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Marie, mouche-toi les cheveux ! …

par Marie-José SIBILLE

publié dans On peut choisir sa famille

… Ai-je dit à une de mes filles ce matin, dans le rush du départ à l’école. Evidemment, l’une reniflait, pendant que l’autre comptait ses nœuds devant la glace. Quant au troisième il contemplait, encore en pyjama, le passionnant atterrissage  d’une mouche sur la baie vitrée, sa tartine pendouillante à la main, pendant que son père était déjà en train de klaxonner dans la voiture.

Ah, cette rentrée des classes ! Ce rythme de l’école quatre jours (bientôt cinq ?) sur sept ! Comment y survivre ?

Si l’école n’existait pas, la plupart des conflits entre parents et enfants disparaîtraient, beaucoup de professionnels accompagnant les familles sont d’accord là-dessus. Et je suis confrontée à cette réalité quotidiennement, comme mère et comme thérapeute familiale.

Mais en même temps l’école fait tiers, défusionne, renvoie à une réalité sociale incontournable. Des enfants et des familles de tous genres, vivant des dynamiques d’attachement difficiles, ou des adolescences explosives, peuvent y trouver une respiration indispensable, en particulier grâce aux structures d’internat.

Ne parlons pas de toutes les familles maltraitantes et gravement disfonctionnelles : l’école (ou plus exactement la scolarisation) obligatoire permet à certains enseignants ou au CPE de lancer un signal d’alarme. Par ailleurs, l’école permet aux parents de souffler, en particulier les parents des milieux défavorisés  souvent débordés par leur travail, qui ont peu d’autres soutiens, et peu d’espoir pour leurs enfants de vivre autre chose.

Alors ne jetons pas tout de suite l’école avec le stress du lundi matin et la maîtresse acariâtre et psychorigide de la petite dernière. Les alternatives de scolarisation à la maison montrent aussi leurs limites au niveau de la construction psychique et relationnelle de l’enfant, mais aussi de l’ensemble de la famille et en particulier de la mère, même si l’idée est parfois très tentante.

Il y a bien sûr les écoles alternatives qui développent d’autres compétences, mais surtout qui considèrent l’enfant autrement que comme une gourde (!) à remplir avec les tables de multiplication et les règles de la grammaire française, au combien opaques pour les non passionnés. C’est ainsi que Montessori, Freinet, Steiner et d’autres, ainsi que la récente aventure des Amanins[1], l’école des « Colibris » avec Pierre Rabhi, une école « écologique », en lien avec les cycles de la nature, sont de bonnes opportunités pour ceux qui sont proches de ces lieux rares et précieux, et qui ont les moyens de financer une scolarité privée.

Mes enfants sont dans une école de village où l’absence de pression des grandes villes, le relativement faible nombre d’élèves dans les classes et la proximité de la Nature rendent certains obstacles plus simples à dépasser. D’autres, paradoxalement ceux liés au respect de la Nature, au transport, à la nourriture de la cantine, semblent au contraire plus compliqués. Pas de « pédibus » dans mon village, mais un troupeau de 4*4 à faire peur à n’importe quel rhinocéros et des bus aux moteurs diesel archaïques et mal réglés qui font immédiatement penser au prochain scandale sanitaire qui va se déclencher en France dans quelques années.

Reste une question terrible : les devoirs à la maison. Savez-vous que la loi les interdit en primaire ? Ils sont fatigants, inutiles, source d’inégalité entre les familles, de conflits entre parents et enfants, preuve de l’ingérence de l’école dans la famille alors que l’inverse n’est pas accepté … et encore une fois INUTILES ! De nombreux livres, blogs et articles rappellent cela. « Il faut que les enfants montrent à la maison ce qu’ils ont fait en classe, pas qu’ils montrent en classe ce qu’ils ont fait à la maison », nous dit par exemple l’auteur sur un  blog[2] inspiré de la pédagogie Freinet.

Alors combattons pour la liberté de respirer de nos enfants, et de nous-mêmes, en dehors de l’école. Certains enseignants sont convaincus, et ont renoncé à donner des devoirs, quitte à se bagarrer avec les parents !

Quant à mon fils, il est rentré hier en me disant : « Maman, ma maîtresse a fait des progrès ! Elle donne moins de devoirs que l’année dernière ! ».

L’argument majeur de certains enseignants adeptes des devoirs est ainsi que ce sont les parents eux-mêmes qui les demandent.

Précisons alors cette évidence : ce ne sont pas les enfants qui ont besoin des devoirs, mais les parents. Pourquoi ? Essentiellement par culpabilité et par peur de ne pas donner le meilleur pour leurs enfants bien sûr.

Et aussi certains enseignants, d’ailleurs souvent pour les mêmes raisons.

Mais aussi parfois pas incapacité à laisser leur élève s’échapper du cadre pour redevenir simplement un enfant …

Alors, chers parents anxieux et demandeurs de devoirs, apprenez à gérer vos angoisses et votre culpabilité, il y a des psys pour ça !

Mais déjà commencez par faire ce petit exercice :

Regardez autour de vous et prenez une dizaine de personnes, adultes confirmées, au hasard, mais pas dans les mêmes milieux ni classes sociales.

Prenez une feuille, et estimez sur une échelle de 1 à 10 :

-          Degré de bonheur familial : relations avec enfants, parents, vie de la famille au quotidien, … ?

-          Degré de bonheur affectif, quel que soit le choix de couple ou de célibat ?

-          Degré de santé physique et énergétique, vitalité ?

-          Degré d’épanouissement personnel : créativité, enthousiasme, sérénité ?

-          Degré d’appartenance et d’intégration sociale : trouver sa place, faire un métier qu’on aime, subvenir à ses besoins et à ceux des personnes qui dépendent de nous ?

-          Degré de capacité et d’intelligence relationnelle, expression des sentiments, communication, amitiés, … ?

-          Degré de citoyenneté, sentiment du vivre ensemble, respect des autres, de la nature, de la planète ?

Une fois que vous avez estimé tout cela, vous pouvez mettre aussi une note sur la place qu’a eu l’école, ou plus exactement la réussite scolaire à l’école, dans la construction de cette personne: vous trouverez sûrement dans votre « best of » des gens avec plein de diplômes, et d’autres qui ont arrêté l’école en 5ème, certains qui ont adoré les tableaux noirs et les cahiers de vacances, et d’autres qui ont préféré les radiateurs et la fenêtre au fond de la classe.

Vous trouverez aussi certains qui ont été « nuls » au primaire et « parfaits » au lycée, d’autres qui ont été « élèves modèles » à l’école et ont pété les plombs en troisième. Certains qui ont rencontré des enseignants passionnants et des maîtres à vivre, d’autres qui ont rencontré surtout des répétiteurs et des perroquets.

Je n’ai pas mis dans les critères de réussite celui de la richesse matérielle, le nombre de voitures inutiles, de télévisions dans chaque chambre et d’ordinateurs par personne, car je considère cela plutôt comme un poids. Mais même si vous tenez à ce critère, s’il est connoté positivement pour vous, vous verrez que les diplômes n’y sont pas pour grand-chose.

Certains aussi, ont pris le meilleur de l’apprentissage du vivre ensemble que représente souvent l’’école, sans pour autant réussir dans la forme d’apprentissage aujourd’hui proposée en France. Mais ils ont su utiliser cet autre savoir, ce savoir immanent que propose la collectivité éducative, pour trouver une place créative dans la société.

A un certain moment de notre parcours, toujours trop long, nous regardons l’herbe de l’autre côté de la clôture et la trouvons plus verte : une enseignante à la retraite me confiait qu’elle avait accumulé les diplômes comme une armure pour vaincre sa timidité et son manque de confiance en elle et qu’elle aurait mieux fait de se consacrer à la peinture. Elle a pourtant passé sa vie, comme la plupart d’entre nous, à essayer de convaincre les autres que son parcours était le bon. Et encore a-t-elle maintenant ce retour sur elle-même.

Alors nos enfants ?

Faisons confiance à l’évolution, à la vie, à l’humanité.

Laissons-les vivre.

 

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Brûlons le Bonhomme Hiver, brûlons Monsieur Carnaval !

par Marie-José SIBILLE

publié dans Le quotidien - c'est pas banal ...

Brûlons le Bonhomme Hiver! Brûlons Monsieur Carnaval ! Et faisons la révolution !

Brûlons le bonhomme Carnaval gras et repu. Comme dans le rite du « San Pançart » béarnais, lançons contre lui et son épouse à la bêtise insondable, une horde de brigands et de voleurs au grand cœur, dans l’esprit de Robin des Bois, en chantant haut et fort pour que justice se fasse….

Brûlons les bonhommes Hiver des carnavals nordiques, avides, aux doigts crochus, jetons-les au feu avec toute la misère morale, le repli mesquin et l’avarice qu’ils représentent.

En plein hiver, l’individu ne survit pas seul, sauf à être un ours, de ceux que   racontent les anciennes légendes, les « Jean de l’ours », les hommes revêches et coupés du monde, qui survivent dans la forêt.

La famille non plus ne suffit pas. Nous pouvons nous réfugier autour du feu du foyer, mais si la loi n’existe pas, les loups rodent bien près de la porte; si le service public disparaît,  l’énergie n’est  bientôt plus suffisante pour chauffer la maison, la neige envahit les routes qui se dégradent vite, nous sommes coupés du monde ; le petit et le vieillard meurent de faim et de froid, sans hôpitaux pour les soigner. Voilà pourquoi l’hiver nous apprend la solidarité. Ou plus exactement, elle apprend la solidarité au peuple, et la charité aux puissants, éventuellement.

 

Cette attention portée à l’innocent, au fragile, au petit, nous la trouvons dans les intitulés des fêtes de Carnaval : fête des innocents, des aliénés, des ânes, fête où les femmes ont exceptionnellement le droit de faire la fête, fête où le roi perd la tête et ou le fou devient roi. L’ordre du monde social s’inverse : pour certains, c’est le signe du chaos et du péché; pour d’autres, c’est un signe de régénération et de justice immanente. Nous en avons besoin dans l’hiver des sociétés, ou l’obésité repue des puissants, leur indifférence et leur déni,  leurs dépenses somptuaires, nous semblent  insupportables.

La force du rituel, c’est aussi à l’intérieur de nous qu’elle agit : la colère et la joie sont deux émotions « chaudes », qui font obstacle au froid de la tristesse et de la peur. En préparant nos masques de Carnaval, nous nous autorisons à exprimer notre colère et à réveiller notre énergie vitale. En brulant le bonhomme Hiver décharné, ou le bonhomme Carnaval bouffi, nous pouvons aussi brûler notre haine, notre impuissance, notre avidité, notre avarice, les transformer en forces, réchauffer nos sentiments gelés, et finir en contactant la joie qui fait fondre les glaces.

Ces moments clés du rythme des saisons sont marqués par des fêtes dans tous les calendriers du monde; ils nous aident à prendre soin du vivant, à l’extérieur comme à l’intérieur de nous. Nul besoin pour cela d’être croyant, encore moins pratiquant d’une liturgie particulière. En plein hiver, la graine dort et prend des forces, les travaux des champs ne mobilisent aucune énergie ; c’est l’heure pour l’homme du nettoyage et de la purification.  Le cycle de Carnaval commence au Solstice d’Hiver, la nuit la plus longue de l’année, le Noël des chrétiens. Il trouve son apogée au Mardi Gras, avant de laisser place au Carême. Carême, ce sont les 40 jours de jeûne après les débordements des « jours gras ». Le mot Carnaval signifie « enlever la viande ». Les hommes se souviennent plus de l’abstinence que des débordements qui l’ont précédée, mais l’une est inséparable de l’autre.

Aujourd’hui dans la même année, certains font gras au quotidien, alors que d’autres vivent 365 jours de privations.

Ne vaut-il mieux pas alterner jeûne et abondance pour tous ? 

Dans le temps du calendrier, plutôt que dans l’espace social ?

Brûlons le Bonhomme Hiver, brûlons Monsieur Carnaval !

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