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Articles avec le quotidien c'est pas banal !

J'ai TROP envie de tricoter

par Marie-José Sibille

publié dans Le quotidien c'est pas banal !

J’ai TROP envie de tricoter …

Billet d'humeur sur le tricot, les araignées, la méditation et les veaux à l'abattoir ...

 

La semaine dernière je passe devant une mercerie++, une de celles qui ont saisi l’esprit du temps : loin de se contenter des boutons, bobines, aiguilles à coudre et autres fermetures éclairs, elle étale toutes les variantes possibles du DIY (Do-it-yourself) à base de tissus, laines, cotons, lin, pelotes toutes plus craquantes les unes que les autres, canevas, crochet, peinture à paillettes ou sur bois, perles de toutes formes et couleurs et pour être complétement +++ tendance, toutes les façons de faire vos sacs de vrac et décorer vos bocaux zéro déchet .

Je tombe en arrêt devant la vitrine où un ADORABLE bébé mouton crocheté me regarde de ses yeux de verre en me disant viens m’acheter, viens m’acheter, cette fois-ci j’ai résisté … Un papa et sa petite fille entrent dans la boutique en se tenant la main, oui, j’ai bien dit un papa, ça aussi c’est dans l’air du temps …

Il me re-prend alors une irrésistible envie de tricoter. Pourquoi re- ?

Car déjà hier j'ai croisé une femme qui profitait du soleil généreux de ce mois de février pour tricoter sur un banc public. Banc public ? me répondrez-vous tout de suite, mais ils ont disparu avec Sudan, le dernier rhinocéros blanc du nord ? Ou avec la pie-grièche à poitrine rose de l’Hérault ? 

Je vous rassure tout de suite, je parle des nouveaux bancs publics, les bancs publics engagés politiquement, les bancs publics dont la présence suffit à déclarer que le maire est de gauche ou que, quelle que soit son étiquette, il accueille les migrants, les SDF, les  pigeons et les vieux qui vont avec, les ados fumeurs de shit ou accros au portable qui s’agrippent en bande sur le dossier comme des hirondelles sur un fil électrique, et parfois, quand il reste un peu de place, une femme qui tricote ou un couple d’amoureux collés l’un à l’autre comme s’ils étaient devenus allergiques à l’air.

La femme a un léger sourire aux lèvres, genre celui que vous avez après la troisième taffe de chicha, ou encore au cinquième jour de votre jeûne, ou quelques minutes après l’amour, pas juste après, toute essoufflée et dégoulinante que vous êtes, mais un petit temps après.

Vous le voyez ce sourire de la madone ? C’est celui que vous aurez si vous vous mettez au tricot.

Tricoter est satisfaisant, nouveau mot qui circule chez certains jeunes pour parler d’un truc qu’ils kiffent.

Est-ce que vous savez que tricoter a le même effet que méditer ? Les femmes ont toujours été douées pour trouver des moyens de rentabiliser leur énorme charge de travail en transformant les actes répétitifs du quotidien en voie de développement personnel, voire en plaisir. Comme la cuisine par exemple. 

Et pour certain.e.s – ce n’est pas mon cas – le ménage. 

Ou plutôt disons que le ménage, quand je me décide à le faire, doit être parfait pour arriver à me ressourcer. Et quand je dis parfait, c’est vraiment parfait, un trouble obsessionnel compulsif (T.O.C.) dont j’ai décidé de venir à bout … en ne faisant pas le ménage, ou alors comme un trip à ne faire qu'une fois par an pour éviter les effets secondaires désastreux. 

Et puisque nous parlons ménage, quelque chose que je trouve malgré tout satisfaisant dans cette activité, c’est d’ôter les vieilles toiles d’araignée des recoins avec un plumeau ou une tête de loup, quel langage poétique quand même à disposition des femmes depuis la nuit des temps ! 

Et puisque nous parlons tricot, restons un peu avec les araignées ce sera ma minute L214 du jour. Pour celles et ceux qui auraient habité le Pôle Nord pendant les quelques derniers mois, seul endroit d’ailleurs où l’on ne trouve pas d’araignées, L214 c’est cette super association qui infiltre les abattoirs pour vous plomber la journée avec des images de veaux hachés vivants passés à la guillotine juste après en tous cas ce qu’il en reste. L214 c’est un des scandales ministériels des 15 derniers jours avec les mensonges et la volonté de manipulation assumée à travers la recherche d'edl, comprenez "éléments de langage", pour faire passer l’horreur pour un conte de fées, une grande habitude des gens de pouvoir. C’est juste hallucinant de lire les courriels du ministère de l’agriculture, j’espère que ce matin aux infos on annoncera le départ du chef. Mais est-ce que ça changera quelque chose ? Oui, petit à petit, je veux y croire.

BREF !

Les araignées sont des tisseuses et tricoteuses hors pair. Et si vous enlevez leurs vieilles toiles dans les coins de votre maison n’ayez aucune crainte ami.e.s des bêtes, c’est vraiment une vieille toile que vous enlevez. Une abandonnée bonne à refiler à Emmaüs. Car les araignées sont très soucieuses de leur ménage, elles, et dès que leur toile présente des signes de vieillissement elles l’abandonnent pour en tricoter une nouvelle. 

Et les nouvelles, si vous tombez dessus, laissez-les ! 

!!! Attention arachnophobes sautez le paragraphe qui suit !!!

Car elles sont indispensables ces chères petites bêtes à huit pattes velues ! Savez-vous qu’une centaine d’araignées environ vivent sur un mètre carré de nos prairies ? Elles éliminent une tonne d’insectes par an et par hectare. Sans elles, l’humanité meurt dévorée ou au choix empoisonnée par les insecticides chimiques. Et dans les maisons, de campagne en particulier, elles éliminent les cafards et autres bestioles qui ne restent sympathiques qu’en nombre raisonné. 

L’araignée dans la maison garantit la guérison,

dit un dicton paysan, à moins que ce ne soit un vieux proverbe chinois (pas grave, dans tous les cas je viens de l’inventer).

Revenons à nos aiguilles.

Évidemment, je revois ma grand-mère. Elle m’a appris à tricoter petite pendant que ma mère travaillait, c’est peut-être pour cela que le tricot saute souvent une génération dans les familles, les grand-mères enseignant cet art aux petites filles et de plus en plus aux petits garçons, les grand-mères en général, moins souvent les grands-pères il faut bien le reconnaître, mais tous les témoignages anti-stéréotypes de genre sont bienvenus.

Assise dans son grand fauteuil avec le fameux sourire aux lèvres elle tricotait des mètres d’écharpes et des cargaisons de pulls dans la lignée de la maman de Ron, le copain d’Harry Potter. A part que - me semble-t-il - ses œuvres étaient plus réussies. Pendant longtemps je n’ai pas eu honte de les porter, il a vraiment fallu attendre l’adolescence pour cela. Je me rappelle même avoir continué le tricot dans certaines heures sombres de cette adolescence justement, l’image me revient en écrivant, comme si je tricotais un radeau de la méduse pour m’empêcher de couler.

Ensuite il a fallu que j’attende les enfants petits pour m’y remettre en sautant sur le prétexte. Et dans la foulée j’ai tricoté un pull pour moi dont je ne me lasse pas et deux pour mon compagnon, je trouve en toute objectivité que ce sont les deux pulls qui lui vont le mieux !

Tricoter c’est faire bouger les mains, et en voir sortir comme par magie une œuvre plus ou moins réussie. Les aiguilles s’agitent et se pressent, la laine ou le coton se déroule, joie de terminer une pelote et d’en commencer une nouvelle, et la nécessité absolue de se concentrer même pour les plus douées fait que le mental décroche de son petit vélo et qu’on arrive à la fameuse sécrétion d’endorphines tant attendue, celle du sourire absent du moine bouddhiste sous son arbre. La répétition du geste et l’obligation de maintenir son corps dans une position souple et tenue à la fois, le dos droit, la respiration dans le bassin, les deux bras posés sur les cuisses légèrement relâchées, va dans le même sens de relaxation absolue.

Le problème c’est qu’en ce moment j’ai TROP envie d’écrire, j’en parlerai dans un futur article, donc pas le temps de tricoter, difficile de manger à la fois une tarte tatin aux coings et sa crème fouettée et une soupe birmane aux lentilles corail et lait de coco. Car ce qui est magique dans la création, c’est que l’on se nourrit de ce qui sort de nous. Merveilleux paradoxe du vivant.

Et puisque nous parlons de nourriture, revenons aux araignées, avec une espèce où la maman est littéralement une « bonne mère » puisque ses enfants la mangent juste avant de quitter le foyer, quand ils n’ont plus rien d’autre à se mettre sous les crocs … 

Ça vous évoque quelque chose ?

 

Vestiges de tricots, gardés "au cas où" ... R.I.P.

Vestiges de tricots, gardés "au cas où" ... R.I.P.

Le site de l'association L214 : https://www.l214.com/

Vous y trouverez la pétition à signer pour les veaux et la démission du ministre, ainsi que la vidéo dont je parle en deux versions : la vraie, et une adoucie par des techniques graphiques pour pouvoir supporter, en tout cas mieux supporter.

Je remercie la mercerie "Le bonnet en folie" 26, rue Carnot à Saujon, pour m'avoir aidée à concrétiser cet article qui mijotait depuis quelques temps ...

 

Et comme d'habitude : Pour d'autres articles du même genre dans mon blog, cliquez en haut de l'article en particulier sur les catégories : Le quotidien c'est pas banal, Cette société c'est la notre et Malheureusement tout est vrai. S'ils vous plaisent, n'hésitez pas à vous abonner aux nouveaux articles, à commenter, à partager, tout est gratuit ! Mais il y a aussi toutes les autres catégories à découvrir depuis 2009 ça en fait des articles ! 

Pour mes livres : En attendant une page dédiée, vous trouverez les trois actuels sur la colonne de droite.

A bientôt !

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Ecrire du Noir … pour ne pas en broyer !

par Marie-José Sibille

publié dans Cette société - c'est la notre ! , Des livres profonds ... comme une psychothérapie ! , Le quotidien c'est pas banal !

Ecrire du Noir … pour ne pas en broyer !

 

 

A douze ans je dévorais les Rougon Macquart de Zola, une série culte du 19ème siècle : Nana, l’assommoir, Au bonheur des Dames, Germinal … Cette atmosphère de charbon, d’avidités et de luttes, c’est celle du roman réaliste, origine de la littérature noire.

Pourquoi moi, fille apparemment bien protégée de la bourgeoisie intellectuelle des années 70 étais-je à ce point passionnée par Zola ? Les livres ne manquaient pas à la maison, et beaucoup m’ont marqué et ouverts au monde. 

Zola ?

C’était noir, sombre, dense. 

Cela me faisait du bien, je ne savais pas pourquoi.

Maintenant je sais. Zola parlait des corps et des émotions. Il parlait, comme Hugo, des sans parole, les enfants. Il parlait des femmes aussi, dont la parole ne pesait pas plus qu’un souffle de vent. Il disait leurs souffrances. Il levait des tabous : la prostitution, l’alcoolisme des hommes et aussi celui des femmes frappé d’interdiction totale, la dépression comme maladie sociale, les violences conjugales, et même l’homosexualité féminine. 

Il osait, grâce à la littérature noire, sortir l’ombre en plein jour. 

Une des approches de la souffrance condamne l’individu à la loi brutale du groupe, groupe perçu comme un lieu de combat pour la survie, au détriment de toute forme de résilience, de créativité et de solidarité envers le plus fragiles. La souffrance apparaît souvent ici comme innée, incluse dans le sang et les gênes, destinée aux pauvres et aux esclaves, aux femmes et aux enfants, aux porteurs de troubles diagnostiqués avant l’âge de trois ans. 

A tous les exclus.

Les romans réalistes pourraient sembler de ce registre. 

Sauf qu’il y a toujours, chez les meilleurs auteurs, un soupçon d’espérance et de compassion, voire d’humour noir et d’inversion des rôles. Sauf qu’ils nous entraînent à l’empathie, à sortir de nos vies cloisonnées, à nourrir la mixité sociale.

J’ai toujours trouvé le 19ème siècle terrible. De grandes ruptures, des abus ahurissants, qui engendrèrent des grandes haines dont nous avons récolté les fruits au siècle suivant, et encore maintenant, de plus en plus maintenant, à nouveau. 

Et qui pour en rendre compte, si ce n’est ces romans ?

Merci Zola pour L’assommoir et Germinal, merci Hugo pour Les Misérables.

Illisible aujourd’hui ? Trop long. Trop charnel. Pas assez photoshoppé ?

Peu à peu, Nana avait pris possession du public … Le rut qui montait d'elle, ainsi que d'une bête en folie, s'était épandu toujours davantage … elle retournait la chair d'un geste de son petit doigt. Fauchery … eut la curiosité de regarder … le gros Steiner, dont la face apoplectique crevait, … Daguenet dont les oreilles saignaient, et ils remuaient de jouissance. 

Et la voilà morte, à la fin du roman :

Nana restait seule, la face en l’air, dans la clarté de la bougie. C’était un charnier, un tas d’humeur et de sang, une pelletée de chair corrompue, jetée là, sur un coussin. Les pustules avaient envahi la figure entière, un bouton touchant l’autre …

A vomir n’est-ce pas ?

Zola, c’est l’anti-résilience, le fatum des romains, la condamnation dès la naissance à la délinquance, à l’alcoolisme, au « vice », comme un vice de forme, un vice caché que rien ne peut empêcher de se manifester. Même celui qui essaie de s’en sortir, par sa droiture et son travail, a la tête bientôt replongée dans la boue du monde. C’est le thème de l’Assommoir.
Ainsi cette fatalité nous révolte-t-elle et nous donne envie d’agir, un peu comme certains tyrans provoquent, par leurs excès, des unions transformatrices du lien social.

 

A l’opposé, les visions à l’eau de rose peuvent inspirer l’agacement face au déni, un agacement qui pourrait se transformer vite en violence. Il y en a aujourd’hui des négationnistes de la souffrance, parfois même sous prétexte de psychologie positive ou de développement personnel. Pourtant certains des auteurs psys ou philosophes les plus populaires, Christophe André, Boris Cyrulnik, Alexandre Jollien, Maryse Vaillant … sont des hommes et quelques femmes, elles s’expriment moins, ce sont toutes des personnes donc qui ont souffert, voire qui souffrent encore au quotidien de leur origine, de leur handicap, de leur histoire. Et qui ont intégré cette souffrance comme une force, après avoir été capables de la partager.

 

En tant que thérapeute, il y a la question permanente de l’impuissance que nous ressentons face à la violence envers les plus fragiles, la douleur dans ce qu’elle peut avoir d’implacable, la mort dans ce qu’elle peut présenter d’injuste. Quel est le prix de cette impuissance ? Pour citer  un exemple d'intervention difficilement acceptable bien que banal, il y a cette députée russe, cette femme, qui déclare devant ses collègues qu’il n’est pas normal qu’un homme soit poursuivi pour avoir fait un bleu sur la figure de son enfant.

La violence éducative fait partie depuis trop longtemps des principes d’organisation de base de notre société, certes moins ici qu’en Russie ou au Congo, mais sans qu’à aucun moment notre démocratie ne règle définitivement le problème. Le refus du sénat de valider la loi contre les violences envers les enfants dans la famille, violences quand même qualifiées d’éducatives, les décisions du parlement russe de ne pas trop sanctionner les violences domestiques, montrent à quel point cette violence est structurelle. Et ces hommes qui nous gouvernent, ces femmes aussi, sont eux-mêmes, se sont elles-mêmes, construit(e)s autour de cette violence. Et nous les acceptons. Encore.

Les conséquences de cette organisation sociale sont terribles en termes d’agressions trop souvent mortelles envers les femmes et les enfants, et les personnes dépendantes aussi, en raison de l’âge ou du handicap. Viols, coups, incestes, humiliations, abus en tous genre commis la plupart du temps par des hommes eux-mêmes souvent victimes de la violence économique et sociale depuis leur enfance, ou au contraire dominants clivés et incapables d’empathie, agissant en toute impunité. 

Et non, ne les appelons pas animaux, bêtes ou prédateurs, laissons la nature hors de cela, cela qui fait intimement partie de la culture humaine. 

 

Où trouver la ressource d’une compassion consciente, différenciée qui inclurait ces actes. Je crois d’abord en assumant la colère et la révolte, et en l'exprimant dans une action résiliente, créatrice, thérapeutique, militante, artistique. La colère est rouge quand elle me prend face à une situation incompréhensible, ou quand elle se heurte de front à la limite que met heureusement l’autre à ma toute puissance. Mais elle devient noire quand l’injustice s’accumule et qu’elle doit, pour permettre la survie, se marier à la haine. 

 

Le Noir, s’il cache l’agresseur, protège aussi l’exclus. 

Ainsi, qui mieux que les auteurs du noir pour rendre compte des souffrances insupportables de tant d’êtres humains, de manière accessible au plus grand nombre possible

Comparativement peu de gens vont lire les essais de Naomi Klein sur le pouvoir des multinationales et leur violence implacable. Beaucoup plus, même si jamais encore assez, vont lire leur description rendue accessible par la fiction dans certains romans noirs. Les auteurs de littérature noire sont en effet souvent engagés socialement. Comme l’étaient Zola et Hugo.

 

Sans oublier qu'au niveau plus intime, nous avons tous une biographie noire, cachée, obscure, pleine de toiles d’araignées et de rats qui parfois pointent le bout de leur nez, trottinent dans notre tête ou notre ventre et nous font dire, non, le chemin n’est pas encore fini. 

Peut-être plus tard.

Mais pas encore.

 

L’ombre des secrets et des vies cachées, la violence intime et sociale incompréhensibles et injustes, toutes ces vies des exclus et des sans voix illuminent la littérature noire.

La lecture d’une nouvelle ou d’un roman noir peut ainsi faire oeuvre au noir alchimique, transmutation, rédemption. 

Ne parlons pas de son écriture.

Lavée par les émotions ressenties, des envies d’agir, des besoins de résilience sociale me prennent.

Des envies d’être avec, de prendre la main aussi, ou de la donner.
Des envies d’éclairer l’ombre et d’adoucir la lumière.

 

Où en est mon recueil de nouvelles noires : "Juste un mauvais moment à passer" ? Vous l'avez beaucoup apprécié et je vous en remercie ! Mais j'ai changé de prénom et je suis en train de refaire la maquette.

Très vite un deuxième tome avec plein d'autres nouvelles !

 

Ecrire du Noir … pour ne pas en broyer !

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