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J'en ai marre de mes chiens

par SIBILLE MARIE-JOSE

publié dans Le quotidien - c'est pas banal ...

Et même je les déteste.
Je commence par Djak, le fils, c'est un gros monstre blanc de 2 ans. Quand il se couche avec la tête entre ses pattes, en regardant le monde avec cette attention flottante qui nécessite des années d'entraînement pour les psychothérapeutes, il ressemble au dragon du film "Une histoire sans fin".
Si vous n'avez pas vu "Une histoire sans fin", c'est que:
- vous n'avez pas d'enfant
ou
- vous n'avez jamais été un enfant
ou
- vous avez tout oublié de l'enfance, y compris celle de vos enfants
Bref, c'est grave, je vous recommande de suivre une psychothérapie.

Revenons à Djak: quand on a craqué pour le garder, il mesurait 30 cm, et le choix s'est fait parce que, contrairement à ses frères et soeurs, il avait une queue sans poil qui ressemblait à une queue de rat. Et puis il ne voulait pas quitter la maison. Chaque fois qu'un nouvel acquéreur venait voir la portée, tous les petits leur faisaient la fête, sauf Djak qui partait, la queue de rat entre les jambes, se cacher dans la niche.
Après de multiples négociations paritaires du style, "tu crois pas qu'on en a assez, des chiens", suivies de, "oui, mais c'est tellement bien pour les enfants", nous l'avons gardé.
Maintenant il avoisine les 60 kg, comme son père, et consomme un poids effrayant de croquettes pour chiens chaque jour (dont il paraît qu'elles sont de meilleure qualité que les produits premier prix pour homme dans les supermarchés, il y a un livre qui vient de sortir là-dessus, Vive la Malbouffe).
Dans son interminable crise d'adolescence, il a consommé une trentaine de paires de chaussures, récupérées dans le lointain voisinage, ce qui nous a permis de créer des liens sympathiques avec la communauté villageoise. Si, c'est vrai, le monde n'est pas uniquement rempli de râleurs agressifs et mauvais coucheurs.

Il a également réussi à me dégoûter temporairement de toute forme de jardinage, pour éviter la dépression vertigineuse qui suivait la découverte de mes jolies fleurs mâchouillées et éparpillées, ainsi que les chutes brutales dans les gouffres creusés au milieu des plates-bandes. Il nous a fait aussi renoncer au vieux rêve de l'oeuf tout frais pondu au petit déjeuner. La chance, c'est que la dernière poule avec laquelle il s'est amusé, sans méchanceté bien sûr, nous avons pu la retrouver, elle, et l'achever avant de la manger. Depuis ce dernier drame familial, nous avons renoncé - temporairement - aux poules.
Ce matin, un improbable dinosaure jaune et vert gît, déchiqueté, le ventre en l'air au milieu du pré.
Méditation sur l'impermanence de toute chose, surtout celles en plastique made in China, dont je vous passe la profondeur exaspérante.
Leçon de morale citoyenne à mes enfants au petit déjeuner,  dont je vous passe également la lourdeur, uniquement supportable par des petits enfants en train d'écouter papa et maman. C'est ce que j'aimerais croire en tous cas, même si la vie quotidienne montre d'autre réalités.
Mais Djak supporte sans aboiement dire notre manque de disponibilité, tous les jeux des enfants, il protège la maison des méchants et accueille les gentils avec un enthousiasme toujours débordant. Il nourrit la meilleure part de nous-mêmes en nous faisant croire qu'il est heureux avec nous, tout imparfaits que nous soyons.
C'est pour cela que je les aime, mes chiens, même si je me sens coupable chaque fois que je les regarde. Ils n'y sont pour rien.
Il y a la mère Lila  qui est morte l'hiver dernier, toute seule dans son coin pour ne pas déranger. Une sainte.
Et puis il y a Lug, le père. Qui vieillit. Il ressemble lui aussi au fameux dragon, mais un qui aurait mille ans de plus. Il a des rhumatismes, et il n'aime plus autant courir après les chevreuils. Il est sans danger pour les poules, les dinosaures verts et jaunes, les chaussures et les fleurs. C'est un grand traumatisé : quand il était tout petit, il a tellement paniqué la nuit du 14 juillet, qu'il est parti dans la forêt et s'est perdu. Ce traumatisme primaire a été renforcé un mois et demi après quand l'ouverture de la chasse a déversé autour de notre fief des hordes de barbares déchargeant leur fusil sur tout ce qui bougeait.
Depuis, le moindre orage le transforme en petite chose affolée. Mais la petite chose a des ongles de plusieurs centimètres, capables de creuser un trou dans une porte de chêne.
Quand l'orage gronde et que ma fille me regarde avec ses yeux, en me demandant: "dis maman, pourquoi on ne peut pas le faire rentrer dans la véranda au moins? ", je reste fermement établie dans mon NON (bien sûr après avoir expérimenté les conséquences du oui un certain nombre de fois).
Mais je me demande, quand je serai vieille et que j'aurais peur de l'orage, est-ce qu'elle me laissera moi aussi, dormir dans la niche ?


MJS

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Aujourd'hui, c'est les soldes !

par SIBILLE MARIE-JOSE

publié dans Cette société - c'est la notre !

Aujourd'hui, c'est les soldes!
Cette phrase anodine a un effet cathartique sur la majorité de nos concitoyens: oubliés la crise, les problèmes sociaux, la pollution, l'Iran, les Actions killers (néologisme du matin: ceux qui tuent par la Bourse), le milliard d'êtres humains sous alimentés sur la planète et les derniers orang-outangs au regard triste de la forêt de Bornéo.
Mais aussi oubliés  la violence dans ma famille, le stress ravageur de mon emploi, l'avachissement de mes gosses devant la télévision, l'obésité qui confirme son emprise, la cigarette, l'alcool, la drogue pour ceux qui peuvent, les médicaments pour ceux qui ne peuvent pas, et même plus le sexe.
Beaucoup d'entre nous vivons trop souvent comme des brutes. Un peuple épuisé par le travail et les obligations sociales et familiales, vidé et rempli à la fois, ça dépend de l'endroit, par la société de consommation, n'a plus la force de réagir politiquement, mais aussi, trop souvent, dans sa vie intime.

Aujourd'hui, c'est les soldes!
Bientôt, l'anniversaire de la prise de la Bastille, notre fête nationale.
Aujourd'hui, c'est la révolution! se sont-ils dit, eux et elles, en se levant ce matin-là.

 

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