les choses humaines », le livre de Karine Tuil prix Goncourt des Lycéens 2019, souvent une bonne adresse, j’ai vécu un temps dans les méandres des médias parisiens et de l’addiction au sexe et au pouvoir. Lire ce livre c’était comme visiter un zoo étrange et triste, ou des bêtes ignorées venant de lointaines contrées s’agitaient sous mes yeux, enfermées dans leur cage. J’étais triste pour eux tout en étant consciente qu’ils s’en ficheraient totalement si jamais un jour j’existais à leurs yeux.

Par contre lire l’Arbre Monde, c’est tout le contraire. Les personnages jusqu’au plus atypique font partie de ma famille. Des grand-parents, des parents, des frères et des sœurs d’adoption sans réserve, des fils et des filles, sans aucune exception. L’empathie est simple et la transformation facile. 

Ainsi, si vous me trouvez sur la route des vacances enchaînée à un arbre, je ne suis pas abandonnée comme une chienne par un humain inconséquent, je suis juste en train d’empêcher un abattage meurtrier tout en me ressourçant. 

Mais vous pouvez quand même en cas de sécheresse verser délicatement  quelques gouttes d’eau sur le sommet de ma tête, je partagerai avec ielle.

 

 

 

 

 

Note d'écriture inclusive : iel ou ielle désigne un être non genré, ni masculin ni féminin ou les deux ou encore autre chose...

 

Merci, dans ce contexte particulièrement difficile pour les petites maisons d’édition, les libraires et les auteur.e.s de commander les livres dans vos librairies locale ou sur des sites regroupant ces librairies pour la vente en ligne.

 

 

#lelivreproduitdepremierenecessite

 

L’Arbre Monde, billet d’humeur mystique

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Aujourd’hui, 11 mai 2020, prenez le temps de (re)naître !

par Claire Sibille

publié dans Cette société - c'est la notre ! , Le quotidien c'est pas banal ! , On peut choisir sa famille

Aujourd’hui, 11 mai 2020, prenez le temps de (re)naître !

Article dédié particulièrement à mes fidèles abonné.e.s, certain.e.s depuis l’origine.

 

J’ai plongé tellement profondément dans la matrice du confinement, et une part essentielle de moi a été si heureuse de le vivre, que je n’ai même pas publié d’article dans mon blog, ce qui est inhabituel. 

Alors sortir brutalement du ventre de maman parce que le gyneco a prévu un week-end à Chamonix, sûrement pas ! Ni césarienne, ni pilule accélératrice, on va faire naître le nouveau monde en douceur.

Je précise tout de suite que je sais faire partie des privilégiées et j’ai été en contact avec les situations beaucoup moins marrantes que la mienne, c’est pour cela que je suis contente malgré tout que l’école puisse reprendre et que la violence puisse se défouler en dehors du huis-clos familial puisqu'il faut qu’elle se défoule.

Mais les privilégiés ont aussi le devoir et le droit de s’exprimer et quant à moi :

  • J’ai finalisé mon premier roman et j’ai accéléré mon changement de prénom en faisant naître « Claire » avant l’heure prévue, celle de la parution du premier livre sous ce nom. 
  • Je me suis gorgée de nature. 
  • J’ai assisté à la naissance d’un petit poussin le jour des 18 ans de ma fille, magique. Il va très bien et ses deux mamans aussi.
  • J’ai confirmé que je ne voulais pas me séparer de mon compagnon, même dans une situation de dystopie. Nous vivrons donc la phase « Winter is coming » de l’humanité ou plutôt « Summer is coming » ensemble ! (Pour celles et ceux qui ne comprendraient rien à ce paragraphe, vous avez le droit, c’est une allusion à la série culte « Game of Thrones »).
  • J’ai quand même beaucoup travaillé mais sur des projets nouveaux et j’ai validé avec moi-même tous les changements professionnels initiés ces derniers mois.

Bon c’est pas mal ! 

Je n’ai pas plus envie de revenir en arrière, ou de reprendre « comme avant », que je n’ai envie de retourner à la FAC ou avec mon premier petit ami ou dans mon école de psys ou… Vous avez compris.

Mes désirs de consommation qui avaient déjà fortement diminué dans les années passées sont en chute libre. J’ai même trouvé amusant de me faire couper les cheveux deux fois de suite par mon compagnon et ma fille, et de me faire une couleur au henné maison. Quand j’aurais des enjeux publics importants, il sera toujours temps de revenir chez le coiffeur.

Reste les incontournables :

  • Les livres, les abonnements musique, ciné et Internet. 
  • Les besoins de la vie à la campagne : par exemple nous avons changé la brouette de mon père qui avait 40 ans ! Il doit bien rire là-haut (ou là-bas). 
  • La nourriture : évidemment avec trois grands ados/jeunes adultes, la salade de pissenlits, la soupe d’orties et l’omelette aux asperges sauvages n’allaient pas suffire, surtout pour le fils il faut dire. 

Mais tout le reste ? 

Alors j’ai envie d’une douce sortie du ventre du confinement. D’une naissance sans trop de douleur, dans le respect des rythmes et du temps intérieur.

Beaucoup de femmes ont gardé le contact avec cette part « recluse » vécue régulièrement grâce au cycle menstruel. Certaines peuplades ritualisent même le retrait social en temps de règles, et pas toujours comme contrainte, plutôt comme un temps « sacré », c’est-à-dire un temps autre, « séparé » du quotidien, c'est le sens étymologique. C’est la liberté pour ces femmes de pouvoir se retirer de la relation avec l’homme et du rapport de force qu’elle représente trop souvent. C’est la liberté de pouvoir se retirer du temps contraint du travail et de l’entretien du foyer pour exprimer d’autres aspects de la féminité. D’autres femmes se sont recluses pour pouvoir écrire aussi, dans une société qui ne laissait la parole que dans la bouche et entre les mains des hommes. 

Alors pour celles et ceux qui ont eu le privilège de vivre ce bel aspect du confinement, pour celles et ceux que la maladie, la violence ou la mort ont épargnés, prendre le temps, c’est la moindre des choses. 

Prendre le temps de ne pas perdre tout ce qui s’est construit dans les 55 jours que nous venons de vivre c’est peut-être la meilleure manière de participer solidairement au monde.

Ce monde qui n’est plus d’après mais d’aujourd’hui.

Maman, Maman et Black Panther, le petit.

Maman, Maman et Black Panther, le petit.

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