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Articles avec des livres profonds ... comme une psychotherapie !

Quand Narcisse flamboyant et Narcisse assoupi se rencontrent, que se racontent-ils ?« Rudik l’autre Noureev », un livre de Philippe Grimbert 

par Marie-José Sibille

publié dans Des livres profonds ... comme une psychothérapie !

Quand Narcisse flamboyant et Narcisse assoupi se rencontrent, que se racontent-ils ?

« Rudik l’autre Noureev », un livre de Philippe Grimbert 

 

Parfois, quand on est ailleurs, en voyage, ou devant la bibliothèque d’un ami, un livre nous attire. On le prend en sachant par expérience qu’il y a des chances qu’il nous entraîne de l’autre côté du miroir pendant un moment. Peut-être alors le glissera-t-on discrètement dans son sac, ou le demandera-t-on à l’ami qui ne pourra dire non, en sachant déjà qu’il a peu de chances de le revoir. A moins qu’il ne se fasse un plaisir de vous le donner grâce à la nouvelle tendance de la circulation des livres. A condition toutefois que ce ne soit pas un de ses « essentiels », ces livres dont on ne peut envisager de se séparer tellement on les relit, tellement ils nous collent à l’âme.

Ce livre qui nous attire est forcément déjà ancien, sinon nous l’aurions trouvé à l’étal d’une librairie. Ancien veut dire de l’année dernière dans notre temps où les saisons littéraires s’accordent plus au rythme de l’éphémère qu’à celui de la tortue des Galapagos.

C’est ce qui m’est arrivé pour « Rudik, l’autre Noureev », qui date déjà du printemps 2015.

A priori la vie d’un danseur même aussi connu est un sujet qui ne me passionne pas.

Mais Philippe Grimbert m’interpelle lui, en ce qu’il réussit l’exploit, en France, de se faire reconnaître à la fois comme psychanalyste, essayiste et écrivain ! Et sans pseudonyme … Il est ainsi un exemple rare dans notre pays d’étiquettes où il ne faut surtout pas mélanger les torchons avec les serviettes, les chèvres avec les choux, et les migrants avec les autochtones, de peur de les voir tous disparaître. Un pays aussi qui permet heureusement que la réalité quotidienne soit parfois à l’opposé de ces préjugés.

Philippe Grimbert est donc un auteur motivant pour une psychothérapeute-essayiste-écrivaine dans mon genre. Pourtant je n’ai lu que le plus connu de ses livres, « Un secret », qui date déjà de 2004, je ne l’aurais pas cru, il est temps que je me mette à jour.

Dans « Rudik, l’autre Noureev », beaucoup plus que la vie du danseur étoile, touchante cependant, ce qui m’a intéressée c’est la manière dont pendant l’analyse – très courte dans la réalité –  le patient est lui-même devenu thérapeute pour son analyste, par la magie de ce que les psychanalystes appellent le contre-transfert. Je préfère l’appeler avec mes mots d’aujourd’hui une transmission empathique, qui fait que sur un certain plan, et dans certaines conditions dont la dynamique d’attachement n’est pas la moindre, les expériences de vie se mélangent et peuvent nous transformer en même temps que l’être à côté de nous.

« Les émotions de l’enfance dorment au plus profond de nous, d’un sommeil de chat, et se réveillent à la première occasion », nous dit-il.

Et leur résurgence, chez le patient comme chez le thérapeute, permet de lever des barrières impossibles à franchir dans le monde rationnel des adultes occupés.

Noureev a fini par se noyer dans son magnifique miroir, dans le regard fasciné de millions de personnes.
Le psychanalyste, lui, a fini par sortir de sa prison.

En écartant les barreaux de la rigidité dogmatique de sa pratique telle qu’il se la figurait pour cacher ses lacunes, il a pu ouvrir des fenêtres en lui qui ont changé sa vie.

L’analyste de Noureev n’était pas l’auteur. Mais celui-ci a rencontré le danseur et vécu certaines des anecdotes qu’il raconte dans le livre, qui se nourrit aussi de la fascination qu'il a ressenti.

Il est par ailleurs aisé de sentir comment il a pu vivre cette expérience de bouleversement mutuel avec certains de ses patients. Et Philippe Grimbert à les mots justes pour parler de l'intime qui se livre au coeur d'une séance.

Voici donc aussi un livre hommage à l’effet parfois transformateur, toujours enrichissant, des personnes qui nous font la confiance de venir nous voir.

Un hommage que je reprends entièrement à mon compte.

 

Quand Narcisse flamboyant et Narcisse assoupi se rencontrent, que se racontent-ils ?« Rudik l’autre Noureev », un livre de Philippe Grimbert 

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Profession du père, de Sorj Chalandon, un livre bouleversant

par Marie-José Sibille

publié dans Des livres profonds ... comme une psychothérapie !

Profession du père, de Sorj Chalandon, un livre bouleversant

 

A la fin du premier chapitre, je l’ai lâchement abandonné ce petit garçon. J’ai décidé que je n’irais pas plus loin.

Dans une partie de ma vie j’écoute suffisamment d’histoires tristes, me disais-je pour me donner bonne conscience, ou plutôt la partie triste de belles histoires. Je n’ai pas envie de me faire encore du mal à regarder se faire massacrer un enfant sous la folie d’un père et l’impuissance d’une mère.

Parce que je les vois, bien mieux que si je regardais un film. C’est normal, c’est un livre.

Et puis je me suis dit qu’il y a un courant aujourd’hui, dont Jacqueline Sauvage et Sorj Chalandon font tous les deux parties, à des antipodes l’un de l’autre pourrait-on croire, mais pas tant que ça. Ce courant actuel, qui avait bien démarré dans les années 70 mais qui s’est tu ensuite pendant des décennies, veut que la violence faite aux femmes et aux enfants ne soit plus un secret d’alcôve, de famille, voire de quartier. De même que la violence faite aux hommes d’ailleurs. Alors, dans un élan d’héroïsme féministe, maternel et professionnel, j’ai repris le livre et je ne l’ai plus lâché.

La part autobiographique rajoute de la profondeur à la lecture, et l’autofiction permet d’éviter les écueils possibles du témoignage. Elle permet aussi de laisser la part belle à un somptueux travail d’écriture.

Le contexte des années 60 donne une couleur grise particulière au livre. L’auteur nous rappelle la guerre d’Algérie et ses conséquences loin d’être digérées, comme nous le montre l’actualité brutale des « ratonnades » d’un côté, mais aussi, de l’autre, la souffrance de l’exil qui marque encore les rapatriés et leur descendants, proche parfois dans ses manifestations d’un syndrome post-traumatique.

Un couple fou, car la mère est folle elle aussi, massacre l’enfance et l’adolescence d’un garçon qui survivra en les aimant toujours, comme le font la plupart du temps les enfants maltraités. Il réussira même à vivre, montrant la force toujours possible de la résilience, et celle de l’art aussi, qui en est une variante lumineuse. Avec une précision clinique, nous lisons comment une femme maltraitée peut devenir une mère incapable de protéger son petit, voire une mère qui reproduira sur son enfant, autrement, de manière subtile, les violences auxquelles elle ne peut se soustraire. Jusqu'à la fin subtilement terrifiante qui n'enlève rien à la résilience de l'auteur, sinon je n'aurai pas fait sa promotion.

Je n’ai eu aucun plaisir à lire ce livre, contrairement à certaines critiques que j’ai lues ailleurs et qui je l’avoue me semblent venir d’une autre planète.

Mais un sentiment d’urgence, oui. Et la certitude que si je le lâchais, l’enfant n’allait pas s’en tirer. Il fallait un témoin pour tenir le fil, pour qu’il puisse survivre jusqu’à l’âge adulte.

Et là, dans cet instant, c’était moi le témoin, peut-être avec des milliers d’autres mais peu m’importait.

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